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2011 Oddity
2015 Torn Apart

Franck CARDUCCI - Oddity (2011)
Par MARCO STIVELL le 29 Mai 2011          Consultée 1910 fois

L'évolution du rock progressif à travers les âges est comme la masse de gens qui l'apprécie, variable et incertaine. Certains ne jurent que par celui des années 70, d'autres ne connaissent que Marillion, on entend parfois que les groupes comme Porcupine Tree ou Spock's Beard sont des groupes "de tata" (véridique)... Et il n'y en a pas tant que ça qui ont réussi à apprécier toutes les époques (sans me vanter, je suis heureux d'en faire partie). Variable donc tout ça. Et l'avenir est toujours incertain, négativisé par beaucoup. N'y aurait-il plus personne pour nous proposer de grands chefs-d'oeuvre de rock progressif ? Franck Carducci, au nom sonnant spaghettis et rimant avec Eros Ramazzotti est bien français (mais aussi bien d'origine italienne, du père), et l'un des ces artistes apportant une réponse qui nous permet de rester optimistes.

Au moment où j'écris, je rentre justement d'une conférence sur le rock progressif donnée à Paris où se sont retrouvés les plus grands fans du genre, et où j'ai pu exposer le cas Oddity. Voici en quelques lignes comment le tout s'est déroulé. J'arrive fringant dans mon allure très classique, T-Shirt, jeans, cheveux bouclés mi-longs et une chemise à feuilles sous le bras. Comme d'habitude, la salle est bondée. Ca piaille dans tous les coins, entre les vieux chevelus revanchards-nostalgiques, et d'autres beaucoup plus jeunes, pour qui le Jésus-Christ du prog est In Absentia. Chaque digne représentant des styles prend la parole, tour à tour et essuie autant d'applaudissements que de sifflements moqueurs. C'est à mon tour, je suis dans la catégorie des "all-prog", nous sommes trois en tout dans la salle. Ne m'étant jamais exprimé auparavant, j'avais déjà ressenti quelque appréhension en donnant le nom de cet album d'un parfait inconnu dans le milieu au chef de conférence. Mais il a quand même accepté, avouant une sympathie marquée pour les discrets "all-prog". Je m'avance donc et dépose mes feuilles sur le pupitre dans l'indifférence générale.

"Ahem... Chers amis (je regarde du coin de l'oeil mes deux compères au sourire rassurant, les seuls à vraiment m'écouter), je suis très heureux de prendre la parole aujourd'hui, afin de vous présenter le disque qui apporte la réponse à toutes vos questions et qui prouve que le prog a encore beaucoup de choses à dire (fin du chahut général, les oreilles se tendent). Vous savez comme moi que depuis des années... bla bla bla... (j'expose le contexte, ainsi que les références obligatoires au passé, et c'est quand je commence à voir des bâillements et des reprises de conversations furtives que j'embraye) J'en viens donc à ce disque dont je vous parle, Oddity (je brandis l'objet), le premier disque de Franck Carducci."
Tout le monde se tait et se penche en avant. Certains sortent leurs lorgnons, leurs lunettes, des jumelles...
"Un parfait inconnu me direz-vous. Il est vrai que jusqu'à maintenant, les contributions de ce multi-instrumentiste spécialisé en guitare et basse à la musique se sont surtout concentrées autour d'une artiste folk-country, Yanne Matis. C'est lors d'une rencontre avec Steve Hackett à l'Event consacré à ce dernier donné en 2010 en Alsace et où certains d'entre vous étaient sûrement, que Franck ressent peu à peu l'urgence de publier un album personnel, "plutôt que d'attendre éternellement de joindre LE bon groupe" selon ses dires. C'est chose faite. L'écriture de Oddity s'est étalée sur une période de 17 ans, le plus vieux morceau, "The Quind", ayant été composé par Franck à 15 ans avec son ami Nicolas Gauthier. Franck dévoile dans cet album ses influences principales, plutôt à rechercher du côté de Pink Floyd (comme tous les grands), Genesis (pour le romantisme épique) et de leur ancien guitariste Steve Hackett (pour l'imagination fertile), étant un grand fan de cette période seventies ainsi que de Peter Gabriel. On retrouve dans sa musique toutes les bonnes images du genre, du texte et de la musique épique, et il se permet également de garder un pied dans l'actualité avec une production et des guitares bien en avant, pour des moments proches du rock actuel, sans être bourrins.
Un disque de rock progressif neuf, mais qui n'en oublie pas pour autant qu'il doit beaucoup à l'ancien. Les morceaux sont pour la plupart étirés comme bien souvent depuis le bon vieux temps, avec des ambiances qui lui rendent bien évidemment hommage. On notera notamment la présence du faux mellotron pourtant très fidèle à l'ancien sur "The Last Oddity" (une recette révélée à Franck par Nick Magnus, ancien claviériste de Steve Hackett, et qui ne sera pas retransmise ici), la flûte de John Hackett, frère de Steve et qui a tout de suite accepté de participer à "Achilles", ou encore le fantastique "The Quind" (jeu de mots sur "Quiet-mind") qui révèle un esprit bucolique tout à fait charmeur, à base de guitares 12 cordes. La batterie a été particulièrement peaufinée, enregistrée à Lyon ("The Eyes of Age"), Amsterdam (où Franck habite maintenant), Londres (par Phildas Bhakta, une disciple de Phil Collins) ainsi que Paris (sur "Alice's Eerie Dream" par Larry Crockett en une seule prise, ancien batteur réputé de blues, soul et variété et ami de Franck).

