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NORA JEAN WALLACE - Blues Woman (2020)
Par LE KINGBEE le 20 Février 2021          Consultée 163 fois

Grand retour de Nora Jean WALLACE dans le petit monde du Blues. Certains pourront sourciller en voyant le nom de la chanteuse, d’autres se gratteront le crâne ou le menton en se disant : «mais bien sûr!" ou bien "ça me parle!". Nora Jean s’est fait connaître il y a quelques années sous le nom de Nora Jean Bruso, nom de son ancien époux et producteur Mark Bruso.

Originaire de Greenwood (Mississippi), patrie de l’acteur Morgan Freeman, Nora Jean Wallace voit le jour en 1956. Septième enfant d’une famille qui en comptera seize, Nora se met très tôt au chant, déformant l’adage "Là où il y a du gène, il n’y a plus de plaisir". C’est que Nora a de qui tenir : son paternel Bobby Lee Wallace, ouvrier agricole le jour, bluesman le soir venu ; sa mère Ida Lee chante le Gospel ; son oncle Henry "Son" Wallace se fait connaître comme guitariste dans le Delta puis à Chicago alors que la grand-mère Mary dirige un Juke Joint au cœur du Delta.

Au milieu des années 70, sa tante Rose prend l’adolescente sous son aile. Chargée de promotion pour plusieurs clubs de Chicago, Tatie Rose remarque que sa nièce dispose d’un organe vocal qui sort de l’ordinaire et lui met le pied à l’étrier. Nora se met à chanter dans les environs de Chicago, au gré des contrats miteux qu’on lui propose. Dix ans plus tard, le guitariste Jimmy DAWKINS la repère et l’intègre à son groupe. Nora y reste pendant sept ans, participant à deux albums du guitariste et enregistrant quelques pièces pour le label Leric, propriété de Dawkins.

A l’orée du nouveau millénaire, Nora Jean enregistre sous son nom un premier disque édité par Red Hurricane, galette dans laquelle, outre Jimmy Dawkins, figurent le bassiste Willie Kent et le guitariste Billy Flynn. L’album attire l’attention du label Severn qui la prend sous contrat. En 2005, « Going Back To Mississippi » recueille les éloges de la critique internationale. Nora Jean Bruso, connaissant alors une soudaine notoriété internationale, se trouve à l’affiche des plus grands festivals.
Et puis plus grand-chose : Nora se sépare d’un époux étouffant et met sa carrière au second plan afin de s’occuper d’une maman malade, décédée depuis. "Blues Woman" marque donc le retour de la chanteuse. Enregistré à Annapolis dans les studios Severn sous la houlette de David Earl, big boss du label également à la guitare sur quatre pistes, c’est la voix toujours aussi puissante qui frappe d’entrée de jeux les esprits. Koko TAYLOR affirmait à qui voulait l’entendre qu’elle connaissait sa successeuse en la personne de Nora Jean.

Pour épauler la chanteuse, Earl a fait appel à un beau parterre de sidemen : le guitariste Johnny Moeller (ex-Lou PRIDE, FABULOUS THUNDERBIRDS, Tad Robinson), l’harmoniciste Steve Guyger (ex-Jimmy Rogers,Tino Gonzales, Paul Oscher), le bassiste Steve Gomes (ex-Luther ALLISON, Lou PRIDE, Ronnie Earl),le batteur Rob Stupka (ancien Luther ALLISON, Lou PRIDE, James Solberg) et les organistes Stanley Banks (ex-Koko TAYLOR, George BENSON) et Kevin Anker (ex-Bryan LEE, FABULOUS THUNDERBIRDS) se succèdent au gré des morceaux.

