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ROY LEE JOHNSON &THE VILLAGERS - Roy Lee Johnson &the Villagers (1973)
Par LE KINGBEE le 24 Mars 2021          Consultée 366 fois

En 1972, Roy Lee JOHNSON a déjà une solide carrière derrière lui. Originaire de Centralhatchee (Géorgie), une bourgade paumée à cent bornes au Sud d’Atlanta, Roy Lee voit le jour en 1938. Au contact de musiciens locaux et d’itinérants, il se lance dans l’apprentissage de la guitare, un oncle lui ayant fait cadeau d’une gratte qui prenait la poussière. Roy Lee intègre The Brassettes, le groupe de Robert Ward. Le combo se fait les dents dans le circuit des collèges, gagne un concours organisé par la WAOK d’Atlanta, ce qui lui permet de se produire en Floride et les états voisins. A la fin des fifties, Roy rejoint Robert Ward au sein des Ohio Untouchables, une aventure qui s’achève au bout de deux ans suite à diverses discordes entre les deux guitaristes.

En 1961, notre guitariste est recruté par le pianiste albinos Piano Red, aussi connu sous le nom de Dr. FEELGOOD. Frère cadet de Speckled Red, Piano Red est le propriétaire d’une importante discographie : une vingtaine de singles pour la RCA, une dizaine pour Groove Records auxquelles s’ajoute une poignée de microsillons pour Checker, King et Jax record, filiale de la NRC d’Atlanta.
En 1961, Roy Lee met en boîte pour Okeh, filiale de la Columbia, "Mister Moonlight", hit mineur qui rapporte gros, les BEATLES reprenant le titre en l’incluant dans l’album "Beatles For Sale". Deux ans plus tard, Roy quitte les Interns du bon vieux Dr. FEELGOOD pour une carrière en solo en dents de scie. Johnson n’enregistre que huit singles sous son nom sous les bannières des labels Columbia, Okeh, Josie et Philips.
Ses passages en novembre 67 et juin 68 dans les studios Fame de Rick Hall ont laissé de bons souvenirs au guitariste Jimmy Johnson⃰. En 1972, le label Stax vient de connaître un changement d’importance. Jim Stewart, son fondateur n’est plus aux commandes, remplacé par Al Bell. Depuis le début des seventies, la firme de Memphis a vu son catalogue s’enrichir avec de nouveaux artistes (Dramatics, Little Milton, Mel & Tim, Shirley Brown ou Jean Knight). Bell s’apercevant que les modes changent n’hésite pas à moderniser la ligne éditoriale du label, tout en prenant soin de garder une vocation politico-sociale comme en atteste l’enregistrement de "Wattstax", l’équivalent afro-américain du Woodstock Festival, organisé durant l’été dans le ghetto de Watts à Los Angeles. Conscient que les tendances ne cessent d’évoluer, Al Bell signe un deal avec Jimmy Johnson, ce dernier se chargeant de la production du premier album de Roy Lee avec les Villagers, le groupe qu’il vient de monter.

Alors que Nile Rodgers vient de monter Big Apple Band (le futur CHIC), que Donny HATHAWAY classe pas moins de cinq titres dans les charts, que Billy PAUL triomphe avec "Me And Mrs Jones", Roy Lee JOHNSON & The VILLAGERS rentrent aux Muscle Shoals Sound Studio, également connu sous le nom de MSS, fondé par l’une des anciennes équipes d’accompagnateurs du label Fame. Depuis deux ans, Roy Lee a accéléré le rythme de ses compositions, il vient d’écrire "I’m Coming Today" pour les Lovelles et dispose d’une bonne fournée de chansons. Le guitariste vient de recruter l’organiste Hosea Burch, le batteur Ronald Williams et le jeune bassiste Michael James, les trois en provenance de Richard Marks & The Miners. Marks était à la tête de divers groupes concurrents de Roy Lee au milieu des fifties quand ils concourraient dans le circuit des collèges et des concours.
Avec pas moins de quatre titres, la marque du guitariste est bien palpable sur tout le disque. Quatre autres titres proviennent du groupe, Roy Lee et Jimmy Johnson ont coécrit "I Can’t Stand This Loneliness". Seul "Robot", un titre de Sir Mack Rice créateur du hit "Mustang Sally", échappe à la plume du Géorgien.
Johnson et sa bande de villageois nous offrent ici un disque de Funk carré et hypnotique. Si le titre le plus court ne dure que 139 secondes, le plus long ne dépasse pas les 200 secondes, soit des formats assez courts dont le mérite est d’aller à l’essentiel. Avec trois musiciens de tournée, Johnson parvient à concocter un délicieux fumet dans lequel viennent une Southern Soul ou un Funk, registre ayant débarqué telle une vague à l’orée des seventies. Si Dyle & The Blazers avaient lancé les prémices du Funk en 1967 avec "Funky Broadway", Arthur CONLEY renforçait la mouvance quelques mois plus tard avec "Funky Street". A l’orée des seventies, le mot Funk, dérivé de l’argotique Fuck et d’après certains linguistes du Fonck, terme flandrien signifiant peur, allait envahir l’univers de la musique populaire noire. Dès la première écoute, le parallèle avec James BROWN saute aux yeux comme une mouche dans un bol de lait.

