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2001 Shook Up

Bennie SMITH - Shook Up (2001)
Par LE KINGBEE le 18 Novembre 2021          Consultée 144 fois

Ah celui-là, je me rappelle encore très bien d’où il vient vingt ans après sa sortie. J’avais à peine franchi la porte de Boogie, magasin de disques situé à Levallois Perret et base arrière de la revue Soul Bag, que Jean-Pierre Arniac me tendait ce CD, m’affirmant qu’il n’en n’avait presque plus. Le genre de camelote qu’on ne risquait pas de trouver à la FNAC ou dans d’autres établissements dédiés à la culture de masse.

Très honnêtement à l’époque je ne connaissais Bennie SMITH que de nom, pour l’avoir vu dans divers articles consacrés au Blues de Saint Louis. Mais à l’orée du nouveau millénaire, le label Fedora* de Chris Millar était à la pointe des productions Blues du moment (Johnnie Bassett, Hosea Leavy, Fillmore Slim, Iceman Robinson ou Hosea Hargrove en sont de parfaits exemples). Sans l’empressement de Jean-Pierre il n’est pas certain que le petit logo à l’effigie d’un chapeau au bas de la pochette ait attiré mon attention.

L’occasion nous est donnée ici de revenir sur la carrière de ce guitariste aussi discret qu’attachant. Bennie voit le jour à Saint Louis en 1933, c’est le septième fils d’une famille qui comptera 14 enfants. Issu d’une famille musicienne, son père joue du piano, un de ses frère ainé chante au sein Jubilee Smith Brothers et des Ink Spots. Bennie se met à l’ukulélé à douze ans, instrument que lui a rapporté un cousin lors de sa démobilisation. Le gamin prend quelques cours de guitare auprès d’Ace Wallace, guitariste non voyant et figure locale. Bennie fait équipe avec Doc et George Perry, deux autres élèves de Wallace avant d’enchainer au sein du Roosevelt Mark Orchestra et de rallier Tommy Brown & The Teardrops.
Au milieu des fifties, il devient guitariste attitré du Dot Club, côtoyant Chuck BERRY. Parallèlement à ses productions scéniques, il se taille une solide réputation de musicien de studio, accompagnant Little Ann (future Tina TURNER), on le retrouve également derrière Jimmy "Soul" Clark et au sein des Arabians, groupe de Little Herbert sur des singles publiés par Teek Records, une petite maison de disque de Saint Louis.

Artiste discret, très attaché à sa ville natale, Bennie privilégie les shows régionaux au détriment d’une carrière nationale. Les années 70 s’avèrent apocalyptiques pour de nombreux bluesmen avec les changements de mode et l’arrivée du Disco. Bennie collabore alors avec Charles Drain et Billy Gayles avant de se retirer des studios. Le guitariste fait son retour à la fin des années 80 au sein des Sportsmen avant de rejoindre Big Bad Smitty. Durant la décennie suivante, Smith décide de quitte sa région et entame plusieurs tournées en Europe. En 1993, devant cette notoriété inattendue, il fonde un nouveau groupe et enregistre "The Urban Soul" édité par Blues Highway Music, album un peu décevant, avouons-le. En 1996, il est programmé au Blues Estafette Festival à Utrecht où il est acclamé. Deux ans plus tard, il se produit au sein de l’Urban Blues Express avec des musiciens chevronnés et implantés au terreau local (le claviériste Rory Johnson, ou la bassiste Sharon Foehner).

Influencé par Clarence "Gatemouth" Brown avec lequel il partagea la scène, Bennie Smith nous délivre ici un album d’excellente facture. Chris Millar, patron du label Fedora, a souvent eu la main heureuse et un certain don pour sortir des oubliettes des artistes sous-enregistrés pour diverses raisons.
Enregistré à Saint Louis au Benton Park Studio, endroit aussi connu sous le nom du Rayburn Studio, en septembre 2000 en une journée, "Shook Up" propose un bon échantillonnage avec cinq compositions pour six reprises.
Au rayon des originaux, "Buddah-Ba" un instrumental à mi-chemin entre shuffle et pièce plus jazzy proche de Mel BROWN vaut par un jeu de guitare incisif et aérien. La cohésion entre les différents membres ne laisse aucun doute, l’ensemble est particulièrement bien rôdé et le saxophone du vétéran Harry Simon (ex Chuck BERRY, Billy Peek, Mike Lacey) apporte une coloration cuivrée bienvenue. "Listen To My Heart Sing", une balade évoquant le répertoire de Ted Hawkins, est interprétée avec un accompagnement squelettique, juste quelques sobres coups de baguette, sila voix se fait parfois chevrotante on se laisse prendre par la douceur du tempo imprimé. Second instrumental, "Fancy" avec ses envolées de Strat nous expédierait sur les bords de la Crescent City, l’absence de paroles n’empêche pas qu’on se laisse encore prendre par une mélodie aussi simple qu’accrocheuse. Le guitariste nous offre son morceau fétiche avec "Shook Up" au rythme nonchalant mais efficace. Le piano de Rory Johnson et l’harmonica d’Eric McFadden (futur membre du Charlie Wooton Project) distillent un bon contraste entre le Mississippi et la Nouvelle Orléans. Dernière composition avec "I’m Wondering" exécuté en solo, si la voix est chaude mais parfois hésitante et si le jeu de guitare peut renvoyer vers une mouvance calypso digne de Barney Kessel, Herb ELLIS ou Kenny BURRELL, on aurait apprécié que le vétéran fasse preuve d’un peu plus de dynamisme pour une clôture d’album, au lieu de privilégier un cachet intimiste.

