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- Membre : Bande Originale De Film

Georges DELERUE - Heureux Qui Comme Ulysse (1970)
Par MARCO STIVELL le 28 Décembre 2020          Consultée 226 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Heureux Qui Comme Ulysse, dont le titre est emprunté au poète Joachim Du Bellay (env. 1522-1560) et l'histoire inspirée du roman The Homecoming de l'auteure Marlena Frick (1964), est réalisé par Enrico "Henri" Colpi, fort du succès de son premier long-métrage, Une Aussi Longue Absence, au Festival de Cannes en 1961. C'est, en cette année 1970, l'ultime film de l'immense Fernandel, quelques mois avant son décès, interrompant le tournage de ce qui devait être le sixième volet de la saga Don Camillo. Si celui-ci sera porté à l'écran deux ans plus tard, ce sera avec un autre acteur incarnant le curé italien bagarreur au bon coeur, une autre équipe et un autre esprit. Grâce à Heureux Qui Comme Ulysse, la carrière de Fernandel trouve un final magistral et mieux adapté, car provençal presque jusqu'au bout des ongles (avec un zeste de Sète).

Depuis ses débuts sur l'avant-scène, Fernand Contandin alias Fernandel, le Marseillais, par son accent, sa bonhommie, offrait un pendant idéal venu du Sud de la France à la rigueur parisienne débonnaire d'un Jean Gabin, son vieil ami. D'abord, il y a eu monsieur Marcel Pagnol, puis les grands succès divers étalés sur les décennies : François 1er, L'Auberge Rouge, Don Camillo, Ali Baba, Le Couturier de Ces Dames, La Vache et le Prisonnier, La Cuisine au Beurre... En 1960, dans Crésus au succès mineur, Fernandel commence à revenir en Provence avec, vingt-trois ans après Regain, une nouvelle adaptation d'un livre de Jean Giono. Il y croise Rellys, son ami compatriote marseillais, et les voilà qui se retrouvent le temps d'une scène dans Heureux Qui Comme Ulysse !

Depuis l'année 1965 et Don Camillo en Russie, la carrière de Fernandel au cinéma est devenue plus confidentielle, malgré le passage du noir et blanc à la couleur. Il tourne pour le réalisateur Jean-Pierre Mocky (décédé l'année dernière) dans La Bourse et la Vie en 1966, une curiosité sympathique et rigolote avec plein de bons acteurs dans des petits rôles, puis le rôle d'un contrebandier dans L'Homme à la Buick de Gilles Grangier en 1968, son avant-dernier tour-de-force. Mais Heureux Qui Comme Ulysse, c'est un baroud d'honneur (baroud, c'est bien le cas de le dire, comme disait Alphonse Daudet), un film qui, dans la relation d'amitié homme-animal, sorti au début de l'été 70, n'a pas eu le succès escompté alors que, même en étant moins comique, il aurait largement mérité celui de La Vache et le Prisonnier.

Cette histoire pleine de tendresse vient d'une volonté d'Antonin, employé de ferme seul au monde joué par un Fernandel dont les cheveux ont blanchi, de désobéir au patron en ne conduisant pas son vieux cheval Ulysse aux arènes d'Arles, où il ne pourra que mourir pendant une corrida. Le tenant par la bride pendant que lui marche à son côté, Antonin promène Ulysse par les routes de Provence, la rhodanienne de Frédéric Mistral, plus proche de celle de Pagnol que la haute de Giono cette fois-ci. Il lui parle continuellement et lui fait découvrir les beautés du pays, rencontrer de vieux amis... On imagine ce que, avec un tel acteur, cela peut donner, même si on ne l'a pas vu.

Tourné d'abord dans le village de Roussillon, département du Vaucluse (en plein Colorado provençal, nommé ainsi à cause des collines teintes d'ocre), puis à Cavaillon, Plan d'Orgon, Saint-Rémy, Baux-de-Provence (la scène avec Rellys dans les carrières), Fontvieille (l'emplacement du moulin de Daudet), Arles et en pleine Camargue la plus sauvage (bac de Barcarin, étang de Vaccarès), ce film qui fait naître le bon sourire autant que les larmes, fait également ressortir les couleurs ensoleillées et éclatantes de la terre comme du ciel de la Provence. Une promenade de choix avec Fernandel, on en rêverait ! Et, de plus, une Provence entre deux époques, la fin de la ruralité, les voitures et les stations-services, la présence des hippies mais le maintien des traditions... En tout cas, pas si lointaine d'une époque comme la nôtre qui s'est ôtée toute mémoire de cela.

