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 Label Ostgut Ton (188)

BARKER & BAUMECKER - Transsektoral (2012)
Par SASKATCHEWAN le 6 Février 2013          Consultée 892 fois

Parlons Histoire, parlons boîtes de nuit. La techno s’est toujours développée autour des clubs, avec une nette propension pour les bouis-bouis pour jeunes libidineux, dans des villes pas trop glamours de préférence. Detroit par exemple, après la crise de l’industrie automobile, possédait un certain cachet. Sheffield au début des années 1990, c’était aussi pas mal. Mais le prix de la métropole-attrape-techno dont le maire s’arrache les cheveux en gémissant « pourquoi cheeeeez mouaaaaaaaaaa ! » revient sans conteste au Berlin d’après la chute du Mur. Vous avez là une ville coupée en deux, dont une partie de la population a passé les cinquante dernières années à chanter « gloire à toi Lénine, géant de la pensée socialiste », d’où une forte demande de loisir en 1989. Les usines ferment à tour de rôle, contexte idéal pour organiser quelques raves dans des hangars désaffectés.

Plusieurs boîtes de nuit fameuses marquent l’émergence de Berlin comme capitale mondiale de la techno, et le Berghain (ex Osgut-Ton, désormais le nom du label de la boîte) est la plus jeune et la plus connue d’entre elles. L’édifice, entièrement rénové sur le modèle d’un palais de justice d’une ville de province russe, flatte l’œil de ses lignes bien droites et de son marron-beige soviétique, garanti effet usé dès la fin des travaux. C’est dans ce haut lieu du grand n’importe-quoi électronique qu’officient Sam BARKER et Andreas BAUMECKER, le duo prometteur du moment.

Leur premier album, Transsektoral, est celui qu’il faut écouter parmi les 1276 sorties de techno allemande en 2012. Bon, il y aussi les vieux briscards comme MONOLAKE et Wolfgang VOIGT (non, pas Paul van DYK), mais avec eux, ce n’est plus une surprise depuis longtemps. Transsektoral donc, un album fait par deux garçons qui ont tout compris à la techno, et qui déroulent des influences très variées. Les suspects habituels sont convoqués : Detroit, glorieux ainés, quelques bribes de trance, et, de manière surprenante des sonorités acides et des structures empruntées à l’IDM.

Tout cela aurait pu donner un mélange indigeste, c’était sans compter la maturité des deux DJ, qui ont construit leur album avec audace et astuce. Le disque s’articule en trois temps, chaque partie est séparée par un morceau IDM plus court, histoire d’exploiter à fond le matériel à disposition (« Sektor », « Tranq » et « Databass133⅓ »). Ensuite, chaque volet revisite une période de la techno avec un culot rare : la fin des années 80, les années 90, et l’époque actuelle.

L’album démarre en trombe avec « Trafo », un morceau ardu qui fait étalage d’une variété impressionnante de sons. BARKER & BAUMECKER affirment leur éclectisme de la meilleure façon qui soit : en puisant un peu partout sans copier personne. Les deux titres suivants reposent sur des basses amples et jouent avec les distorsions. « Crows », avec ses boucles stridentes et ses synthés discrets, développe une atmosphère oppressante digne des meilleurs.

La seconde partie est un peu plus inégale. « No Body » lorgne vers la trance/dance des années 90, sans parvenir à capter le caractère exubérant de celles-ci. Au contraire, « Trans_it », entraîne l’amoureux des sonorités interdites et des samples de voix criards dans une délicieuse parenthèse nostalgique. Tout ceci en guise d’hors-d’œuvre pour un enchaînement final d’une efficacité imparable. « Buttcracker » ouvre le bal sur une rythmique menaçante qui s’emballe peu à peu. Les influences s’entremêlent dans une techno brumeuse qui vous happe sans crier gare. « Silo » opère une transition habile vers « Spur », conclusion diabolique d’un album décidément bien pensé. Alors que le reste de Transsektoral propose une techno plutôt mécanique et cérébrale, focalisée sur les pulsations et le design sonore, « Spur » met les synthés en avant et laisse parler la mélodie. Artifice magistral, puisqu’il offre la petite touche d’émotion qui manquait un peu aux morceaux précédents (hormis « Trans_it »).

Allez donc vous briser les méninges sur ce bel album exigeant et maîtrisé. Ce n’est pas si souvent qu’un disque offre une relecture culotée de l’histoire de la techno. La sécheresse des rythmes et la longueur des morceaux peuvent rebuter au premier abord, mais comme tout étouffe-chrétien qui se respecte, Transektoral ne se laisse pas digérer par les petits estomacs.

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   SASKATCHEWAN

 
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- Sam Barker
- Andreas Baumecker


1. Sektor
2. Trafo
3. Schlang Bang
4. Crows
5. Tranq
6. No Body
7. Trans_it
8. Databass133⅓
9. Buttcracker
10. Silo
11. Spur



             



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