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The GYÜTÖ MONKS OF TIBET - Tibetan Buddhism : Tantras Of Gyütö (1988)
Par K-ZEN le 23 Novembre 2022          Consultée 93 fois

Le tantrisme est le plus haut chemin spirituel au sein du bouddhisme tibétain, religion d’état dans cette région d’Asie représentée par plusieurs centaines de milliers de moines (10 à 20 % de la population masculine en 1959) et transmise par des professeurs indiens. Le plus célèbre d’entre eux est Padmasambhava qui visita le Tibet au cours du huitième siècle.

Ce concept utilise l’énergie des passions humaines au service d’une croissance spirituelle, au lieu d’essayer de les combattre. Bien que les rituels tantriques se veuillent au service de l’illumination de son pratiquant, ses éléments – musique et chants inclus – ont une signification allant bien au-delà du plaisir esthétique. Pas étonnant donc que tant d’auditeurs trouvent ces rites uniques dans leur mouvement.

Le premier des deux tantras compilés par l’ingénieur du son David Lewiston en 1972 dans cette compilation, "Sangwa Düpa", concerne la découverte de l’aspect sacré et personnel que revêt l’univers, nommé vajra, signifiant adamantine, invincible. Ses pratiquants l’expérimentent ainsi que le bonheur et l’énergie qui vont avec. Cette énergie est vue comme une force – force mettant à jour la sagesse et la compassion résidant en Bouddha.

Après des méditations destinées à détruire toute illusion d’ego, permettant en même temps la prise de conscience de la vacuité de tous concepts, le yogi s’identifie avec le vajra de l’univers, via visualisations (dessinant dans l’esprit l’image d’une divinité ou une séquence d’images), mudras (gestes des mains) et le chant de textes sacrés incluant des mantras (formules sonores). Cet aspect musical et sonore est le vrai cœur constituant la pratique tantrique.

Dans cet enregistrement, quarante lamas et moines entonnent le gyushung (texte du tantra), durant plus de sept heures dans son entièreté. Généralement parlé, ce qu’on entend ici peut être classé en trois catégories. Les brefs passages pour voix seule marquent soit le début d’un chapitre, soit une nouvelle section majeure d’un chapitre. Le corps du texte est ensuite présenté en chant métrique. Les longs accords noyés sont les mots de conclusion des vers décrivant des méditations spécifiques.

"Sangwa Düpa" a été probablement composé en Inde entre les premier et cinquième siècles. Les enseignements composant ce tantra ont été dispensés par une succession d’illustres gourous, d’abord indiens puis tibétains, l’un d’entre eux, Je Tsongkhapa fonda même l’ordre Gelug, une des quatre traditions principales en bouddhisme tibétain.

"Mahakala", soit Gonpo en tibétain, est le Grand Dieu Noir de la Conscience Transcendée, décrit comme une divinité démoniaque, courroucée, une manière finalement paradoxale de dépeindre un personnage censé être une manifestation de la compassion animant Bouddha et un protecteur de ses enseignements. Représenté noir, il tient divers objets dans ses six mains : une dague enflammée, un crâne contenant sang ou cervelle, un trident, des crânes disposés en chapelet, un tambour et une laisse. La symbolique véritable de cette figure est directement liée à son haut objectif : protéger les êtres de l’égoïsme. Ainsi la clé de sa véritable nature est pacifique comme le montre la paix convoyée par le rite associé à ce personnage. En effet, la dague sert par exemple à couper le fil de vie alimentant les démons, tout ce qui remonte des profondeurs de la psyché humaine et qui parfois domine l’être en plus de profondément le déranger.

La tradition de ce tantra remonte au Bouddha, qui apparut au sage Shawari – un des 80 maîtres yogis – et lui enseigna au second siècle. Ramené au Tibet au onzième siècle par Khedrub Khyungpo Näljor, le fondateur de la tradition Khyungpo Kagyü, il fut transmis au quinzième siècle à Je Tsongkhapa et il l’apprit à son disciple. Celui-ci réunit certains commentaires et sadhanas connectés à ce tantra, et c’est sur cette collection que le sadhana "Mahakala" de la tradition Gelug est basé. Alors que le texte est similaire à tous les monastères, le style et la performance peuvent différer entre chaque communauté.

Je Tsongkhapa transmit le style de chant et de méditation pratiqué à Gyütö, ainsi ce style remonte au moins au quinzième siècle. Selon une école de pensée, le son inhabituel que revêt ce chant provient du yidam, divinité protégeant Tsongkhapa nommée Mahabhairava, prenant la forme d’un taureau ; l’école reliant le chant au mugissement d’un taureau. Une autre école de pensée soutient que Tsongkhapa reçut son style de la part du Lama Guensan du monastère de Shalo-gon ainsi que de dakinis, divinités féminines.

Les deux collèges tantriques Gyütö et Gyümä furent érigés au quinzième siècle pour transmettre les concepts de Tsongkhapa, ainsi que son style de chant et de méditation comme pratiques basiques. Quand Gyütö fut fondé en 1474 par Jetsun Kunga Thöndrüb, il comptait 32 gourous et élèves. Cela semblait plutôt de bon augure puisque le nombre correspondait au nombre de divinités du tantra "Sangwa Düpa", devenu une des études principales du collège. A travers les siècles, Gyütö grossit et au moment de l’invasion du Tibet par la Chine en 1959, il compte 900 âmes. Suite à la guerre, certains moines s’exilent et rétablissent leur communauté en Inde.

A la différence du gyushung "Sangwa Düpa" toujours réalisé a-cappella à Gyütö, le sadhana "Mahakala" peut être réalisé avec ou sans instruments. Le chant réalisé par douze moines ou lamas est accompagné par cymbales (rolmo), tambours (nga) et une paire de radong, très longue trompette jouant des mélodies de basse. Le sadhana entier dure environ douze heures, mais on peut trouver des versions plus courtes (trois à cinq heures).

Le chant métrique emploie une phrase mélodique profonde et monotone ou brève répétée plusieurs fois. Quand deux ou trois moines chantent un texte, ils utilisent le même ton, mais quand ils sont nombreux, cela créé un nombre de sons différents à l’oreille et une impression globale de ton indéterminé. Les mantras sont récités en rythme libre, chaque moine répétant le mantra à son propre rythme, renforçant mélange et confusion caractérisant l’ensemble. Les sections sont souvent percutantes, ces mélodies lentes, chantées au plus bas du registre grave, donnent une impression d’infinité et de profondeur.

Une vraie procession en marche, gutturale, plus viking que bouddhiste parfois, une marée drone déployant plus d’inquiétude qu’une armée de décibels métalliques. Peut-être l’aboutissement recherché par des groupes comme HEILUNG ou The HU, une méditation abyssale, un battement de cœur d’une heure, accalmie sacrée bienvenue dans un monde ne parvenant plus à maîtriser son inexorable emballement et son insatiable besoin d’immédiateté.

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- Moines De Gyütö (chant, cymbales « rolmo », tambours « nga », tromp)


1. Sangwa Düpa
2. Mahakala



             



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