Ces détails multiples sont importants pour caractériser le fabuleux travail musical de Georges DELERUE dont on a longtemps vanté la collaboration avec François Truffaut (sans parler de Jean-Luc Godard, Henri Verneuil, Georges Lautner, Gérard Oury, etc). Fabuleux travail, mais si court dans son entièreté ! Dix bonnes minutes à peine, en tout et pour tout, sont déployées sur une heure et demie de pellicule, par l'effet de répétition, de césure. Oui, mais dix merveilleuses minutes pendant lesquelles on peut se délecter en grande partie des accointances du compositeur et chef d'orchestre roubaisien à la musique d'une région qui est on-ne-peut-plus éloignée de la sienne d'origine !

La "Danse Provençale" est le nom du thème donné à ce rythme typique plutôt lent, accentuant les trois premiers temps d'une mesure de quatre, si l'on compte vite (ou alors, en plus lent, deux croches-une noire/deux croches-une noire, pour ceux qui ont retenu leur solfège). Les cordes enfantines, héroïques, les flûtes et hautbois qui prennent la suite, la harpe (omniprésente dans la B.O), la touche mélodique "folk grand ouvert", si proche du celtique grâce à la préférence d'une note de septième mineure plutôt que majeure, n'est-ce pas là un premier enchantement ? Comment penser autrement du thème d'"Ulysse" où l'orchestre est plus rapide, avec ses hautbois guillerets ?

Puis, vient le temps des pleurs, des frissons qui accompagnent l'émotion la plus triste, avec un long "Lamento" absolument magnifique. Les cordes en vagues tel un reflux montant et descendant se font dramatiques, la harpe continue cependant de garder un ton folklorique dans le rythme, un alto ou un violoncelle dans les aiguës tente de percer et fait ressortir la sensibilité... Toute la force de Georges DELERUE se retrouve dans un temps aussi limité avec deux esprits bien distincts mais reliés. Celle du film, en plus des images, de la mise en scène, reste d'enchaîner ces thèmes aussi éperdus que joyeux, toujours émouvants. Le montage de ces parties musicales est parfois étonnant mais dans le bon sens, le spectateur retient son souffle.

Et puis, en matière de lien, il y a la guitare classique, cordes nylon de velours. Parfois soliste de façon mélancolique comme sur "Lamento", évoquant une tendresse complètement méditerranéenne, elle cite sur "Ulysse" la mélodie du générique du film. Celui-ci est une chanson éponyme interprétée par un autre Georges, BRASSENS en personne (d'où la référence à Sète au début de la chronique, restons occitans !) qui vient faire rouler ses "r" en faisant sautiller sa guitare en balancement ternaire, comme il sait si bien le faire. Il est accompagné par la contrebasse de son fidèle Pierre Nicolas et, pour une fois, de cordes, celles de DELERUE.

Légère, cette chanson renvoie au héros grec avant d'être latin de l'Odyssée, à la poésie d'origine de Du Bellay, mais par l'entremise du moustachu et de sa verve : "on vivait bien contents, mon cheval, ma Provence et moi", "quand on est mieux ici qu'ailleurs, quand un ami fait le bonheur, qu'elle est belle la liberté"... De loin en loin, elle accompagne nos deux protagonistes avec empathie depuis Roussillon jusqu'à la Camargue. Une réussite indéniable, qui demeure une valeur ajoutée à ce film sans prétention mais riche de tout, même de sa simplicité. Dans un pays de toutes les beautés, la dernière marche d'un cheval attachant est devenue celle d'un acteur immense.

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   MARCO STIVELL

 
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- Georges Delerue (compositions, orchestrations)
- Georges Brassens (chant)
- Pierre Nicolas (contrebasse)


1. Danse Provençale
2. Lamento
3. Ulysse
4. Lamento (strings Version)
5. Heureux Qui Comme Ulysse (générique)



             



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