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- Membre : O'stravaganza, Mozart L'egyptien, Malicorne, Lux Obscura
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LAMBARENA - Lambarena : Bach To Africa (1994)
Par CHIPSTOUILLE le 18 Mars 2014          Consultée 3821 fois

Si vous n’avez pas vu le spectacle « Que ma joie demeure » d’Alexandre Astier, c’est un tort. D’une part parce que tout ce que touche de près ou de loin ce monsieur vaut toujours le détour (oui, même le court métrage Anaconda), d’une autre parce que dans quelques secondes, après la fin de cette phrase un peu trop longue, je vais vous en révéler une partie. À l’occasion de son initiation à la musique, le personnage de Johann Sebastian Bach incarné par le réalisateur de Kaamelott se dote d’une mappemonde d’un autre siècle, nous expliquant qu’un peu partout dans le monde, "là ya rien, ya rien, là ya tellement rien qu'on a même de la place pour écrire des trucs". S’arrêtant sur l’Asie ou l'Italie, il nous fait part du manque de richesse de la gamme pentatonique ou de la débilité des paroles de divers "canzones". Après quelques pérégrinations par tous les endroits du monde où le commun des occidentaux pourrait penser qu’on y trouverait quelque chose digne d’intérêt, le parcours de la baguette s’arrête soudain au plein cœur de l’Afrique. S'ensuit une véritable leçon d’humilité, l'artiste nous remaniant l’un des thèmes célèbre de BACH sur 4, 3, 5, 7 et enfin 15 temps... Quelques mesures qui suffisent au personnage irascible et dédaigneux campé par l’acteur pour soudain s’illuminer. À peine a-t-on le temps de profiter que d'un seul coup, ce dernier s’arrête net en prétextant un problème au palpitant. En l’espace d’une demi-seconde, Astier matérialise ainsi toute la problématique de BACH et de sa musique, géniale mais définitivement ancrée dans ses contraintes, en particulier rythmiques.

Si vous n’avez pas encore fait le rapprochement avec le disque qui nous intéresse aujourd’hui, tout se résume dans le sous-titre de l’album, « Bach to Africa ». L'album se veut un hommage à Albert Schweizer, Docteur ayant vécu à Lambaréné au Gabon, un précurseur en ce qui concerne l’aide humanitaire. Ce dernier était grand amateur du kapellmeister mais, paradoxalement, pas de musique africaine. Ceci n’empêcha pas Hugues de Courson (MALICORNE) de se lancer avec l'aide de Pierre Akendengue pour ce premier essai dans l’expérience du mariage des genres. Lambarena allie ainsi la musique de BACH aux chants Pygmées, aux rythmes Pounou et aux instruments Apindji ou Tsogho. Un premier mélange en 1994 qui le conduira à réitérer l’essai avec MOZART et la musique orientale, VIVALDI et la musique celtique et d’autres essais moins fructueux. On attend encore, à ce jour, une alliance de BEETHOVEN et de musique esquimaude ou de Hard Rock (1) comme il l’évoquait il y a quelques années en interview.

À peine aurez-vous lancé le disque que, passé une introduction où la voix d’un enfant fredonne quelques notes du célébrissime air de la cantate BWV 147 « Jesus que ma joie demeure », la musique de BACH vient se boiser, se parer de rythmes, laisse place à des chants, de magnifiques voix groupées et entrainantes dont la chaleur n’a d’égal que l’austérité du maître. Le contraste saisissant vous explose alors aux oreilles, en un succulent sucré-salé dont l’impression restera intacte à chaque passage de relais. Parcourant une cathédrale de bois et de paille, les voix lyriques constituant le « flot rythmique au débit inaltérable et à la régularité ininterrompue » viennent s’enticher du jeu de percussions tout aussi riche et varié.

Ainsi, sur près de 50 minutes, chaque morceau délivre une ambiance particulière, où les chants se répondent et se mélangent avec de simples mélodies qui se transforment soudain en fugues complexes et inattendues. Le meilleur est peut-être ce « Pepa Nzac Gnon Na » déjà superbe à lui seul. Ici les chanteurs viennent répondre à une femme suppliante, mettant en garde son compagnon aux attraits du libertinage. Dans cette tornade dansante vient s’adjoindre le prélude de la partita n°3 pour violon, tel un superbe solo dans un titre de hard rock. Cet exercice de style à l'origine esseulé reprend ainsi des couleurs en trouvant une famille d’accueil dans le berceau de l’humanité.

Tout n’est cependant pas que chaleur, danse entrainante et popotins qui bougent en rythme. Le disque recèle sa part d’obscurité. BACH égrène ainsi ses tristes mélodies. « Herr Hunser Herrcher » est un réveil matinal douloureux, reprise de la somptueuse introduction de la passion selon Saint Jean (existe-t-il quelque chose de plus beau au monde ?). Sur cette complainte qui vous soulève le cœur, les tam-tams imitent le craquement du bois pressurisé de la coque d’un navire, d'autres percussions donnent dans les cliquetis métalliques et la houle d’un vaisseau déracinant des hommes de leur terre pour les soumettre à l'esclavage. On me pardonnera d'ailleurs de pointer du doigt par ce sous-titrage grossier un morceau bien plus subtil dans cet exercice d'évocation coupable.

Des idées de mise en scène comme celle-ci, ce disque en regorge. Le pont établi entre deux mondes que tout oppose musicalement est un régal de richesse musicale et d’accessibilité. D'ailleurs, l'occidental que je suis se contente peut-être d'un mélange qui ne fait qu'effleurer toute la richesse des musiques gabonaises. Lambarena est-il un disque pour européens fainéants ? Il n'en n'est pas moins beau. Malheureusement, on ne pourra ignorer des défauts qu’Hugues de Courson répètera sur ses MOZART L’ÉGYPTIEN. Entre les tableaux de maître, quelques copies jouent en effet la facilité, en se contentant de reprendre un air connu de BACH ou une musique africaine, ne les parant l’un ou l’autre que d’une brève conclusion piochée dans l’univers opposé, sans la finesse des meilleurs passages du disque. L’arrangeur a ainsi tendance à parfois se contenter d’être spectateur, jouant parfois la carte de la simple compilation. Malgré cela, dans sa grande majorité le mélange est magique, la musique de BACH trouvant ici une liberté naïve et une audace qui semble sans limite, des qualités lui faisant souvent défaut.

(1) Si l’intéressé me lit, sait-on jamais, je suis persuadé que la sonate au clair de lune et « Still Loving You » sont faites pour s’entendre...

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- Beaucoup De Monde
- Hugues De Courson (arrangements)
- Pierre Akendengue (arrangements)


1. Cantate 147
2. Sankanda + Lasset Uns Den Nicht Zerteilen
3. Mayingo + Fugue Sur Mayingo
4. Herr. Unser Herrscher
5. Mabo Maboe + Gigue De La 4e Suite Pour Violoncelle
6. Bombe + Ruht Wohl. Ihr Heiligen Gebeine
7. Pepa Nzac Gnon Ma Prélude De La Partita N°3
8. Mamoudo Ma Na Sakka Baya Boudouma Ngombi + Prelude
9. Agnus Dei
10. Ikokou
11. Inongo + Invention à 3 Voix N°3 Bwv 789
12. Okoukoue + Cantate 147
13. Was Mir Behagt, Ist Nur Die Muntre Jagd
14. Cantate 147, Jésus Que Ma Joie Demeure



             



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