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ANITA O'DAY - Anita Sings The Most (1957)
Par DERWIJES le 23 Novembre 2021          Consultée 113 fois

1939. Carl CONS, l’un des responsables du très réputé magazine Down Beat, spécialisé dans le blues et le jazz, pousse la porte d’un night-club de Chicago. Il s’assoit à une table, commande à boire, et jette un coup d’œil à la scène : dessus s’y tient une jeune chanteuse inconnue. Est-ce qu’il lui accorde son attention ? Peut-être pas, peut-être retourne-il à sa discussion en se disant que c’est juste une énième chanteuse à voix qui se rêverait d’être une diva d’opéra mais qui doit se contenter de scènes plus humbles. La musique commence, si autour de la pièce certaines tables continuent leurs conversations lui interrompt la sienne pour écouter. L’a-t-il fait immédiatement ou a-t-il attendu quelques morceaux avant de s’apercevoir qu’il se passait quelque chose d’intéressant ?

Parce que sur scène cette jeune chanteuse se démarque. Elle ne cherche pas à jouer les Castafiore, elle ne cherche pas à émuler inutilement les chanteuses Noires. Contrairement aux autres elle n’essaye pas de mettre sa voix plus en valeur que les instruments mais accompagne l’orchestre, elle en fait partie. Son chant s’appuie sur des phrasés courts, presque crachés, qui s’en tient au basique et évite les techniques comme le vibrato. Elle ne le lui dira que plus tard, mais durant son enfance sa glotte lui a été retiré pendant une opération, la laissant incapable de tenir de longues notes. A la place elle se repose sur la mélodie et se laisse porter par le swing des morceaux, préfigurant de fait le principe du be-bop à venir. Pour Carl Cons il n’y a pas de doute, voilà sa nouvelle star ! Sitôt le concert fini il va la rejoindre en coulisses et lui offre un job dans son propre club sur State Street, l’une des plus grandes rues de Chicago, rien que cela. Elle accepte et se présente :

Anita Belle COLTON, née en 1919 dans le Mississippi mais élevée à Chicago par des parents irlandais. Elle a dix ans quand la Grande Dépression commence et quatorze ans quand elle quitte le domicile familial, autant pour faire fortune que pour échapper au climat tendu qui y règne et adopte le nom d’O’Day, un jeu de mot avec "lot of dough" (= "plein de cash"). Elle commence par participer à des marathons de danse, ces évènements populaires qui servaient de jeux du cirque aux riches venus voir les pauvres s’humilier et risquer leur santé, parfois leur vie, pour gagner l’argent promis aux vainqueurs. Dans le même temps elle commence à apprendre à chanter en autodidacte, une double-vie qu’elle mènera pendant deux ans, parcourant le Midwest pour participer à autant de marathons qu’elle peut. Elle quitte le circuit en 1936, décidée à devenir une chanteuse professionnelle. Elle commence en tant que choriste et parvient tant bien que mal à avoir la scène de quelques clubs pour elle toute seule le temps de contrats trop court. C’est dans l’un d’entre eux qu’elle rencontre le batteur Don CARTER qu’elle épouse et qui parfait son éducation musicale. Une histoire somme toute commune à l’époque, mais qui va vite tourner au conte de fée pour toute chanteuse amatrice : son nouveau poste au club de Carl Cons lui permet de se tisser un nouveau cercle de connaissances qui vont l’aider à lancer sa carrière, et de fil en aiguilles elle se retrouve à travailler chez Gene KRUPA, Woddy HERMAN, Stan KENTON…Elle connaît un premier succès en 1941 avec "Let Me Off Uptown", en duo avec Roy ELDRIDGE, et la même année elle arrive à la quatrième place de la liste des chanteuses jazz préférées des lecteurs de DownBeat, derrière Billie HOLIDAY, Helen FORREST et Helen O’CONNELL.

