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HARD ROCK  |  STUDIO

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1992 Body Count
1994 Born Dead
1997 Violent Demise: The L...
2006 Murder 4 Hire
2014 Manslaughter
2017 Bloodlust
2020 Carnivore
 

- Style + Membre : Ice-t

BODY COUNT - Body Count (1992)
Par NESTOR le 23 Février 2021          Consultée 285 fois

Attention, Chef-d’œuvre !

N'ayons pas peur de le dire, ce premier album de BODY COUNT mérite amplement ce qualificatif. Et ce à plusieurs titres. Premièrement, au regard du timing car si cet album n’est pas à proprement parler un précurseur, il arrive au début de la vague de fusion Métal / Hardcore / Rap qui va donner naissance quelques années plus tard au Nu métal. Ensuite, au regard des sujets abordés qui, sous un vernis d’humour noir et de provocation, abordent des problèmes allant de l’exclusion sociale au racisme, en passant par le poids de la pauvreté matérielle et culturelle. Autant de thèmes qui exploseront à la face de l’Amérique du Nord quelques mois après la sortie de l'opus sous la forme des émeutes et des revendications suite au rendu du verdict dans l’affaire Rodney King. Et enfin, au regard de la forme qu’utilise le groupe pour véhiculer ses pamphlets, à savoir un Heavy Metal fortement mâtiné de Hardcore, porté par un chant parfois rappé. Le tout débouche sur un résultat efficace et jouissif.

L’album sorti dans un premier temps sous le nom de Cop Killer est rapidement mis à l’index par les mouvements conservateurs américains qui voient en ce titre, et plus particulièrement dans le dernier morceau éponyme de l’album, une provocation gratuite et un appel explicite à l’auto-défense des citoyens les plus démunis envers les institutions. Ce titre musicalement très violent est précédé d’un dialogue qui met en exergue les rapports conflictuels entre la police et la population pauvre (qui se trouve être aux USA la population noire). Un dialogue qui se termine sur l'assertion suivante : « A chaque flic abusant de son pouvoir[…], j’aimerais mettre une balle dans leur p**n de tête ». Effectivement, l’heure n’est pas au ramassage des pâquerettes, le groupe nous plonge dans un réalisme d'une noirceur et d'une violence rares. Mais les pressions amicales exercées sur leur maison de disque, contraignent le groupe a accepter de ressortir son album sous un autre nom : Body Count, tout en l'amputant du titre incriminé remplacé par "Freedom Of Speech", un "duo" avec le leader des DEAD KENNEDYS, Jello BIAFRA (grand défenseur de la liberté d’expression aux USA et accessoirement candidat aux élections présidentielles). Ce titre est en fait une nouvelle version, plus Rock, d’un morceau que l’on peut trouver sur un album solo du chanteur de BODY COUNT, Ice-T : The Iceberg/Freedom Of Speech (1989).

Cette affaire de censure fit grand bruit et marqua profondément le groupe qui fut accusé par d’autres artistes d’avoir cédé à la pression. Ice-T invoqua le fait qu’il ne souhaitait pas que son groupe devienne une cible ambulante et qu’il était fatigué d’avoir en permanence à revenir sur le sujet.
Malgré le retrait de cette chanson, Ernie C (guitare) signalait qu’il lui arrivait près de 20 plus tard de devoir se justifier sur ce sujet. Et que cette chanson était encore un frein lors de la réservation d’une salle de concert. Mais le groupe a également acquis, par ce biais, une notoriété engendrant nombre de témoignages et de respect. Cette relation d’amour/haine à l’égard de "Cop Killer" a pris des dimensions surréalistes lorsque Ice-T incarna par la suite un rôle de policer dans une série TV. Il reste de cette affaire une célèbre réplique de Ice-T : « Si vous pensez que je suis un tueur de Flic, alors vous devez penser que David Bowie est un Astronaute » (en référence à sa chanson "Space Oddity").