Nora Jean nous assène une première composition sur le Cognac avec "Martell" où le jeu d’harmonica de Guyger évoque par moment celui de Snooky Pryor. Sa voix rauque fait merveille sur "I Can’t Stop", une pépite de Soul Blues de Syl Johnson avec une guitare entêtante. Si vous doutiez de l’affirmation de Koko Taylor, "I’m A Blues Woman" met les choses au point. Le timbre expressif et volontaire bénéficie ici d’un délicat nappage d’harmonica tandis que le jeu de gratte de Moehler fait parfois penser à celui de Clarence Hollimon.
Elle reprend "Evidence", composition de George Jackson popularisée par Candi STATON et future reprise de Susan TEDESHI. Là, la voix puissante de Nora Jean, permettant de faire le pont entre les deux versions, atteste qu'elle est comme un poisson dans l’eau dans des registres gorgés de Soul. Titre le plus long de l’album, "Victim" dépasse les 6 minutes. La guitare s’offre le premier rôle sur cet excellent Slow Blues qui passe comme une lettre à la poste. Composé par Stanley Banks, "Rag And Bucket" voit l’apparition d’un invité de marque en la personne de Kim Wilson. C’est encore une histoire d’amour déçu que nous conte la chanteuse, Nora doit se résoudre à faire le ménage chez elle, mais il ne s’agit pas d’épousseter les moutons de poussière ou d’enlever les taches de gras mais de récurer les souvenirs laissés par son homme. D’après le rythme musclé de la mélodie, le ménage a dû être fait de fond en comble. S’ensuivent trois titres en provenance de la plume de la chanteuse : "Look Over Yonder"▪ est un Chicago Blues à la limite du shuffle porté par l’harmonica de Steve Guyger. Changement de cap avec "I’ve Been Watching You", un superbe Blues lent sur lequel Moeller nous délivre un jeu aérien et plein de flamboyance, tandis que la chanteuse se confronte aux mensonges et à la tromperie d’un homme. Encore une histoire d’amour contrarié. Les rapports semblent s’être améliorés sur "Dance With Me", titre plus dansant et gorgé de Soul. Cette fois, Nora Jean harcèle son bienaimé afin qu’il se lève pour entamer quelques pas danse. Le disque s’achève avec une seconde composition de Stanley Banks, "I Don’t Have To Beg You To Love Me", encore un Blues lent dans lequel la chanteuse déclare qu’elle en a assez de supplier son homme, d’autres fruits peuvent tomber de l’arbre.

Nora Jean Wallace prouve qu’elle n’a pas besoin d’artifice ni de console destinée à accentuer la puissance de sa voix ni sa tonalité, a contrario de nombreuses productions contemporaines. Elle perpétue ici la tradition des chanteuses du Mississippi venues s’encanailler dans les ghettos de la Windy City pour connaître une vie meilleure. La cohésion entre les différents sidemen est bien palpable, ils participent avec réussite aux sessions du label Severn. Le chant puissant et expressif constitue un excellent atout. Ajoutons-y un répertoire sincère et cohérent, des textes parfois pleins de gouaille, pouvant attraper n’importe quel amateur de Blues. Enfin, sur scène, Nora Jean dispose d’un bon charisme lui permettant de se mettre le public dans la poche en deux coups de cuillères à pot ou d’une plaisanterie de son crû. Espérons que les programmateurs européens auront l’idée de la faire venir chez nous. Un disque bien au-dessus de la production actuelle.

Note 3,5

⃰ Titre homonyme à ceux de Theolonious MONK et FAITH NO MORE.
▪ Titre homonyme à celui posthume de Jimi HENDRIX.

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   LE KINGBEE

 
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- Nora Jean Wallace (chant)
- Johnny Moeller (guitare)
- David Earl (guitare)
- Steve Gomes (basse)
- Rob Stupka (batterie)
- Steve Guyger (harmonica)
- Kim Wilson (harmonica 6)
- Stanley Banks (orgue)
- Kevin Anker (piano électrique)


1. Martell
2. I Can't Stop
3. I'm A Blues Woman
4. Evidence
5. Victim
6. Rag And Bucket
7. Look Over Yonder
8. I've Been Watching You
9. Dance With Me
10. I Don't Have To Beg You To Love Me



             



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