C’est durant l’après-guerre que sa carrière va réellement décoller. Elle va enregistrer entre 1952 et 1962 pas moins de dix-sept albums pour le label Verve qui vont définitivement l’asseoir parmi les grandes voix du jazz. De l’autre côté sa vie personnelle est nettement plus mouvementée. Elle passe quatre-vingt-dix jours en prison en 1947 pour possession de cannabis et est arrêtée une seconde fois pour la même charge quelques années plus tard, et si elle s’en sort de justesse c’est pendant ce deuxième procès qu’elle va découvrir l’héroïne qui va la miner pendant longtemps. Elle sera d’ailleurs sous l’influence de la drogue pendant l’une de ses performances les plus fameuses au Newport Jazz Festival en 1958. Sa carrière décline aussi rapidement que l’intérêt du public pour le jazz vocal pendant les années 60 mais elle parvient encore à jouer à droite et à gauche, notamment pour un talk-show présenté par Ronald REAGAN. Sa carrière populaire s’arrête après une overdose en 1968 qui l’envoie en cure de désintoxication. Si elle continue de jouer et d’enregistrer elle ne touche plus qu’un public d’initiés. Sa carrière connaîtra pourtant un dernier sursaut dans les années 80 après la publication de son autobiographie, où elle exprime avec honnêteté son rapport aux drogues, ce qui lui vaut de passer dans quelques émissions TV et de jouer dans des festivals et des évènements. Devenue la mamie du jazz, l’une des dernières survivantes parmi les chanteuses de l’âge d’or toujours en activité, elle n’arrêtera jamais la musique, enregistrant même un ultime disque en 2006, Indestructible !, sorti six mois avant son décès le 23 Novembre 2006, morte dans son sommeil à 86 ans.

Pas facile de tirer un album parmi tous ceux qu’elle a enregistrés, surtout qu’ils sont, en toute honnêteté, assez homogène : écoutez-en deux/trois et vous les avez tous écoutés. En piochant au hasard, nous tombons sur ce Anita Sings the Most, son quatrième album publié chez Verve Records en 1957. Il a le mérite d’être assez court -à peine une trentaine de minutes-, ce qui permet de la découvrir sans risquer d’emblée une overdose. Enregistré à Los Angeles le 31 Janvier 1957, il mérite aussi que l’on s’y intéresse pour les musiciens qui y jouent : Oscar PETERSON au piano, Herb ELLIS à la guitare, Ray BROWN à la contrebasse, Milt HOLLAND et John POOLE à la batterie. Leur style pop agréable s’accorde à merveille avec la voix d’Anita, la supportant quand elle reprend son souffle. Sans posséder la puissance lyrique de la grande Billie, elle est charmante par sa légèreté et sa joie contagieuse. Assez flexible, elle s’adapte plutôt bien aux ballades proposées mais c’est surtout sur les morceaux swing qu’elle est brillante. C’est là que son phrasé court lui permet de briller en sautillant sur les mélodies tout en se laissant porter par elles. Voilà le secret de son charme, cette habilité à jouer les équilibristes entre occuper son rôle de leader correctement tout en n’étouffant pas ses musiciens, un reproche qui pourrait être fait à beaucoup de ses contemporaines qui pourraient jouer en a capella tant la musique qui les accompagne est inutile. Ici il n’y a de secret, le combo excellente chanteuse + excellents musiciens donne un album hautement appréciable qui s’écoute et se ré-écoute avec plaisir à chaque fois.

Morceaux recommandés : "‘S Wonderful / They Can’t Take That Away From Me" ; "Them There Eyes" ; "Old Devil Moon" ; "I’ve Got The World On A String" ; "Stella by Starlight".

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   DERWIJES

 
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- Anita O'day (chant)
- Oscar Peterson (piano)
- Herb Ellis (guitare)
- Ray Brown (contrebasse)
- John Poole (batterie)
- Milt Holland (batterie)


1. 's Wonderful'/'they Can't Take That Away From Me
2. Tenderly
3. Old Devil Moon
4. Love Me Or Leave Me
5. We'll Be Together Again
6. Stella By Starlight
7. Taking A Chance On Love
8. Them There Eyes
9. I've Got The World On A String
10. You Turned The Tables On Me
11. Bewitched, Bothered And Bewildered



             



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