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2007 Krataia Asterope
 

- Style : Dead Can Dance, Irfan

DAEMONIA NYMPHE - Krataia Asterope (2007)
Par SASKATCHEWAN le 14 Mai 2022          Consultée 416 fois

La musique de la Grèce antique s’est évaporée, ne laissant derrière elle que des bribes.* Plusieurs siècles de création musicale flottent quelque part dans les limbes, et seuls quelques fantômes comme l’épitaphe de Seikilos continuent d’errer parmi nous. On rêverait de pouvoir se transporter à Delphes ou à Athènes pour entendre les musiciens de l’âge classique, et compléter ainsi le puzzle multimillénaire de la culture grecque. Il ne fait aucun doute que la musique tenait une place importante au théâtre, par exemple, mais il n’en reste presque rien.*² Les Muses gardent jalousement leur secret, et à défaut de partition, on ne peut que rêver ces notes disparues.

Puisque la reconstitution est une chimère, deux musiciens grecs, Evi STERGIOU et Spyros GIASAFAKIS ont choisi d’élaborer une musique originale à partir de textes en grec ancien et des instruments antiques recrées par Nikolaos Brass. Sous le nom de DAEMONIA NYMPHE, le duo a publié cinq albums et a été un temps distribué par le label français Prikosnovienie (FLËUR, IFRAN). Krataia Asterope, leur troisième opus, est sans doute le plus accessible. Basées sur des fragments de la poétesse Sappho et sur quelques hymnes orphiques et homériques, les onze compositions du disque évoquent une Grèce envoûtante et chaotique, toute entière dédiée aux divinités chthoniennes.*3

La filiation avec DEAD CAN DANCE est évidente, ne serait-ce que pour l’équilibre entre les incantations rauques de Spyros GIASAFAKIS et la voix céleste d’Evi STERGIOU. Cette symbiose est particulièrement réussie sur "Mouson", où des chœurs aériens accompagnent idéalement les plaintes de la voix masculine. Rien de très révolutionnaire, mais DAEMONIA NYMPHE évolue toujours avec une sorte de grâce naturelle, sans jamais verser dans le pathos ni le mystique de pacotille. Et puis quel plaisir que ce grec ancien chanté avec les intonations de la langue moderne !

Pour ne rien gâcher, les compositions sont suffisamment variées, avec une belle palette d’influences. Il y a de la pop britannique sur "Divine Goddess of Fertility", de la musique celtique sur "Hymenaios" et "Ecstatic Orchesis", du rock, presque de l’indus sur "Daemonos". Les morceaux reposent le plus souvent sur un crescendo ou sur une entrée progressive des différents instruments, mais c’est fait avec suffisamment de finesse pour ne pas être rébarbatif.

Les percussions martiales sont évidemment à l’honneur ("Krataia Asterope"), dans un style qui n’est pas sans rappeler les premières explorations nordiques de WARDRUNA à peu près à la même époque. Les instrument grecs, notamment les lyres, mènent souvent la danse, témoin la lyre crétoise de PSARANTONIS sur "Dios Astrapaiou". DAEMONIA NYMPHE sait aussi se faire moins percutant, plus joyeux, comme sur l’excellent "Divine Goddess of Fertility". L’album dans son ensemble semble osciller constamment entre célébration de la vie, de la procréation d’un côté, et invocation des divinités liées au séjour des morts de l’autre (Perséphone sur "Esodos", par exemple).

C’est de la musique en grec ancien… donc de la double musique en fait, car il est difficile d’imaginer quelque chose de plus mélodieux que l’intonation grecque. Dites-moi que je ne suis pas le seul à en avoir rêvé de ce DAEMONIA NYMPHE*4. Un grand merci à Northmatr de m’avoir rappelé à mon devoir dans la boîte à demandes en proposant de chroniquer Krataia Asterope. Il paraît que leurs concerts sont exceptionnels. Je me vois déjà brandissant mon vénérable Bailly (attention les muscles !) au milieu d’une foule en transe. Ne passez pas à côté.

* Un aperçu de ces bribes est donné par le disque Musique de la Grèce antique, chroniqué sur ce site par Chipstouille.
*² On a retrouvé un fragment de papyrus qui porte une notation musicale pour l’Oreste d’Euripide.
*3 Pour parler de José Carlos Somoza, rien de tel qu’une note de bas de page placée n’importe comment. Dans son faux polar La Caverne des Idées, l’écrivain espagnol livre une description particulièrement vivante de l’Athènes classique. La musique de DAEMONIA NYMPHE est la bande-son idéale du culte dionysiaque imaginé par Somoza.
*4 Puisque toutes les digues ont lâché et que j’étale mes déviances, je me permets d’indiquer une reprise d’ABBA en grec ancien : https://youtu.be/7b0dc70RRUU C’est absolument exceptionnel. Les gens sont fous, ça rassure.

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   SASKATCHEWAN

 
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- Spyros Giasafakis (chant, instruments)
- Evi Stergiou (chant, instruments)
- Antonis 'psarantonis' Xylouris (invité, chant, lyre)
- Maria Stergiou (invitée, contrebasse)
- Vaggelis Pashalides (invité, santouri)
- Giannis Bariotas (invité, trompette)
- Kyriakos Tapakis (invité, luth)


1. Esodos
2. Krataia Asterope
3. Daemonos
4. Nocturnal Hecate
5. Mouson
6. Dios Astrapaiou
7. Divine Goddess Of Fertility
8. Sirens Of Ulysses
9. To Goddess Mnemosyne
10. Hymenaios
11. Ecstatic Orchesis



             



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