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- Style : The Sex Pistols

X-RAY SPEX - Germ Free Adolescents (1978)
Par RAMON PEREZ le 21 Décembre 2020          Consultée 175 fois

Les historiennes sont formelles : des grands mouvements du rock, c’est le punk qui a laissé le plus de place aux femmes. Bien sûr, on est loin de pouvoir parler de parité ; c’est clair. Mais rarement le public aura été aussi mixte aux heures de pousser les potards. Si aujourd’hui la figure de la punkette est bien établie et que l’Histoire a particulièrement retenu l’épopée Riot grrrl, en réalité cette figure a connu des incarnations fort différentes sur scène ou autour, dès les débuts. Oui, le punk n’aurait pas été le même sans les Vivienne Westwood, Siouxsie, Debbie Harry et autres SLITS. Ni sans Poly Styrene.

Ah Poly, sacré numéro ! Si les PISTOLS ont dit "nevermind the bollocks", en voilà une qui a magnifiquement incarné le pendant féminin du slogan. Refusant catégoriquement de jouer une quelconque carte glamour, elle fit au contraire son possible pour ressembler au plus près à ce que les mecs ont de tout temps appelé un boudin. Appareil dentaire immanquable, boulotte au possible, un balai à franges en guise de chevelure et des fringues en sacs poubelle. Magnifique ! L’anecdote est célèbre, celle qui rappelle qu’elle clama haut et fort que, si quelqu’un voyait en elle un minimum de sex appeal, elle se raserait la tête illico.

Le genre de personne tombée pile à l’époque qu’il lui fallait. Issue des quartiers populaires multiculturels de la capitale (mère écossaise, père somalien), la jeune Marianne (son prénom) s’est faite un temps hippie, parcourant les festivals de l’île à la force de son pouce. Immanquablement attirée vers la musique, elle s’essaye rapidement au reggae. Mais, comme beaucoup de jeunes de son époque, c’est en voyant les SEX PISTOLS que son monde change. Johnny Rotten l’a dit et redit : l’objectif de son groupe était que son public prenne une guitare en sortant de la salle de concert ("sinon je perds mon temps"). Objectif atteint avec Poly qui se dit que si ces types peuvent faire ça, elle le peut aussi. Le reste est d’un grand classicisme lorsqu’on parle de punk : une annonce pour trouver des musiciens avec qui se lancer et let’s go. X-RAY SPEX est né. Nous sommes en 76, elle a tout juste 19 ans. Prête à prendre sa part dans l’explosion qui se prépare.

Part qu’elle n’a pas laissée aux chiens, le groupe ayant régulièrement squatté le top 50 britannique durant sa courte existence. Balançant au meilleur des moments son titre emblématique (en septembre 77), la bande se fait vite remarquer. Un plus grand public découvre alors cette jeunette qui lui gueule à la figure "Oh bondage up yours !". Si ce titre marque, c’est bien sûr pour son côté "slogan in your face", mais aussi parce que c’est un putain de morceau d’une efficacité imparable. Toute l’alchimie du groupe y est concentrée : un puissant triptyque guitare/basse/batterie qui envoie le bois ; un saxophone en contre-chant comme chez les STOOGES (tenu d’abord par sa copine de Lycée Lora Logic, l’autre fille du groupe) ; la voix aigüe de Poly qui te vrille si délicieusement les tympans.

L’année suivante connaît l’album du groupe qui n’en n’aura fait qu’un, comme les PISTOLS. Mais quel album ! Le premier titre te scotche d'emblée par sa puissance et sa clarté. Tout y est : l’énergie d’un punk saignant aux ornementations inimitables. Punk jusqu'au bout du médiator, Germ Free Adolescent n’en n’oublie pas d’être un peu plus que ça en proposant par-ci par-là des petites choses annonciatrices de ce vers quoi les années 80 vont tendre. Quelques morceaux comme "Warrior" qui se font plus légers et mélodiques, presque pop, annoncent déjà quelques aspects du post-punk. Ainsi que l’usage d’effets sonores, notamment sur la voix.

Mais c’est aussi dans les thèmes abordés et dans l’aspect visuel que le groupe se démarque. La pochette est assez parlante à cet égard, avec ses éprouvettes et ses couleurs. Il est beaucoup question de l’aliénation de la jeunesse par les assignations sociales, en particulier de genre. Un regard aux titres des chansons en dit déjà beaucoup : "Art-i-ficial", "Identity", "I’m a poseur", "I’m a cliche". Des thématiques qui seront davantage au cœur des années 80 que partagées en 77 avec les camarades keupons. Cela dit, le groupe se singularise en premier lieu par le son, qui n’a lui heureusement rien à voir avec celui des 80’s puisqu'il est au contraire bourré de l’énergie libératrice propre à son temps. Rien à envier musicalement aux PISTOLS, au contraire même. Bien sûr, la radicalité du chant de Poly ne peut pas convenir à tous. Elle avait des bases en chant lyrique et en usait pour tenir les notes le plus haut possible, poussant les oreilles des auditeurs dans leurs retranchements. Mais crois-moi, si tu passes ce test, il y a des chances que tu prennes ton pied tant X-RAY SPEX possède tout ce qu’on aime dans le punk, et plus encore.

Un groupe si représentatif du genre qu’il s’est éteint avec la première vague, laissant derrière lui si peu de choses (en-dehors de son influence manifeste) que la réédition CD de Germ Free est dans le même temps une intégrale (on y a ajouté les singles et face B) avec seulement quatre morceaux de plus. Poly avait le plus grand mal à tenir le rythme et a vite fondu un câble. Elle souffrait en effet de troubles psychiques qui l’ont éloignée durablement de la musique. Le groupe s’est par la suite épisodiquement reformé (et a même refait un album en 95), mais c’est par une poignée de disques en solo qu’elle a principalement refait parler d’elle - notamment avec le très estimé Generation Indigo publié quelques jours avant sa disparition. Comme ce sont toujours les meilleures qui s’en vont en premier, un vilain crabe l'a malheureusement emportée à peine passée la cinquantaine. Etoile filante au firmament des punkettes.

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   RAMON PEREZ

 
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- Poly Styrene (chant)
- Jak Airport (guitare)
- Paul Dean (basse)
- Rudi Thomson (saxophone)
- B.p. Hurding (batterie)


1. Art-i-ficial
2. Obsessed With You
3. Warrior In Woolworths
4. Let's Submerge
5. I Can't Do Anything
6. Identity
7. Genetic Engineering
8. I Live Off You
9. I Am A Poseur
10. Germfree Adolescents
11. Plastic Bag
12. The Day The World Turned Day-glo
- suppléments édition Cd
13. Highly Inflammable [single 79]
14. Age [face B 78]
15. I Am A Cliché [face B 77]
16. Oh Bondage Up Yours! [single 77]



             



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