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1969 Cave Rock

CROMAGNON - Cave Rock (1969)
Par NOSFERATU le 28 Juillet 2020          Consultée 281 fois

Des malades…
Enfin un de ces groupes expérimentaux actifs durant les années 60, classés psychédélique. Bien que l'on soit ici plus proche de l’avant-garde la plus débridée, inécoutable évidemment pour le pékin moyen. A côté de ces hommes préhistoriques, les RESIDENTS qui arrivent au même moment, ne sont que des vulgaires artisans du rock AOR à la BOSTON ! A la base, deux individus échappés d’une caverne, (en fait des "diggers" new yorkais cramés du bulbe) , Austin Grasmere et Brian Elliot, qui touchent à tous les instruments et outils utilisés dans cet album déconcertant. Leur unique disque, "cave rock", exemple de musique néanderthalienne, s’appelait à l’origine Orgasm, parfait titre pour une époque hédoniste foldingue, (je parle bien sûr des années 60, pas de la préhistoire, quoique …). Un véritable trésor underground ardu d’accès mais aussi difficile à trouver, même chez les disquaires étiquetés "avant-garde".

La première fois que j’ai entendu cette chose, ça devait être au magasin "Total heaven", alors tenu par des "garageux locaux" à Bordeaux vers l’an 2000, au moment de la réédition du disque. Le pote qui m’accompagnait, une sommité en psychédélisme, avec qui je faisais une émission de radio, me fit écouter le vinyle au casque sans me dire ce que c’était. En entendant le premier morceau, j’hallucinais grave. Je lui dis "ce sont les BUTTHOLE SURFERS". Il me répondit, hilare, "Non, c’est un truc sixties barge". Quand je vis la pochette, je m’écriais "Ah oui CROMAGNON !". Le genre de combo que l’on connaissait de réputation, dont les skeuds étaient logiquement introuvables.

A vrai dire, à son écoute, on est plus proche des performances libertaires du Living Theater, alors en vogue durant cette période contre-culturelle riche d'excès en tout genre, que des travaux cosmiques d’un 13TH FLOOR ELEVATORS. La musique psychédélique proposée ici va aussi beaucoup plus loin que les ouvrages de la même ère des FIFTY HOOSE HOOT ou même des SILVER APPLE, pourtant bien aventureux. Tous les adeptes du free jazz décalé et du psychédélisme ravagé ont voué un culte à cette oeuvre ultra-bigarrée. On parle même ici de proto-industriel avant la lettre que l’on pourrait rapprocher des happenings de l’autre illuminé Genesis P Orridge (futur THROBBING GRISTLE) sévissant au sein du collectif contemporain anglais COUM. L’atmosphère tribale qui y règne est assez proche aussi des futures expérimentations de TEST DEPARTMENT, voire du bruitisme extrême d’un WHITEHOUSE.

Le producteur Brian Elliott utilise le fameux Wall of sound de PHIL SPECTOR, donnant à la chose un côté particulièrement rugueux. Dans leur dérive urbaine, les deux membres principaux ramenaient au studio des "freaks" parmi les plus tarés de Manhattan (ont-ils rencontré d’autres fous furieux du coin comme les cinglés du VELVET UNDERGROUND ou de MORGEN ?) et les faisaient participer à cette entreprise fortement décalée. Le projet est de réaliser le rock du futur mais avec des moyens relevant du paléolithique supérieur. Le tout sonne comme du rock rétro-futuriste à cause de l’aspect proprement préhistorique qui prédomine mais aussi pour sa facette "avant-noise". Je l’ai acheté il n’y a pas longtemps chez mon "dealer sonique" préféré de Toulon. En revenant à la maison et en le mettant sur la platine, ma femme m’a hurlé : "Arrète-moi çà de suite ! Déjà la pochette relève d’un surréalisme primitif. On y voit deux squelettes en pleine sodomie (si si regardez bien !) sous le regard d’une sorte de Frank ZAPPA (autre gourou de l’époque avec ses MOTHERS OF INVENTION, soit dit en passant) de l’ère quaternaire.

Le premier titre "Caledonia" est le tube (!?) de l’album. La seule chanson audible mais quel opus ! Les collages de jingles publicitaires et de musiques de films constituent l’introduction. Puis on entend une sorte de fanfare apocalyptique avec des cornemuses, directement sortie de La nuit des morts vivants de Romero, un chant quasiment Black Métal avant l’heure (certainement le premier grunt de l’histoire encore plus effrayant que les STOOGES de "l.a . Blues" qui tenteront de les égaler dans la sauvagerie extrême par d’autres moyens l’année suivante), du bruitage cosmique et à la fin une atmosphère typée western spaghetti. "Ritual Feasté est un rituel cannibale en direct où un reportage ethnographique dans une caverne de -30 000 ans avant le crapaud de Nazareth, c’est vous qui voyez pour l’ambiance, vous choisissez. Sinon, il y a du bruit en arrière fond, une créature tapant sur une sorte de tuyau et tout le long des grognements d’un australopithèque afarensis sous LSD.

"Organic sundowé verse dans le tribalisme primaire, improvisé et inquiétant, avec un chant de défoncé, puis un hurlement démoniaque parait. On jurerait des hippies en transe regardant un film gore sixties genre "2000 maniaques du rigolo Hershell Gordon Lewis ou une farandole d’une secte millénariste menée par Jim Jones. L’intro de "Fantasy" est surprenante. Il s’agit d’un chœur mélodique quasi "doo woop" puis des fous rires, des types défoncés, l’un déclamant on ne sait quel texte obscur, le coucou d’une horloge, le bruit d’une sirène, des bruitages industriels annonçant THROBBING GRISTLE, des échantillons radio, une guitare psyché au fond, un peu de batterie et le cri "Freedom" suivent. "Crow Of The Black Tree" sonne comme de "l’avant-folk", revu par le cousin californien CHARLES MANSON. Les chœurs inquiétants, un riff répétitif, des lamentations en choeur, un peu de batterie tribale, créent une atmosphère angoissante.

Sur "Genitalia", des bruits inquiétants aigus apparaissent, un type chante une croonerie et en arrière fond, des oies mutantes braillent. Avec "Toth, Scribe", on rentre dans un domaine plutôt effrayant. Le morceau en question est quasiment du drone/dark ambient avant l'heure, préfigurant les délicieuses horreurs de WHITEHOUSE ou LUSTMORD, voire celles de GNAW THEIR TONGUES, avec les vocaux d’un monstre non identifié. "First World Of Bronze" relève du proto-indus, avec à la base une guitare hendrixienne tournant en roue libre. Les vocaux y sont déclamés comme si nous assistions en direct à une messe nécromancienne, le climat évoquant un peu COVEN, l’esprit satanique en moins.

Un disque archéo-futuriste, à la fois déconcertant et terrifiant par moments. Du dadaisme couché sur cire annonçant une descendance certainement affermie (voir les noms cités plus haut). A écouter en lisant avec dans la main droite le magazine "planète" tout en tenant de l'autre le manifeste "do it" de Jerry Rubin, pour rester dans l'esprit des années soixante souterraines.

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- Austin Grasmere
- Brian Elliot
- Mark Payuk
- Peter Bennett
- Salvador Salgado
- Vinnie Howley + Des Freaks


1. Caledonia
2. Ritual Feast Of The Libido
3. Organic Sundown
4. Fantasy
5. Crow Of The Black Tree
6. Genitalia
7. Toth, Scribe I
8. First World Of Bronze



             



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