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SHUB-NIGGURATH - C'étaient De Très Grands Vents (1991)
Par K-ZEN le 9 Juillet 2020          Consultée 337 fois

Le Shub-Niggurath est une créature fantastique fictive née de l’imagination malade de l’écrivain américain Howard Philips Lovecraft. Elle apparaît pour la première fois en 1929 dans l’Abomination de Dunwich, par l’intermédiaire d’une mystérieuse exclamation issue du Necronomicon, ouvrage traitant des Grands Anciens : "Iä ! Shub-Niggurath !" Hormis cette sentence, Lovecraft n’en fait pas une description plus précise, tout juste en parlant comme "d’une énorme masse nuageuse en ébullition" dans laquelle on percevrait "des pattes de bouc, des gueules béantes et des tentacules visqueux", justifiant ainsi son surnom de "chèvre noire des bois aux mille chevreaux".

Le projet de Jean-Luc HERVE et de ses acolytes au moment de la fondation du collectif était-il de matérialiser de manière sonore l’épouvante provoquée par la vision de cette créature en l’affublant de ce patronyme ? Si tel est le cas, c’est plutôt réussi. L’ambiance dégagée par C’étaient De Très Grands Vents, second album de SHUB-NIGGURATH sorti en 1991, est noire et occulte, entre Hérésie d’UNIVERS ZERO et les premiers groupes de black metal de la même époque, qui surenchérissent de décibels et de maquillage pour tenter d’égaler une telle dose de café noir.

L’album débute par une simple pulsation. Sinusoïdale, régulière. D'abord très statique et presque vide, "Glaciations" s’anime tout à coup, après un faux départ, telle une marionnette dont les fils se seraient emmêlés. Ce sont les derniers tremblements du vieillard qui a vu l'Ankou ou de Jack Torrance au fin fond de son labyrinthe mental et frigorifié. Un peu construit de la même manière, "Océan" déroule une extraordinaire introduction et une leçon de comment être parfaitement exsangue avec seulement basse, guitare, trombone et vivaces percussions. Un trombone que l’on retrouve à son avantage, encore, superbement secondé par un harmonium sur l’inquiétant "D'un Seul Et Même Souffle", semblant attendre quelqu'un ou quelque chose, assis sur le fauteuil de sa chambre, par une nuit d’orage.

"Prométhée", très industriel, aurait pu figurer sur les premiers enregistrements des SWANS. Oscillant entre messe noire et procession funèbre, il est le seul titre chanté du recueil, une voix assurée par Sylvette CLAUDET. Un titre décrivant parfaitement le vol du feu sacré par le héros de l’Antiquité du même nom et l’enseignement de la métallurgie aux hommes, des actions qui lui seront extrêmement coûteuses dans sa chair. En bout de course, place à une structure moins martiale et plus libre avec le titre éponyme. "C’étaient De Très Grands Vents" matérialise la succession de vagues qui frappe le bateau du vieux marin d’eau douce. Avec ses riffs tranchants et sa basse vrombissante, il déploie également un vrai feeling noise rock.

Un aspect poussé à son paroxysme sur le climax, la parfaite signature de ce que représente ce disque. "La Nef des Fous" est le titre le plus court – un peu plus de 3 minutes au compteur – mais pourtant c’est également le plus définitif, un peu à l’image de ce qu’incarnait "Sleeps With Angels" de Neil YOUNG sur l’album du même nom. Carambolage d’un rock nauséeux et apocalyptique et d’un free jazz viscéral ou dévalement des escaliers de l’insanité à toute vitesse, rythmé par les irruptions remarquées d’un trombone semblant être en pleine crise d’épilepsie, la rencontre de SONIC YOUTH avec Roswell RUDD le temps de quelques titres en live est d’ores et déjà annoncée.

C’étaient De Très Grands Vents s’inscrit dans la lignée des grands ouvrages Rock In Opposition français ou francophones, bien qu’il arrive près d’une décennie après la sortie de ses œuvres les plus emblématiques. 7 pistes et autant de visions morbides et cauchemardesques aux intitulés tintinophiles se succèdent. Le vide derrière le masque de la Mort Rouge. Le professeur Bergamotte tiré péniblement de son sommeil par une prémonition, l’implacable Rascar-Capac brandissant devant lui son ultime boule de cristal, alors que dans le même temps les rêves simultanés et surnaturels frappent Tintin, Haddock et Tournesol. La vision de Méduse qui, alors qu’elle avait l’avantage, se prend un retour de taser par le bouclier de Persée, pourtant pas en vibranium. Ou celle de Walter Duranty, apercevant dans les reflets dorés de son prix Pulitzer qui trône sur sa cheminée, les innocentes victimes de l'Holodomor.

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- Sylvette Claudet (chant)
- Véronique Verdier (trombone basse)
- Jean-luc Hervé (guitare, piano, harmonium)
- Alain Ballaud (basse électrique)
- Edward Perraud (batterie)
- Michel Kervinio (batterie)


1. Glaciations
2. Océan
3. Prométhée
4. D'un Seul Et Même Souffle
5. La Nef Des Fous
6. Contrincante
7. C'étaient De Très Grands Vents



             



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