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1967 Smile!

The REMO FOUR - Smile! (1967)
Par LE KINGBEE le 15 Juin 2020          Consultée 185 fois

L’époque que nous traversons est parfois pleine d’inattendus. Il y a peu de temps, quelques vendeurs optimistes négociaient cet album aux environs de 650 €. Tarif incompréhensible d’autant plus que le disque a été réédité plusieurs fois avec des bonus à la pelle, la palme revenant au label Bear Family qui en 2010 avait édité la compilation Smile !, Peter Gunn… And More regroupant Smile ! agrémenté de quatre titres issus de deux singles Star-Club et de trois alternates. Ah… afin de rassurer les lecteurs, alors que de partout on nous annonce une période de crise fabuleuse durant laquelle les riches risquent fort de s’enrichir alors que la masse devrait s’appauvrir, ce disque se négocie aux alentours des 20 €, somme plus raisonnable.

Revenons à ce formidable groupe de backing qui aurait avec un peu de chance pu s’imposer plus durablement. En 1958, après avoir vu le Marino Marini Quartet sur la scène de l’Empire à Liverpool, le guitariste Colin MANLEY et Don ANDREWS fondent à Liverpool The REMO FOUR QUARTET. Colin et Don voulant se démarquer de tous les petits combos qui pullulent du côté de la Mersey sont persuadés qu’il leur faut prendre un nom à consonance italienne. Si Marino Marini a pour principal fait d’arme d’avoir servi de première partie à Jerry Lee LEWIS au Bus Palladium, et si le groupe connaîtra parviendra à faire illusion en Italie et en France, avouons qu’il ne valait pas tripette. Signe du destin ou pas ( ?), Don et Colin ont frotté leur fond de culotte sur les bancs de l’école avec un certain Paul McCARTNEY.

Sur les rives de la Mersey, le groupe principalement instrumental se taille une solide réputation. Le groupe se produit au minima cinq fois par semaine et devient l’un des groupes attitrés du Cavern. Au début des sixties, la revue Melody Maker les place à la 3ème place dans la hiérarchie des groupes de la Mersey. Le combo ouvre souvent pour les SHADOWS et va se faire les dents sur les bases de l’armée US en France et en Allemagne. Le groupe se stabilise avec les arrivées du batteur Roy DYKE en provenance de Karl Terry & The Cruisers et du claviériste Tony ASHTON. Managé par Brian Epstein, jeune découvreur de talents (Cilla Black, Gerry & The Pacemakers, les Dakotas de Billy Kramer, Tommy Quickly et bien évidemment les BEATLES), le groupe est embauché comme backing band pour Johnny SANDON, ex chanteur des SEARCHERS. La formation tourne ensuite dans le sillage de Tommy QUICKLY, ce qui permet au groupe de décrocher un contrat avec le label Picadilly Records. En 1964, Tommy et les REMO FOUR figurent au générique du film Top Gear, une comédie prétexte à des scénettes introduites par Jimmy Savile (un pédophile notoire pris par la patrouille bien trop tardivement) en compagnie du SPENCER DAVIS GROUP, HERMAN’s HERMITS, The ANIMALS et The HONEYCOMBS. La même année, les REMO FOUR mettent en boite avec Tommy QUICKLY "The Wild Side Of Life", un titre annonciateur des BYRDS américains qui ne voleront vers le succès qu’un an plus tard, le single reste malheureusement en rade boudé par les radios anglaises. En avril 64, The REMO FOUR mettent en boite leur deux premiers singles sous leur nom avec comme point d’orgue une redoutable reprise de "Peter Gunn", hit d’Henry MANCINI popularisé par Duane EDDY qui affirmera que la version des britanniques est probablement la meilleure jamais réalisée.

Après avoir tente une brève expérience à Indianapolis, le groupe va se refaire une santé au fameux Star-Club d’Hambourg, passe au "Beat Club" une émission télé de Brème, ce qui leur permettra de graver en 1967 leur premier album tout simplement intitulé "Smile !". Produit par Siegfried Loch, futur patron de WEA Europe, fondateur du label de Jazz ATC RECORDS, le disque va leur permettre de prolonger l’aventure en Allemagne. Alors qu’ils avaient été engagés initialement pour un mois, les quatre musiciens resteront à Hambourg pendant deux ans.

Enregistré dans les studios Maschen à Seevetal, bourgade proche d’Hambourg, "Smile !" bénéficie d’une production particulièrement bien léchée et d’une étonnante prise de son, mais cela n’est pas une surprise quand on connait tout le soin que mettait l’ingénieur du son Joe Menke, le bonhomme avait installé le studio dans la cave de sa maison.

L’album débute en fanfare avec "Heart Beat"*, une petite tuerie d’Ed Cobb enregistrée par Gloria JONES⃰ ⃰ qui ne rencontra aucun succès lors de sa sortie. Rien de bien rédhibitoire, la pauvre Gloria s’était déjà ramassé une casquette avec "Tainted Love", une autre compo du même Cobb (ex FOUR PREPS) que SOFT CELL transformera en carton au début des eighties. L’orgue de Tony ASHTON se taille ici la meilleure part du gâteau en diffusant une coloration entre Soul et Jazz. Pour un peu on se croirait à la croisée des chemins entre BOOKER & The MG’s, ALAN PRICE COMBO. Second titre et second coup de canon avec une reprise de Dean PARRISH "The Skate". Gravé à l’origine pour Boom Records avec un certain Bernard PURDIE à la batterie, la reprise des anglais se cristallise en pépite autour de l’orgue tandis que Roy DYKE à la batterie rivalise avec les baguettes de l’immense PURDIE.

