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1986 Rapture

Anita BAKER - Rapture (1986)
Par LE KINGBEE le 27 Juillet 2020          Consultée 181 fois

Originaire de Toledo (Ohio) où elle naît en 1958, Anita BAKER connaît une enfance difficile. Abandonnée par sa mère à deux ans, elle est élevée par une tante et un oncle à Detroit. En 1970, suite au décès accidentel de sa famille d’adoption, sa cousine prend le relais. Si Anita a fait ses gammes dans une église, comme de nombreuses gamines noires de sa génération, elle admire les artistes de la Motown, label de référence dans sa ville d’adoption, mais elle se passionne aussi pour la Pop et le Jazz.
Dès l’adolescence, Anita envisage une carrière dans le chant. Au lycée, elle intègre Humanity et enchaîne comme choriste au sein de l’ensemble Osmoses, ce qui lui permet d’attirer l’attention du bassiste David Washington membre du groupe Chapter 8. La formation est en fait l’ancien orchestre des Detroits Emeralds, l’un des ensembles les plus réputés sur la scène Soul de la Motor City. En 1975, Anita BAKER devient la chanteuse de Chapter 8. Le groupe connait alors quelques succès mineurs ("Don’t You Like It", "Ready For Your Love") et Ariola publie son premier album. Tout virait bien pour Anita BAKER si Ariola fortement endetté n'était pas racheté par la firme Arista qui met aussitôt fin au contrat du groupe, estimant que leur chanteuse n’a aucun talent.

Pour la concernée, la déception est immense. Quittant Los Angeles où elle s’était établie depuis cinq ans, elle regagne Detroit où elle devient serveuse puis réceptionniste dans un cabinet juridique. Cette brève expérience chez Ariola n’est cependant pas totalement inutile. Otis Smith qui vient de monter le label Beverly Glen Music croit au talent d’Anita et reprend contact avec l’ancienne chanteuse. Echaudée par ses déboires, Anita refuse dans un premier temps de revenir en studio, jurant tel le corbeau de la fable qu’on ne l’y reprendra plus, jusqu’au jour ou Smith pose sur la table une avance de dix mille dollars avec un contrat en béton approuvé par les avocats du cabinet où Anita travaille. Une proposition que la chanteuse ne peut refuser. En 1983, elle enregistre The Songstress, le premier disque sous son nom. Si l’album est unanimement reconnu par la critique américaine, cinq des huit titres faisant une entrée dans les classements, la chanteuse rencontre des problèmes avec Smith si bien qu'Anita se retrouve rapidement sur le carreau, sans maison de disque ni contrat.

Nous sommes en 1985, presque trois ans se sont écoulés depuis The Songstress et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. De nouvelles têtes d’affiches ont fait leur apparition (Whitney HOUSTON, SADE). Michael JACKSON qui a quitté The JACKSON FIVE lors de la tournée Victory, Lionel RITCHIE, Tina TURNER qui vogue désormais en solo sans Ike le cogneur, et PRINCE trustent la tête des charts US. En janvier 85, sous la direction de Quincy Jones, une cinquantaine d’artistes participent à "We Are The World" sous la bannière de USA For Africa. Mais le plus gros changement demeure bien évidemment les arrivées du Hip-Hop et du Rap, deux registres typiquement américains qui vont redéfinir les bases de la Soul. Au milieu des eighties, la musique noire se retrouve à la croisée des chemins entre la fin du Disco (Ouf !) et l’émergence de nouvelles tendances.

A la Fin de 1985, Anita parvient à décrocher un contrat avec Elektra qui décide de l’impliquer tant dans le répertoire que le choix des musiciens. La première décision d’Anita est de faire appel au guitariste Michael Powell, un copain de la période Chapter 8 à la production. La chanteuse en accord avec son label confie les arrangements à Dean Gant (aka Sir Gant), tandis que la photographe Carol Friedman accepte de concocter la pochette. Deux titres sont produits par Martha Sharron et Gary Skardina, patron du Grinder Studios, un gars qui a déjà collaboré avec les POINTER SISTERS et Stevie NICKS.
Le pont avec Chapter 8 n’est pas totalement rompu puisque outre Powell, le bassiste David Washington et l’organiste Vernon Fails viennent prêter main forte à leur ancienne chanteuse. Enregistré en plusieurs sessions à Detroit, à l’United Sound Studios et au Yamaha R&D Studios, et à Hollywood au Music Grinder Studios, le disque témoigne d’une armada puissante entièrement au service de la chanteuse.
Excellente chanteuse alto, Anita nous délivre ici trois compositions dont "Sweet Love" en ouverture qui se hisse à la seconde place des classements R&B. Ce qui frappe d’entrée ici, c’est le choix délibéré d’orienter le répertoire non pas vers un crossover à la Motown, mais vers la remise en place et au premier plan du chant, celui-ci se posant sur des ballades romantiques portées par des mélodies complexes conférant au répertoire un cachet ambigu entre un album de diva et celui d’une Soul sophistiquée.

