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1967 Them

THE BELFAST GYPSIES - Them (1967)
Par LE KINGBEE le 20 Juillet 2020          Consultée 198 fois

Voici un disque qui risque de créer discorde et polémique. L’histoire alambiquée des THEM de Van MORRISON demeure aujourd'hui encore pleine de confusion et de renseignements contradictoires. En premier lieu, on ignore si le nom du groupe est bien BELFAST GYPSIES ou THEM ou bien encore OTHER THEM. De nombreux journalistes et spécialistes de Garage se sont penchés sur la question et n’ont pu accorder leurs violons, ce qui en matière de musique peut se révéler pour le moins gênant.
Il semble qu’un procès ait eu lieu, Van MORRISON, personnage ombrageux, a porté plainte contre les frangins McAuley pour utilisation illicite du nom THEM. Il semble que le législateur britannique ne se soit pas trop mouillé et qu’il ait donné raison au plaignant mais que sur le territoire anglais. Une manière de couper la poire en deux. Ce qui est certain, c’est que les BELFAST GYPSIES⃰, dont les membres se produisirent plus ou moins longuement au sein de THEM, furent programmés sur les territoires irlandais et hollandais sous le nom de THEM. Il faut dire que les prestations scéniques des THEM de MORRISON étaient parfois complexes à mettre en place, les humeurs de leur chef de file ont contraint à maintes reprises des changements de line-up aussi soudains que brutaux. Certains programmateurs de l’époque se rappellent avoir paré au plus pressé, en gardant le nom de THEM sur les flyers et affiches de concerts, alors que MORRISON n’était pas de la partie.

A titre personnel, je rejoins les avis de Vernon Joynson, auteur de The Comprehensive Guide to British Music of the Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Eras 1963-1976, et de Christophe Brault, ancien disquaire, conférencier auteur de l’excellent Rock Garage, Fuzz, Farfisa & Distorsions, cette formation s’appelle bien BELFAST GYPSIES. Certains amateurs cartésiens se tourneront eux sur la pochette et sur la rondelle du vinyle édité par le label suédois Sonet (GP9923) qui vient contredire mon affirmation. Mais l’histoire nous a montré que l’industrie phonographique regorgeait d’erreurs de typographie tant au niveau des noms que des titres.

Revenons brièvement sur la carrière de ce groupe éphémère que nous appellerons donc BELFAST GYPSIES. En 1965, Van MORRISON s’est déjà fâché avec de nombreux équipiers, certains partant au gré de la pluie, du beau temps et du caractère difficile de leur chanteur et leader. L’organiste Jackie McAuley, lassé par le tempérament de MORRISON quitte le groupe en avril 65. Il avait brièvement rejoint The Kult, groupe de Paul Brady, avant de revenir au sein des THEM pensant que MORRISON s’était amadoué. En juin, Pat McAuley♠ le frère ainé, batteur et organiste prend ses cliques et ses claques et rejoint son cadet avec le guitariste Ken Mcleod et le bassiste Mike Scott ⸋ pour monter un groupe. En février 1966, attablés à une terrasse du Geoconda Coffee, ils font connaissance du producteur Kim Fowley qui les prend sous son aile. L’américain, ancien collaborateur d’Alan Freed, s’est établi à Londres depuis deux ans et vient de connaitre quelques petits succès inattendus en produisant des 45-tours de Cat STEVENS et des N’Betweens (futur SLADE). A la recherche de nouveaux talents, Fowley sent aussitôt qu’il a peut-être décrocher le gros lot.
La première démarche de l’américain sera de remodeler physiquement les quatre irlandais. Pour la première séance photo, il est allé chercher dans sa propre garde robe, transformant ainsi les quatre costards cravates genre tuyau de poêle en freaks hyper branchés à la mode californienne. Fowley sait qu’il n’a pas une minute à perdre, la stabilité au sein de nombreux groupes anglais ne dépasse parfois pas les quatre semaines. Il parvient à décrocher cinq contrats avec cinq pays différents, pas de quoi pavoiser mais la méthode permet au groupe d’enregistrer.

Le groupe enregistre un premier single pour le label Loma, une filiale de la Warner, avec "Portland Town" couplé à "People Let’s Freaks Out". A Londres, Island Records édite au même moment "Gloria’s Dream" et "Secret Police". Quelques semaines plus tard, le label londonien publie "People Let’s Freaks Out" couplé cette fois ci à "The Shadow Chasers", mais afin d’éviter tout problème juridique la firme étiquette le single sous le nom de The FREAKS Of NATURE. Chez nous, Vogue sort un EP sous le nom de THEM regroupant "Gloria’s Dreams", "The Crazy World Inside Me", "Secret Police" et "Aira Of The Fallen Angels". Le même disque fera l’objet d’une seconde publication Vogue, le label français ayant cette fois ci remplacé les quatre lettres bleues de THEM par The BELFAST GYPSIES. Toujours en 1967, le premier et unique disque est édité par les suédois de Sonet, ce sera la seule galette du groupe. Le disque sera réédité en 1968 par le label hollandais Injection puis en 1978 par Sonet UK avec une autre pochette. En 2003 le label Rev-Ola publiera une version CD agrémentée de six bonus. Une publication qui fera des petits, puisqu'en début d’année le label Grapefruit, filiale de Cherry Red Records, éditait à nouveau le disque avec 9 bonus à la clef. On n’arrête plus le progrès.

