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- Membre : Noir Désir

DETROIT - Horizons (2013)
Par GEGERS le 9 Décembre 2013          Consultée 2993 fois

Notre société tourne à l'envers, régresse, semble vouée à répéter un cycle qui, actuellement, nous ramène à des époques peu glorieuses de notre histoire : plus le droit de rien dire, pour ne pas choquer, plus le droit de rien faire, pour ne pas heurter, plus le droit de provoquer, plus le droit ne serait-ce même que de mentionner un thème sujet à controverse, sous peine de finir étouffé sous le poids de la vindicte bien-pensante. Prenez le cas Cantat. Oui, le mec est un meurtrier, un déchet humain. Mais il a été condamné pour cela, par les autorités compétentes. En quoi l'enregistrement et la sortie d'un nouvel album serait une honte, une ignominie, comme nous avons pu le lire dans nombre de papiers souillés à défaut d'être fouillés ? Pour Cantat, plus peut-être que pour n'importe quel détenu, la tentative de reprise d'une vie normale, nécessaire après une libération, semble être un chemin sinueux, parsemé d'embûche. Il n'y qu'à voir la farandole des directeurs de salles de concert qui, une fois la tournée de DETROIT annoncée, se sont empressés de justifier leur position en indiquant condamner l'homme mais continuer d'apprécier l'artiste. Société inquisitrice...

Si la justice a condamné Cantat, le meurtrier, pourquoi ne pas tout simplement accepter que les critiques jugent Cantat, le chanteur-musicien torturé ? Sur Horizons, qui marque le retour discographique du bonhomme, il y pourtant beaucoup à dire. Sous le nom d'emprunt DETROIT, qui ne fait que symboliser l'association fusionnelle avec le bassiste Pascal Humbert, Bertrand Cantat signe un album bien loin de la rédemption et l'auto-flagellation désirée par certains. Horizons, dans son entièreté, poursuit l'évolution vers un rock complexe et bariolé, tâche entamée par Noir Désir sur Des Visages des Figures en 2001. Le chanteur fait par la-même oublier le retour en demi-teinte avec "Gagnants / Perdants" en 2008, dernière et fort médiocre preuve d'existence d'un des plus beaux gâchis du rock français.

Sur Horizons, les amateurs de Noir Désir trouveront donc, bien évidemment, leur compte. Le titre d'ouverture, "Ma muse", débute par un minimalisme instrumental et des paroles saccadées prononcées par la voix si familière du bonhomme. Transcendé par un refrain foisonnant de mélodies intéressantes, ce titre ressemble à ce qu'aurait pu donner le successeur de Des Visages Des Figures. Un très beau mélange entre "Lost" et "Bouquet de nerfs", deux pièces majeures du dernier album de Noir Désir. Le rock de DETROIT, naturellement, se fait sombre et torturé. Néanmoins, bon nombre de morceaux rappellent un passé plus ancien de Bertrand Cantat : il y a sur l'énergie rock et brute de "Le creux de ta main", de même que sur l'impact instrumental de "Null & Void" des ambiances qui rappellent les débuts du groupe bordelais, et notamment le mésestimé album Du Ciment Sous les Plaines. De même, l'utilisation à plusieurs reprises de l'harmonica évoque nécessairement une période située entre Tostaky et 666.667 Club.

Si le rock est une composante essentielle de la musique de DETROIT, le projet voit néanmoins plus loin, et propose des ambiances tantôt folk, tantôt electro, qui offrent à l'album une certaine variété, mais également une impression d'inabouti, d'hésitation dans la direction à prendre. A l'exception de "Sa majesté", les titres les plus surprenants recueillent malgré tout tous les suffrages, à l'image de "Droit dans le soleil", décrit plus amplement dans la chronique qui lui est consacrée, ou "Glimmer in your Eyes" qui met en avant un violoncelle sombre et inquiétant. Il est évident que les titres sur lesquels Cantat évoque directement son incarcération ("Horizon"), ou semble s'adresser à la regrettée Marie Trintignant ("Ange de désolation"), laissent un goût amer en bouche et provoquent un certain malaise bien légitime. De même, Cantat se fourvoie en voulant proposer sa version personnelle d'"Avec le Temps" (Léo Ferré), une reprise lourde de sens mais pourtant handicapée par des arrangements electro lourdauds qui dénaturent, déstructurent et déconstruisent le morceau sans parvenir à conserver son âme.

Reste que DETROIT, loin des on-dits, des on-pense, des on devrait, propose avec Horizons un album surprenant de cohérence et de beauté simple. Si Cantat, l'homme, est ce qu'il est, l'artiste semble comme d'habitude à la fois torturé et apaisé, simultanément en colère et abattu. Si la fougue de Noir Désir a disparu, il reste le savoir-faire, et l'émotion à fleur de peau qui se dégage de chacune des paroles du chanteur, soutenues par des instrumentations tantôt imposantes, tantôt minimalistes, qui donnent naissance à des compositions somme toute très convaincantes. Du très bon rock, mais pas que. Loin des médias, il reste donc une possibilité de renaissance pour Cantat, l'immense artiste.

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- Bertrand Cantat (chant, guitare, harmonica)
- Pascal Humbert (contrebasse)
- Ion Meunier (batterie)
- Catherine Graindorge (violon)
- Bruno Green (clavier, guitare, programmation)


1. Ma Muse
2. Glimmer In Your Eyes
3. Terre Brûlante
4. Détroit-1
5. Ange De Désolation
6. Horizon
7. Droit Dans Le Soleil
8. Détroit-2
9. Le Creux De Ta Main
10. Sa Majesté
11. Null And Void
12. Avec Le Temps



             



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