De ses influences, on retrouve ici quelques zestes d’Aretha FRANKLIN, l’espièglerie parfois coquine de Dinah Washington, la technique vocale des grandes chanteuses de Gospel (Sarah Vaughan et Ella Fitzgerald) la douceur de Nancy Wilson ou de Barbara Lewis et la souplesse de certaines chanteuses de Jazz Vocal. "Been So Long", une longue et imparable ballade de cinq minutes, est annonciatrice du futur répertoire de SADE. Troisième et dernière compo avec "Watch Your Step" ⃰ placée en fermeture d’album, la chanson pourrait être le chaînon manquant entre le Smooth Jazz de Gino Vannelli et la Pop Soul de Whitney HOUSTON.
Au niveau des reprises, elle se réapproprie "You Bring Me Joy", un inusité du songwriter David Lasley enregistré sans le moindre succès par Norman Connors, ancien batteur de Jazz devenu chanteur. La différence est grande tant au niveau des arrangements que de l’orchestration. La chanteuse n’a plus ici qu’à poser sa voix parfois lascive pour que la magie prenne effet. Elle reprend "Caught Up In The Rapture", écrit spécialement pour le disque par Gary Glenn, ancien membre du Soul Set dans une veine identique. Autre chanson tirée des oubliettes avec "Mystery", une ballade enregistrée trois ans plus tôt par Manhattan Transfer. Ici encore, si la qualité des arrangements et de l’orchestration fait la différence, c’est encore le timbre de BAKER qu’on remarque dès les premières mesures. Dionne Warwick avait chanté "No One In The World" un an avant sans connaitre un grand succès. Anita reprend ici la chanson de son amie et productrice Martha Sharron dans une orientation plus épurée et moins boursouflée que sa devancière. S’agit-il d’un pied de nez à Arista, label qui l’avait viré et sur lequel figure Dionne Warwick ? Enfin dernier élan de romantisme avec "Same Ole Love", une création de la chanteuse de Jazz Marilyn McLeod future reprise instrumentale de Billy Cobham et cover bourrative et plein d’effets de manche de George Duke.

Héritière de la tradition Soul de la Motor City, douée d’une technique vocale largement au-dessus de la production de l’époque, Anita BAKER réussit haut-la-main son examen vers la postérité avec cet album de Soul classieuse. La chanteuse rend ici ses titres de noblesses aux ballades romantiques. Au total, Rapture se vend à plus dix millions d’exemplaires et reste classé pendant 157 semaines parmi les meilleures ventes. Ce succès commercial pour le moins inattendu se voit couronné de deux Grammys et quatre des huit titres rentrent de plein fouet dans le Top 40 R&N. Si d'aucuns peuvent lui reprocher un tempo trop homogène, Rapture retranscrit parfaitement une émotion intrinsèque sur un registre aussi délicat que mature, parfois assez proche du format quiet storm.

Note 3,5.

⃰ Titre homonyme à ceux de Bobby Parker et Elvis Costello.

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- Anita Baker (chant, claviers 8)
- Gregg Moore (guitare 1-2-7)
- Michael Powell (guitare 3-5)
- Donald Griffin (guitare 4-8)
- Paul Jackson (guitare 6)
- Dean Parks (guitare 6)
- David Washington (basse 3-5-8)
- Freddy Washington (basse 1-2-7)
- Jimmy Haslip (basse 4)
- Neil Stubenhaus (basse 6)
- Ricky Lawson (batterie 1-2-4-7-8)
- Arthur Marbury Iii (batterie 3-5)
- John Robinson (batterie 6)
- Paulinho Da Costa (percussions 1-2-6-7-8)
- Lawrence Fratangelo (percussions 3-5)
- Lorenzo Brown (percussions 3)
- Sir Gant (claviers 1-2-4-7-8)
- Vernon Tails (claviers 3)
- Randy Kerber (claviers 6)
- Paul Chiten (synthétiseur 6)
- Greg Philingames (synthétiseur 6)
- Don Myrick (saxophone 2)
- Donald Albright (saxophone 8)
- Darryl Phinnissee (chœurs 1-2-4-6-7-8)
- Bunny Hull (chœurs 1-2-4-7-8)
- Jim Gilstrap (chœurs 1-2-4-7-8)
- Alex Brown (chœurs 2-8)
- Vesta Williams (chœurs 2-8)
- Natalie Jackson (chœurs 5)
- Philip Ingram (chœurs 5)
- Lynn Davis (chœurs 6)


1. Sweet Love
2. You Bring Me Joy
3. Caught Up In The Rapture
4. Been So Long
5. Mystery
6. No One In The World
7. Same Ole Love
8. Watch Your Step



             



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