Enregistré lors de trois sessions au Regent Sound Studios, là où les STONES gravèrent leur première galette, l’album rentre de suite dans le vif du sujet avec "Gloria’s Dreams", une variante furieuse du hit "Gloria". Dans l’esprit des frangins McAuley, il ne fait guère de doute que le succès de "Gloria" leur revenait autant qu’à Van MORRISON, leur ancien chef de meute. Posé sur les fondations d’une rythmique débordante d’énergie, le chant nasillard et hargneux de Jackie McAuley peut servir de pont entre BURDON et MORRISON. Même cas de figure avec "Baby Blue" qui n’est autre que le "Its’s All Over Now, Baby Blue" de DYLAN, titre que reprenait MORRISON au sein des THEM avec une prédominance de basse et d’orgue. Avec son intro d’harmonica bien dans le registre des trains songs, "Midnight Train" dévaste tout sur son passage marchant sur les traces du "Number Nine Train" de Tarheel Slim et sur le "Ridin’ On The L&N" de Lionel HAMPTON popularisé plus tard par The BINTANGS et NINE BELOW ZERO. Le standard "Boom Boom" de John Lee HOOKER s’inscrit pleinement dans une orchestration évoquant aussi bien l’Alan Price Combo que les ANIMALS. Certains titres connaissent de curieux chemin de traverse. Il n’est pas sur que Memphis Minnie pensait en 1930 que son "Can I Do It For You" aurait la vie aussi dure. Le titre sera transformé en blues tribal en 1960 par Lonnie Young et son frangin Ed, un remarquable joueur de fifre sous le nom de "Chevrolet". Cinq ans plus tard, DONOVAN allait retravailler le morceau le transformant en un sémillant "Hey Gyp (Dig The Slowness)". La chanson connaîtra un certain succès reprise notamment par les ANIMALS et bien plus tard par Santa Esmeralda, un groupe Disco qui tentait de faire danser la planète en reprenant sans vergogne tout ce qui pouvait rapporter. Les BELFAST GYPSIES nous en assènent une version Garage avec harmonica et une rythmique qui s’offre une véritable déferlante. "Portland Town", une compo du banjoïste Derroll Adams installé en Angleterre pour cause de Maccarthysme, avait été repris par Joan BAEZ et Marianne FAITHFUL ; le quatuor nous en livre une version de Folk Psyché que ne renieraient pas les KINKS.

Les compositions témoignent elles d’influences éclectiques. "The Crazy World Inside Me" tient autant de John MAYALL que des KINKS. "People, Let’s Freak Out" avec sa rythmique galopante s’inscrit pleinement dans un décor à la Bo DIDDLEY, l’harmonica souvent très bref renforçant l’obsédant diddley beat. Si l’orgue, probablement un Vox Continental, apporte une atmosphère d’église "The Last Will And Testament" s’inspire de "Codine" chanson de Buffy Sainte Marie et DONOVAN. "Aria Of The Fallen Angels" reprend la mélodie de l’ouverture en ré majeur de Jean Sébastien BACH, un interlude qui place le tambourin et l’orgue au premier plan. "Suicide Song" nous renvoie dans un univers proche des Leaves, un mélange de merseybeat et de Rock Psy mélancolique. Si les instruments, l’orchestration et les rythmes énergiques ne peuvent qu’évoquer THEM, le combo parvient à couper le cordon à plusieurs reprises. Le chant plein de fureur et l’orgue sur "Secret Police" nous ramène vers les SEEDS de Sky Saxon, une clôture de disque en béton armé !

Malgré une pochette pouvant induire à l’erreur, ce disque est à ranger parmi les monuments du Garage anglais. Jackie McAuley se révèle un chanteur volontaire capable d’élever la voix quand il le faut. Quant à ses comparses, on comprend mal pourquoi Decca les remplaça parfois par des requins de studio.

⃰ Dans le livret intérieur de la réédition Rev-Ola, Kim Fowley déclarait que le groupe se produisait sous le nom d’OTHER THEM. Comme il n’appréciait pas ce nom qu’il jugeait trop restrictif et vu l’apparence physique des quatre musiciens plus proche du registre latin, le producteur avait suggéré The BELFAST GYPSIES qui avait été aussitôt entériné par le groupe.
♠Pat McAuley a délaissé ses instruments après la sortie du disque. Il est décédé en 1984.
⸋ Il s’agit d’un homonyme à l’écossais membre des Waterboys.

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- Jackie Mcauley (chant, orgue, harmonica, tambourin)
- Pat Mcauley (batterie)
- Ken Mcleod (guitare)
- Mike Scott (basse)


1. Gloria's Dream
2. The Crazy World Inside Me
3. Midnight Train
4. Aria Of The Fallen Angels
5. Baby Blue
6. People, Let's Freak Out
7. Boom Boom
8. The Last Will And Testament
9. Portland Town
10. Hey Gyp! Dig The Slowness
11. Suicide Song
12. Secret Police



             



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