La rubrique des reprises propose un bel éventail entre inusités et standards souvent interprétés avec originalité et sincérité. En ouverture "Wish Me Well", accrédité à L.C. Frazier l’un des deux pseudos de Memphis SLIM, emporte tout sur son passage ; le jeu de guitare est flamboyant et Smith se montre terriblement efficace, là où certains guitaristes nous refourgueraient une cascade de notes superflues, le vétéran fait mouche avec un phrasé d’une renversante sobriété. Avec "Good Morning Little Schoolgirl", proche variante du "Good Morning, Schoolgirl", du même Sonny Boy Williamson, Bennie Smith quitte le Missouri pour remonter le confluent au nord en direction du Mississippi. Une bien belle excursion pour un titre enregistré pour la première fois dans l’Illinois en mai 1937. On ne compte plus les reprises de ce grand classique, elles se comptent par centaines, mais Smith et ses accompagnateurs délivrent une version fidèle dont les fondations reposent sur un rythme de train song (chanson de train). Du train, il en est encore question avec «"Mystery Train", création de Junior Parker pour le label Sun de Memphis popularisée par ELVIS en 55. Le titre a été mis à toutes les sauces, souvent peu goûteuses. Si on peut conseiller les reprises de Junior WELLS, The BAND ou Willie & The Poor Boys, groupe éphémère dans lequel figuraient Chris REA, Jimmy PAGE et Charlie Watts, Bennie nous balance une version qui tient bien la route. Une version qui permet de faire oublier l'adaptation française de RINGO intitulée "Le tarin du Mystère". Comment peut-on produire de telles niaiseries? Autre grand classique avec "Drown In My Own Tears", un R&B fifties d’Henry Glover chanté par Lula Reed. Une chanson reprisée sous toutes les coutures d’Aretha FRANKLIN à Ray CHARLES en passant par Janis JOPLIN ou SIMPLY RED. Autant de versions sans grand intérêt par rapport à la tuerie offerte par Bennie Smith. Introduit avec la mélodie de l’hymne ricain, le guitariste nous tient en haleine pendant plus de 8 minutes pleines de nuances, de chaleur et d’humour. A ma connaissance la meilleure version jamais enregistrée avec celle du DEREK TRUCKS BAND. Un bel hommage aux laissés pour compte, aux pauvres et personnes âgées. Assurément le clou du CD. Notre bonhomme n’oublie pas d’adresser un clin d’œil à Ike Turner avec lequel il joua avec "I’m Tore Up" nous offrant une mixture à cheval entre la douceur de la version d’Eddy Clearwater et la fièvre de l’original ou de la reprise d’Otis RUSH. Dernière cover avec "Okie Dokie Stomp" un instrumental du tromboniste Pluma Davis popularisé par son ami Clarence "Gatemouth" Brown, une version au jeu de guitare fluide en droite ligne avec celles de Roy Gaines ou Ronnie Earl et somme toute bien plus authentique que celle proposée par le tandem WINTER/Brian SETZER pleine d’esbroufe et de contreforts.

Il n’y a rien de révolutionnaire dans cet album, cependant Chris Millar parvient encore une fois à surprendre en captant l’émotion d’un vétéran de 67 ans, pionnier du St Louis Sound. Deux ans après la sortie de l’album, le maire fera de cet élégant et discret guitariste le citoyen d’honneur de la ville. Si la voix est parfois hésitante, Bennie Smith nous distille un bon jeu de Stratocaster, allant à l’essentiel. La suite sera moins rose pour le guitariste, malade d’un cancer du poumon, il décèdera d’une crise cardiaque en 2006. Note réelle 3,5.

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- Bennie Smith (chant, guitare)
- Tom Maloney (guitare)
- Sharon Foehner (basse)
- Chuck Walters (batterie)
- Rory Johnson (piano)
- Harry Simon (saxophone)
- Eric Mcfadden (harmonica)


1. Wish Me Well
2. Buddah-ba
3. Good Morning Little Schoolgirl
4. Listen To My Heart Sing
5. Mystery Train
6. Fancy
7. Drown In My Own Tears
8. Shook Up
9. I'm Tore Up
10. Okie Dokie Stomp
11. I'm Wondering



             



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