Si ce disque reste selon moi une belle réponse à l'avenir du rock progressif, c'est justement parce qu'il parvient à mêler tradition et modernité avec une aisance et une sincérité loin d'être superficielles. Le projet a été mûri certes, mais pour vous, chers amis qui aimez les oeuvres qui demandent du temps, il serait incongru de passer à côté d'une telle réussite, aussi aboutie. Franck Carducci chante ici d'une voix d'alto que peu peuvent se vanter d'avoir (elle me fait penser à celle de Liam Davison, guitariste de Mostly Autumn, avec plus de possibilités), joue des guitares et en invite (Michael Strobel et Christophe Obadia) pour un résultat très proche des meilleurs moments d'un Hackett ou d'un Latimer, et se permet d'user d'une variété de styles (du prog au folk champêtre en passant par le jazz, la valse country et même le gospel) qui est un des éléments déterminants de l'évolution du genre. Peu de groupes s'y sont réellement essayés, mais je persiste à croire que c'est l'une des clés de notre avenir. Le disque est disponible à la vente, ce jour du 18 mai. Il contient en bonus une reprise de "The Carpet Crawlers" plus fidèle à celle qu'en a faite Genesis en 1999 qu'à l'originale, mais qui prouve toujours un peu plus l'attachement de Franck pour cette musique mêlant sophistication et émotion. C'est tout, je vous remercie pour votre attention !"

Le temps passe. Franck m'a téléphoné quelques jours après la conférence. Les ventes de son album marchaient fort bien par rapport à celles d'albums rock progressif habituelles, et les "anciens" aussi bien que les jeunots en vantaient les mérites un peu partout où ils le pouvaient. C'était mérité.

Pour écouter l'album : http://franckcarducci.bandcamp.com
L'acheter : http://www.cdbaby.com/cd/franckcarducci
Site web de Franck Carducci : http://www.franckcarducci.com

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   MARCO STIVELL

 
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- Franck Carducci (chant, guitares, basse, ...)
- John Hackett (flûte)
- Larry Crockett (batterie)
- Yanne Matis (choeurs)
- Phildas Bhakta (batterie)
- Michael Strobel (guitare)
- Christophe Obadia (guitare)


1. Achilles
2. The Quind
3. The Eyes Of Age
4. Alice's Eerie Dream
5. The Last Oddity
6. + The Carpet Crawlers (bonus)
7. Alice's Eerie Dream (radio Edit, Bonus)



             



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