En ouverture, "Patch It Up" nous renvoie derechef vers une flopée de titres mid sixties du Godfather. Même constat avec le cuivré "Don’t Tell Me Nothing About My Woman" et le vindicatif "Robot". Plus lent, "I’ll Be Your Doctor Man" distille une torpeur plus sudiste avec des paroles assez suggestives. Le groupe est capable de nuancer son projet, "Something Special" s’apparente à une lente ballade Soul Blues, destinée à faire reposer les accus ; la douceur des chœurs renforce un chant à la limite du colérique.
Deux titres apparaissent sur l’unique single édité par la Stax. Curieusement, l’instrumental "The Dryer Part II" vient clôturer la face A, alors que l’irrésistible "The Dryer Part I" ferme l’album. La Stax ne se serait-elle pas mélangé les pinceaux, à l’image de certaines robinetteries dont les pastilles bleues et rouges se retrouvent interverties ? Autre instrumental, "Razorback Circus" nous expédie au cœur de la Nouvelle Orleans à la lisière des brass band, le tempo et l’orchestration évoquant aussi bien les METERS que les ISLEY BROTHERS. "Midnight At Riley’s", troisième instrumental, nous oriente vers une atmosphère étrange entre le Memphis Sound de BOOKER T & The MG’s et un Funk californien, la flûte d’Ed Logan distillant des soupçons de Funk Psyché.

Par rapport à de nombreuses productions Funk du début des seventies, ce disque bénéficie d’une palette orientée vers le terroir sudiste avec une sonorité patinée à la fois par le son Stax et celui des productions de Muscle Shoals en Alabama. L’aventure entre Roy Lee Johnson et les Villagers sera de courte durée. En 1974, à la suite d’un concert, le jeune bassiste Michael James est victime d’une crise d’épilepsie, tragédie qui incite les différents membres à se séparer. Roy Lee Johnson continue à enregistrer sous son nom. Un album à mi-chemin de James BROWN, Dyke & The Blazers et Sir Joe Quaterman & Free Soul. Réédité en 2010 au format CD par le label BGP dans sa série Funk & Jazz Classics. Note entre un gros 3 et un petit 4.

⃰ Il n’y a aucun lien de parenté entre Roy Lee et Jimmy. Jimmy Johnson est blanc et reste le dépositaire de nombreuses sessions d’enregistrement. Il reste l’un des artisans du Muscle Shoals Sound.

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   LE KINGBEE

 
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- Roy Lee Johnson (chant, guitare)
- Michael James (basse)
- Ronald Williams (batterie)
- Hosea Burch (orgue)
- Pete Carr (guitare 3-8)
- Barry Beckett (clavecin 6)
- Andrew Love (saxophone 1-2-5-6-9-10)
- Wayne Jackson (trompette 1-2-5-6-9-10)
- Ben Cauley (trompette 4-7-8)
- Harrison Calloway (trompette 4-7-8)
- Ed Logan (flûte 9)
- Roger Hawkins (percussions)
- Donna Rhodes (chœurs)
- Sandra Chalmers (chœurs)
- Charlie Chalmers (chœurs)


1. Patch It Up
2. I'll Be Your Doctor Man
3. Something Special
4. I Can't Stand This Loneliness
5. The Dryer (part 2)
6. Don't Tell Me Nothing About My Woman
7. Razorback Circus
8. Robot
9. Midnight At Riley's
10. The Dryer (part 1)



             



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