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JOULIK - À Doux Pas... (2011)
Par MARCO STIVELL le 11 Février 2012          Consultée 2374 fois

Groupe qui s'est établi en Provence, JOULIK repose sur l'alchimie de jeunes musiciens exprimant ce que l'on peut appeler naïvement (mais pas moins rêveusement) "le chant du monde". Floriane Lallement est venue de Normandie après avoir rencontré son compagnon Robin Celse en février 2009. Participant tous deux à de nombreux rassemblements de musiques traditionnelles, ils croisent Mélissa Zantman dans une Balkan Party en avril 2010 et l'invitent à se joindre à eux, ce qu'elle fait en août. C'est enfin en mars 2011 que le groupe se stabilise avec la venue de Gabrielle Gonin.

Ce qui unit les membres est donc d'abord cette passion pour les musiques traditionnelles ou ce que l'on appelle vulgairement la "world-music", bien que chaque membre se réclame d'une certaine ouverture englobant aussi les musiques dites actuelles. Robin a aussi fait du reggae mais est habitué depuis tout petit à la musique irlandaise grâce à son père, ce qui l'a formé en grande partie. Quant à Mélissa, elle a fait beaucoup de trad avec sa mère mais aussi de chanson française avec son père, ce qui peut quelque part expliquer son choix de l'accordéon chromatique, alors que c'est souvent le diatonique qui parle le plus rapidement lorsque l'on pense musiques traditionnelles. Gabrielle a fait de l'afrobeat et du reggae, et elle joue un rôle important dans l'arrangement. Elle a entre autres étudié à Pro Musica, école de musiques actuelles -qui n'oublie pas pour autant les anciens répertoires-, et y a fait venir ses trois amis. JOULIK aura donné un bon nombre de concerts depuis ses origines, dans lesquels ils ont offert des prestations tout aussi flamboyantes que leur musique, et que le public aura su acclamer.

Voilà pour le background, passons à l'oeuvre. Ce premier disque a été enregistré au studio associatif Bourricot Prod dans le Var, des amis du groupe. C'est une réalisation familiale, la pochette étant dessinée par la belle-mère de Mélissa et le graphisme par le frère de Gabrielle. Le groupe possède en cette fin 2011 pas mal de compositions, mais il choisit de mettre en avant pour l'occasion quelques pièces piochées dans les répertoires traditionnels européens, principalement le balkanique et le tzigane. "Piochées", elles ne l'ont pas été au hasard : ce sont des chansons qui ont ému les quatre membres avant même qu'ils n'aient ressenti le besoin de les traduire. Dans l'ensemble, ces chansons racontent l'amour, des bouts de vie...

"More Sokol Pie" est une lamentation macédonienne sur la guerre, au rythme proche du lesnoto (sept temps), tout comme "Ajde Kato" qui elle vient de Serbie et raconte un mariage impossible. On reconnaîtra le choix du groupe de respecter ces introductions contemplatives avant de partir sur une danse de plus en plus intense. Ce dernier critère vaut aussi pour "La Rosa", chanson d'amour triste et dure empruntée au folklore judéo-espagnol. Il deviendra difficile de faire la différence entre cette influence et celles d'Europe de l'est, tant les modes mélodiques se ressemblent, avec cette chaleur qui n'appartient qu'à eux. "Magdalena" est un instrumental tzigane, même influence que le léger et grivois "Dumbala Dumba" ainsi que la berceuse "Nie Bouditie" ("Ne me réveillez pas, moi, le jeune garçon, laissez mon cheval courir, n'éteignez pas la lumière du feu pour ne point gêner le sommeil des enfants"). Autant de merveilles et pratiquement toutes dans un contexte musical différent. N'oublions pas la composition de Floriane Lallement, "Doupa", où une rythmique à quatre temps se met au service d'une poésie aisément rapprochable de celle des autres chansons : "les femmes dansent et chantent sous le soleil rouge, le vent annonce que la pluie ne sera pas pour demain. Petit homme sait rester sage devant ce que dit le vent, car il sait que rien ne vaut le moment présent."

Dans son architecture orchestrale, chaque membre arrive à mettre en avant ses qualités d'instrumentiste et participe ainsi allègrement à l'attisement de la flamme. Robin tient le oud sur "More Sokol Pie", essaie de se plier à la rigueur manouche des chansons du cru, mais c'est bien à la guitare folk que son empreinte se fera la plus remarquable (autant dans l'originalité pour ces musiques que la qualité), entre picking vigoureux et harmoniques d'une grande pureté. Gabriel tient aussi les cordes, mais du nombre de quatre, plus grosses, plus graves et verticales. Elle renforce le groove du groupe tout en proposant quelques lignes caressantes à l'archet, essentielles quel que soit le contexte. L'accordéon de Mélissa apporte en plus de tout cela le souffle nécessaire pour que "Magdalena", "More Sokol Pie", "Dumbala Dumba" et "Nie Bouditie" puissent briller autant que l'instrument virevolte. Et ils ont tous trois bien entendu le soutien de Floriane qui s'est spécialisée dans les instruments de percussions en tout genre, vous rencontrerez donc son cajon et son derbouka qui font eux aussi la particularité du son du groupe, plus rarement un glokenspiel, une cymbale entière ou des plus petites tenues aux doigts... Et il y a la voix bien sûr, ou plutôt les voix qui finissent de nous ravir. En harmonie, à l'unisson ou en solo, Floriane et Mélissa sont à cette musique ce que les sirènes sont à la mer : un pur enchantement. Ceci indépendamment de leurs mélismes eux aussi divins, tout comme les chants rythmiques sur "Doupa" ou ce "Dumbala Dumba" réjouissant au point que l'on imagine les filles rire et s'amuser en l'interprétant. Il arrive par ailleurs que tout le groupe mette la main à la pâte dans cette exquise esquisse, comme sur "Nie Bouditie". Le charme est présent jusque dans les deux ou trois séquences ornementales autorisées, le train en direction de Magdalena, et la pluie entre "Nie Bouditie" et "La Rosa", captée "tous micros dehors" lors de l'enregistrement.

Cette richesse et cette complémentarité assurent indéniablement au groupe des atouts solides qui leur permettent de s'approprier ces chansons que l'on redécouvrira ou dans le cas de "Doupa", de laisser présager le meilleur quant aux compositions qui dorment à côté et que l'on espère entendre rapidement... A connaître d'urgence !

Note réelle : 3,5 arrondi à 4 pour le talent et la volonté.

MySpace de JOULIK : http://fr.myspace.com/joulik.musique

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   MARCO STIVELL

 
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- Robin Celse (guitare acoustique, oud, chant)
- Floriane Lallement (chant, percussions)
- Mélissa Zantman (chant, accordéon chromatique)
- Gabrielle Gonin (contrebasse, chant)


1. More Sokol Pie
2. Doupa
3. Ajde Kato
4. Magdalena
5. Nie Bouditie
6. La Rosa
7. Dumbala Dumba



             



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