Le groupe s’attaque à un classique de Chuck BERRY avec "No Money Down". L’orgue distille une sonorité assez voisine de celle d’Alan Price lors que Les ANIMALS épaulaient Sonny Boy WILLIAMSON, tandis que le chant de par ses intonations fait penser à Eric BURDON. Si certains resteront attachés à l’original ou à la version de Duane ALLMAN ou de Mike MORGAN, les REMO FOUR nous offrent ici le plein de Soulfull. Petite coupure avec « Rock Candy"***, un instrumental de BROTHER JACK McDUFF. Là, la guitare reprend ses prérogatives et Colin MANLEY fait jeu d’égal à égal avec George BENSON. Bien avant d’être popularisé via un album d’IRON MAIDEN, de devenir un best seller de la littérature Fantasy via l’américain Orson Scott Card ou de servir de trame à un film hollywoodien avec Jeff Bridges, "The Seventh Son"⸋ compo de Willie DIXON avait été chanté par Willie MABON. Septième fils de Jacob, Gad avait connu son heure de gloire dans la Bible, de nombreux Blues prenant leur source dans la Genèse. Tony ASHTON laisse tomber l’orgue au profit du piano tandis que le chant se fait plus volontaire. Souvent mis à toutes les sauces, ce 7ème fils se rapproche plus ici de la reprise de Mose ALLISON.

Si l’écoute de "Roadrunner"° risque de désarçonner plus d’un auditeur, précisons qu’il ne s’agit pas là du standard de Bo DIDDLEY mais d’un titre du trident Holland/Dozier/Holland gravé par Jr. WALKER & The ALL STARS. Le titre fera l’objet de moult covers plus ou moins réussies, Geno WASHINGTON, King CURTIS, Dr. FEELGOOD ou Trombone SHORTY s’en sortant haut la main. L’orgue apporte encore une fois un fort enrobage de Rock Jazzy et ne pourra qu’évoquer une palette sonore assez proche de GRAHAM BOND ORGANISATION. Le tempo s’adoucit considérablement sur "Brother Where Are You", œuvre du chanteur activiste Oscar BROWN Jr. Le titre fera l’objet d’interprétations bizarres mais il n’y a pas à chercher bien loin pour savoir chez qui Johnny RIVERS ira pomper sa mélodie et ses arrangements. Le disque s’achève avec "Nothin’s Too Good For My Baby", un titre Motown de Stevie WONDER transformé ici en un excellent Rock Garage. The TRUTH (groupe de Dennis GREAVES) reprendra le titre en hommage à leurs homologues anglais.

Si l’album débutait en fanfare avec deux coups de canon, il s’achève en apothéose sur un véritable feu d’artifice avec "Jive Samba", une combinaison de Rock et de Latin Jazz Fusion popularisée en 1963 par le CANNONBALL ADDERLEY SEXTET. Si Nat ADDERLEY, le batteur Louis HAYES et l’organiste Joe ZAWINUL délivraient un instrumental de référence, la version des REMO FOUR sans cuivre nous semble supérieure. L’orgue n’a de cesse de faire monter la pression, tandis la rythmique nous balance une saine démonstration avec un Roy DYKE tout simplement phénoménal aux baguettes. Une version groovy qui relègue assez loin celles de Quincy JONES, Willis "Gator" JACKSON, Gene HARRIS ou de That JONES, rien moins que cela.

The REMO FOUR servira de backing group à George HARRISON sur l’album Wonderwall Music édité par Apple Records. En 1973, la firme Fontana publiera une compilation regroupant 8 des 9 titres de Smile ! agrémentés par 2 morceaux issus de singles. En 1992, le groupe s’est reformé avec la line-up d’origine avec à la clef plusieurs concerts dans la Mersey. En 2005, Mastersound Records a publié une compilation de 20 titres proposant des titres Live de 1961 et de 92, et quelques faces avec les chanteurs Johnny SANDON et Tommy QUICKLY.

Colin Manley jouera ensuite au sein des SWINGING BLUEJEANS pendant plus de 25ans. Colin a perdu son combat contre le cancer en avril 1999.
En 1970, Tony ASHTON et Roy DYKE ont fondé ASHTON, GARDNER & DYKE avec le guitariste Kim Gardner. A la fin des Seventies, Tony fera équipe avec Jon LORD et Ian PAICE. En 2001, Tony a rejoint Colin, victime de la même maladie.
Roy DYKE marié à Stacia Blake, une ancienne égérie d’HAWKWIND, vit toujours à Hambourg.
Le bassiste Phil ROGERS est décédé en janvier 2020 sur les bords de la Mersey.

⃰ Il s’agit d’un titre homonyme à ceux de KING CRIMSON, The RUNAWAYS, The INMATES et Norman Petty.
⃰ ⃰ Gloria JONES se fera aussi connaitre sous le pseudo de LaVern WARE, songwriter pour la Motown avant de rejoindre Marc BOLAN, membre de T REX avec lequel elle aura un fils.
⃰ ⃰ ⃰ Titre homonyme à celui de MONTROSE.
⸋ Le titre est ici accrédité par erreur au pianiste Mose ALLISON.
° Il s’agit bien du titre du trident Holland/Dozier/ Holland accrédité par erreur au saxophoniste JR. WALKER.

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- Colin Manley (guitare, chant)
- Tony Ashton (claviers, chant)
- Phil Rogers (basse)
- Roy Dyke (batterie)


1. Heart Beat
2. The Skate
3. No Money Down
4. Rock Candy
5. The 7th Son
6. Roadrunner
7. Brother Where Are You
8. Jive Samba
9. Nothin's Too Good For My Baby



             



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