Au-delà de la polémique ayant entouré la sortie de l'album, celui-ci est surtout marquant par la qualité de ses morceaux et par l’énergie qui s’en dégage. Le groupe, composé autour du rappeur Ice-T, de son ancien camarade d’école, Ernie C à la guitare, du batteur fou, Beatmaster V, de D-Roc à la guitare rythmique et de Mooseman à la Basse, est très carré. Il n’a pas son pareil pour alterner les ambiances douces, mélodieuses, et les passages ultra violents. Malgré son style musical d’origine, et contre toute attente, Ice-T délaisse ici le phrasé Rap qui lui a apporté le succès pour adopter majoritairement un chant plus "traditionnel". Traditionnel, mais pas calme pour autant. A l’image de tous les autres instruments, son chant est à la hauteur des objectifs que s’est fixés le groupe. En effet, et contrairement aux autres projets d’Ice-T, BODY COUNT n’a pas, selon son Leader, vocation à proposer des solutions à un problème identifié, mais plus basiquement à se faire le porte-voix, sans compassion ni recul (il utilise même le mot « intelligence »), des victimes des fléaux sociaux que sont la consommation de drogues dures, le racisme, le terrorisme d’Etat. Une sorte d’exutoire qui assume sa démarche volontairement primaire.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que des titres comme le très rapide et violent "Cop Killer", ou bien les hypnotiques "Body Count's In The House" et "Voodoo", ne font vraiment pas dans la dentelle. Au niveau des paroles, la poésie n’est pas non plus de mise et le style de Ice-T, mi humoristique mi graveleux, fait merveille. Le point d’orgue reste certainement ce "Momma's Gotta Die Tonight" qui dépeint les démêlés d’un jeune black avec sa mère raciste après qu’il a présenté à cette dernière sa copine blanche. Le final, sous forme d’éructations délirantes et de boucherie matricide, est on ne peut plus savoureux. Le grivois "KKK Bitch" qui décrit les relations "très poussées" du chanteur avec la fille du grand Sorcier du Ku Klux Klan vaut également son pesant de cacahuètes. Le second degré des paroles est bien souvent renforcé par les intermèdes/dialogues qui précèdent les chansons.

Certains titres, comme "The Winner Loses", apportent une once de calme salvatrice et permettent aux autres morceaux de paraître encore plus incisifs. Ce morceau aborde avec sensibilité, chose assez rare pour BODY COUNT, le problème de la dépendance à la drogue et permet d’apprécier le talent vocal de son chanteur. Si le nom de celui-ci est omniprésent dans cette chronique il ne faut pour autant pas voir dans ce groupe le projet d’un artiste solo. En effet, son compère Ernie C a coécrit la quasi-totalité des titres et se positionne comme le garant du son purement Heavy et Hardcore du groupe.

Le disque reçoit un très bon accueil tant critique que commercial. Le groupe n'a pas su reproduire un second album de cet acabit et les disques suivants ne feront pas rejaillir cette étincelle unique. Il faut dire que le destin s’est acharné sur BODY COUNT puisque trois des cinq membres originaux décèdent assez rapidement : Beatmaster V meurt d’une leucémie en 1996, Mooseman suite à une fusillade en 2001 et D-Roc est victime d’un lymphome en 2004. Si ce n'est pas déjà le cas, ne passez surtout pas à côté de ce morceau d'histoire !

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   NESTOR

 
  N/A



- Beatmaster V (batterie)
- D-roc (guitare)
- Ernie C (guitare)
- Ice T (chant)
- Mooseman (basse)


1. Smoked Pork - 00:46
2. Body Count's In The House - 03:24
3. Now Sports - 00:04
4. Body Count - 05:17
5. A Statistic - 00:06
6. Bowels Of The Devil - 03:43
7. The Real Problem - 00:11
8. Kkk Bitch - 02:52
9. C Note - 01:35
10. Voodoo - 05:00
11. The Winner Loses - 06:32
12. There Goes The Neighborhood - 05:50
13. Oprah - 00:06
14. Evil Dick - 03:58
15. Body Count Anthem - 02:46
16. Momma's Gotta Die Tonight - 06:10
17. Out In The Parking Lot - 00:30
18. Cop Killer - 04:09 / Freedom Of Speech - 04:41



             



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