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- Membre : Catherine Wheel

TALK TALK - The Colour Of Spring (1986)
Par A.T.N. le 25 Décembre 2008          Consultée 3897 fois

Avant d’écrire cette chronique, j’ai voulu me farcir le premier album de TALK TALK, pour rire. Je n’ai même pas réussi. Au bout de trois pistes, j’ai pris un autre élément de ma CDthèque au hasard et j’ai mis play. Tout sauf ça. Quelle plaie ! Les années 80 dans tous leurs synthés moches, leurs batteries en plastique, leurs guitares en clavier. Le cancer du rock. Le choléra de la musique.
Le deuxième n’est guère plus emballant malgré quelques moments beaucoup plus intéressants, mais ce n’est pas le sujet.

« The Colour of Spring » est une œuvre d’autant plus belle qu’elle vient après ces deux albums d’un groupe à tubes, qui a commis « The Party’s Over », donc, en 1982, puis a récidivé deux ans plus tard avec « It’s my Life» qui contient le planétaire « Such a Shame ». Multi-diffusé en radio à l’époque, TALK TALK était à ranger avec (attention on bloque sa respiration) DURAN DURAN ou ALPHAVILLE (vous pouvez respirer).
La Couleur du Printemps est probablement un titre lié à cette métamorphose, à ce bourgeon qui éclot de manière inattendue, à cette renaissance d’un groupe qui…

… mais n’exagérons pas trop. Le changement n’est pas si brutal que ça. On retrouve la voix de Mark HOLLIS, longue plainte nasale, quasi animale, reconnaissable entre mille. On retrouve des claviers très présents. C’est de la Pop anglaise. Mais nous sommes passés d’un monde de divertissements FM à un monde d’esthètes.

Ce qui s’est passé entre temps reste pour moi un mystère. On parle souvent de Tim FRIESE-GREENE, producteur, joueur de claviers, arrivé chez TALK TALK en 1984. Il ne voulait ni apparaître sur les photos du groupe ni participer aux tournées. Un type qui rejoint un groupe qui tient le haut de l’affiche et qui ne veut pas de la gloire : une démarche intéressante, dès le départ. Mais FRIESE-GREENE était déjà présent sur « It’s My Life » et franchement il n’y a pas de quoi se brosser le nombril avec le pinceau du contentement. Mystère que ce renouveau printanier.

Parlons donc de l’album :

Le premier morceau fait plus de 6 minutes. Son intro, un mid-tempo très simple sans autre instrument que la batterie, paraît interminable. On sent qu’il va se passer quelque chose, mais il faut attendre. La première note arrive après 35 secondes, une éternité pour eux à l’époque et la première impression se confirme : TALK TALK est passé à autre chose. Plus de nappes brouillonnes, mais des sons clairs, sporadiques. Un accord de piano cristallin, un arpège de guitare sèche très boisée, un coup de tom pur et isolé, un slap de contrebasse en opposition. Des textures presque jazz. Des chœurs d’enfants. La toile sonore se tisse et Hollis peut venir y poser son chant. Quand les claviers arrivent, ils ne déçoivent plus comme c’était le cas, mais apportent l’ampleur et le liant adéquat. Un autre monde dans lequel il va falloir poser des fondations : une batterie carrée (ça reste de la Pop), et une basse.

La basse de Paul WEBB :

Paul WEBB. Prononcer son nom dans une conversation, c’est s’assurer un silence respectueux - dans certains cercles snobs, je le concède. Une admiration tacite. Car la basse, a priori, a dans la pop/rock un rôle ingrat. Les vrais bassistes sont dans le jazz (PASTORIUS, MILLER…). Pour quelques McCARTNEY ou STING, combien d’anonymes qui n’osent confesser leur ennui de n’être qu’un soutien mélodique où la créativité est bannie ? Un job de sherpa, de porteur d’eau, nécessaire mais routinier. On se disait que Bill WYMAN aurait dû s’appeler Bill Why Me. Ce qui pousse le chroniqueur à prendre le prétexte de cet album pour s’attarder sur ce cas, pour le plaisir de donner un coup de projecteur à ces artisans parfois méconnus, comme Simon GALLUP chez CURE ou, donc, Paul WEBB.

Nous évoquions « Happiness Is Easy » (douce ironie très britannique de Mark HOLLIS) qui ouvre l’album. La basse (une contrebasse, par instant), n’arrive ici que pour ponctuer quelques phrases, avant d’effectuer une montée en harmonie avec les claviers, et s’effacer ensuite pendant le refrain. Présences, clins d’œil, absences.
Le talent mélodique de Paul WEBB explose sur « Living In Another World ». Ici aussi la basse n’arrive qu’après un long moment (époustouflante entame piano / guitare sèche / claviers / percussions, d’un coup), et cette ligne qui accompagne le « Help Me Find My Way Out Of This Maze » est inoubliable. D’une élégance rare, comme une walking bass très syncopée, elle donne une dimension magnifique au morceau. Sur une suite d’accords similaire, tant de bassistes se seraient contentés d’accompagner la mélodie des claviers. A noter au passage l’harmonica démoniaque, comme possédé. Décoiffant.

« Life Is What You Make It » est un superbe gimmick de piano répétitif et lancinant, qui ne comporte pas de basse. La magie du morceau tient aux coups de couteau donnés par le riff torturé de guitare, les accords accrocheurs, le refrain scandé par HOLLIS, presque messianique. La basse a été jugée inutile et c’est plus intelligent qu’il n’y paraît.
« I Don’t Believe In You » et « Give It Up » reposent davantage sur la voix de HOLLIS et sa capacité à donner au chant une épaisseur, une dimension prenantes. Une révolte toute en lenteur, portée par d’excellents arrangements, de l’orgue Hammond et du raffinement. Les chœurs adultes de « Time It’s Time » font écho aux chœurs d’enfants de « Happiness Is Easy » pour une conclusion seigneuriale.

« April 5th » ou « Chameleon Day » (toutes deux références au printemps, naturellement) sont moins chargées, plus éthérées, comme des débuts d’improvisation, annonciatrices de la nouvelle direction de TALK TALK et de la future carrière solo de HOLLIS. En effet, après cet album et la tournée qui suivra (dont l’excellent « London 1986 » est tiré), le groupe va définitivement larguer les amarres, partir vers une exploration parfois déconcertante des sons, entre l’Electro, le Jazz et l’Ambient.
En ce qui me concerne, The Colour of Spring est un sommet des années 80, parfait milieu entre une pop abordable par le plus grand nombre et un art expérimental élaboré par des musiciens exigeants.

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   A.T.N.

 
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- Mark Hollis - Organ, Guitar, Piano, Voca
- Lee Harris - Percussion, Drums
- Paul Webb - Bass Guitar, Vocals, Backing
- Tim Friese-greene - Producer, Piano, Key
- Ian Curnow - Keyboards
- Martin Ditcham - Percussion
- Mark Feltham - Harmonica, Horn
- Alan Gorrie - Bass
- Robbie Mcintosh - Guitar (acoustic, dobro, guitar)
- Morris Pert - Percussion
- Phil Reis - Percussion
- David Rhodes - Guitar
- David Roach - Saxophone, Sax (soprano)
- Gaynor Sadler - Harp, Horn
- Danny Thompson - Bass, Bass (acoustic)
- Steve Winwood - Organ, Keyboards


1. Happiness Is Easy
2. I Don't Believe In You
3. Life's What You Make It
4. April 5th
5. Living In Another World
6. Give It Up
7. Chameleon Day
8. Time It's Time



             



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