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PUNK / POST-PUNK  |  STUDIO

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2022 Prisons Imaginaires

SYNDROME 81 - Prisons Imaginaires (2022)
Par JOVIAL le 25 Mars 2025          Consultée 151 fois

Qu'il soit gwenn ha du ou bien bleu-blanc-rouge, peu importe le drapeau. Car ni l'un ni l'autre ne devrait flotter au sommet du bunker qui lui sert de mairie. Brest, ce n'est plus vraiment la Bretagne, encore moins la France. Brest, c'est autre chose. Une forteresse grise surplombant l'azur, ville fière, ville magnétique, imprenable et martyre, îlot rouge ouvrier dans un océan catholique et paysan. Brest, c'est pour le quidam une laideur injustement proverbiale. Car si le sot visiteur disserte sans cesse sur la disgrâce de son béton, le Brestois éprouve un sentiment de sécurité à l'égard de ces façades usées par le sel. Car Brest, c'est avant tout un état d'esprit. Une manière d'être au monde qui transpire la franchise. Le Brestois ne porte pas de masque, ne fait pas semblant ni ne cherche à plaire, quitte à paraître rude au premier abord. Mais le cité en elle-même a quelque chose d'unique. Une substance invisible qui suinte de ces murs anthracites et enivre plus que l'alcool. Brest, c'est une ville qui ne vous recrache jamais indemne, vous appelle et vous retient, pour le meilleur comme pour le pire.

Plus que n'importe quel autre groupe, SYNDROME 81 a su incarner tout cela. Les puristes en la matière nous rétorqueront certainement que tous ne sont pas brestois de Brest-même et ne viennent que des alentours – le batteur Timothée Priol est même instit' à Ouessant – mais qu'importe ! SYNDROME 81 : c'est la formation ti zef par excellence. Moins de quinze années d'existence et on dirait pourtant qu'ils ont toujours été là. Une telle évidence qu'on aurait déjà envie de lui décerner le statut de groupe culte. Mais la course au succès, c'est pas vraiment le genre de la maison. Aussi nos Brestois n'ont-ils jamais cherché à accumuler les disques et ont finalement attendu une décennie avant d'enregistrer leur premier véritable album, prouvant au passage que savoir prendre son temps est la plus essentielle des vertus en musique.

Car Prisons Imaginaires est sans conteste l'un des meilleurs disques de rock brestois toutes époques confondues. Une belle pièce de punk comme on aimerait en trancher plus souvent, à la fois sobre et énergique, rétro sans en faire trop, hargneuse sans être casse-tête. Des guitares rugueuses comme une façade de béton brestois, rehaussées d'un peu de chorus, histoire d'apporter quelques couleurs à Siam et Jaurès. La batterie fonce à l'essentiel, précise et concise, tandis que la basse tempère autant qu'elle soutient l'agressivité des guitares, s'autorisant parfois dans ces lignes quelques montées vers les aigus franchement bien senties. Mais c'est encore la voix rêche et les mots d'un Fabrice Le Roux sur la brèche qui prennent le plus aux tripes. Vivre et mourir dans cette France de merde, futur incertain et passé obsédant sur fond de misère sociale, nuits blanches et autres errances dans les rues de Brest, Prisons Imaginaires est la chronique d'une existence désabusée des deux côtés de la Penfeld. En face A, le texte ''La Ville'' du poète alexandrin Constantin Cavafy nous laisse imaginer ce que le groupe pense finalement de sa cité, petit coin perdu dont on ne s'échappe pas, au bout d'une route qui ne mène nulle part.

Faisant suite à l'excellente compilation Béton Nostalgie, ce premier LP ne s'embarrasse guère des étiquettes et navigue sans complexe du hardcore à la oi! et au post-punk. Il y a là des hymnes urbains qui marquent (''Vivre et Mourir'', ''Dans les rues de Brest'', ''Béton Froid''), des charges furieuses nous abandonnant sonnés sur le bord du trottoir (''Violence Sociale'', ''Sur la Brèche'', ''Toujours à l'Ouest'') et des ballades énervées étonnamment poignantes (''Avenir'', ''Des Nuits Blanches'', ''Les Derniers Jours''). Grosse surprise aussi avec Lumière Magnétique, cold-wave et boîte à rythmes, dernière danse et dernier verre sous les lasers d'un vieux club de l'Harteloire, qui conclut le disque de la meilleure des manières. Prisons Imaginaires a bien quelques défauts - on pourra notamment lui reprocher une certaine linéarité, souvent inhérente aux albums du genre, ainsi qu'un ou deux passages un peu moins convaincants (les paroles et le refrain de ''Fuir Son Passé'' en particulier), mais ces derniers s'oublient rapidement tant l'album demeure explosif et addictif. Une bonne claque, encore plus grosse en live.

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- Lionel Cadiou (basse)
- Timothée Priol (batterie)
- Alexandre Marzin (guitare)
- Damien Lannuzel (guitare)
- Fabrice Le Roux (chant)


1. Vivre Et Mourir
2. Dans Les Rues De Brest
3. Futur Périmé
4. Avenir
5. Violence Sociale
6. Les Derniers Jours
7. La Ville
8. Des Nuits Blanches
9. Toujours À L'ouest
10. Béton Froid
11. Sur La Brèche
12. Fuir Son Passé
13. Lumière Magnétique



             



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