Recherche avancée       Liste groupes



      
TRIP-HOP  |  LIVE

Commentaires (2)
L' auteur
Acheter Cet Album
 


1994 Dummy
1997 Portishead
2008 1 Third
1998 Roseland Nyc Live
 

- Style : Massive Attack
- Membre : Beak>

PORTISHEAD - Roseland Nyc Live (1998)
Par JOVIAL le 6 Juin 2014          Consultée 1666 fois

Manhattan est en ébullition en cette chaude soirée du 24 juillet 1997. PORTISHEAD a été annoncé en ville et déjà les premiers spectateurs se massent, tickets en mains et trépignants d'impatience, devant les portes du vieux Roseland Ballroom. L'ambiance est électrique, tendue. Malgré la canicule, certains sont venus avec polaires et écharpes pour couvrir leurs maigres t-shirt estivaux. Il faut dire qu'avec PORTISHEAD, on ne sait jamais jusqu'où la température peut descendre. D'autres, qui n'ont jamais vu le trio anglais en concert, ne peuvent s'empêcher d'éprouver leurs quelques légitimes craintes de novices. Une musique aussi intimiste et élégiaque en live ? Sans être Wembley Stadium pour sûr, le Roseland est quand même une grande salle. Pas vraiment idéal donc pour un troublant tête-à-tête avec Beth, elle qui devra en gérer plus de trois mille autres en même temps. « Il paraît que des zikos d'un orchestre philharmonique les accompagnent » entend-t-on derrière son épaule. Non, mais ça va tout gâcher ça. Rien que d'imaginer violons et trompettes sur Dummy j'en ai la tête qui fait non. Un seul album et ça y est : on vire dans le pompeux orchestral ? Papa m'a dit qu'à son époque Deep Purple s'était rétamé la gueule avec cette idée. « Ça n'a rien à voir hé ! ». Mince, je pense tout haut moi ? Bref, on verra bien.

Les violons s'accordent, « Humming » entame. Le brouillard tombe, tout autour. Le thermomètre est déjà en chute libre, où ai-je foutu ma polaire moi ? Et où sont passés les autres ? Il n'y a maintenant plus que moi, Beth Gibbons m'a choisi moi. L'orchestre, quasiment masqué par un épais rideau de fumée, la porte au plus haut. Des stalactites de glace poussent au plafond au rythme lancinant des archets, que Barrow et sa batterie viennent briser ; imaginez que ça tombe sur quelqu'un hein, l'assurance voudra jamais payer ! Sous son faible rayon de lumière, la grande Beth nous envoûte. Sa voix, magnifique voix, ferait chialer un bourreau. Ce concert est le spleen grandeur nature, celui qui vous serre le cœur de sa main gelée mais paradoxalement vous laisse la bouche ouverte comme dans un orgasme auquel on n'aurait rien compris, essoufflant de douceur et de sensations.

Pompeux d'engager un orchestre ? Brillant au contraire. Le contrat signé entre PORTISHEAD et Nick Ingnam, qui dirige les musiciens, est sans doute une des idées les plus géniales du XXème siècle. Les instruments classiques ne viennent jamais troubler l'équilibre des morceaux originaux, mais en renforce les ambiances. L'outro de « Mysterons » n'a jamais sonné avec autant de gravité qu'à New-York ce soir-là, lorsque « Half Day Closing » parvient à un sommet d'errance et de léthargie. Plus loin, les amoureux que nous sommes prendront la claque qu'ils n'attendent qu'à moitié sur la célébrissime « Glory Box », mille fois supérieure à l'original qui plaçait déjà, inutile de le rappeler, la barre très haut. Pas question toutefois de rester dans la complainte durant toute la durée du live et PORTISHEAD voit sa chanteuse appeler à une révolte contre la mélancolie qui ne cesse de grandir pour parvenir à reprendre confiance sur « All Mine », fausse joie certes, mais salvatrice. Carrément hautaine sur « Over », sublimée par un climat de plus en plus hostile, Beth nous regarde désormais de haut, et s'éloigne avec fierté. C'est fini, elle n'a plus rien à nous donner, faut-elle qu'elle s'énerve pour nous le faire comprendre ? Trop tard, « Sour Times » s'achève et l'Anglaise explose enfin, c'est sa libération. Derrière, Geoff prend peur et cogne comme un dératé, tandis qu'Adrian fait hurler sa guitare pour mieux s'échapper de cette masse sonore où il commence à se noyer.

Les spectateurs qui ressortent du Roseland en cette chaude soirée du 24 juillet 1997 ont les yeux qui brillent. L'espace d'un soir, ils furent tous dans un monde noir et blanc, glacial, contemplant Beth Gibbons jusque dans ses moindres sursauts d'affliction et d'orgueil. La plupart achèteront l'enregistrement qui en aura été fait l'année suivante, auquel fut adjoint deux autres morceaux entendus à Kristiansand et San Francisco la même année. « Roads », thrène languissante qui en bouleversera plus d'un, devient d'ailleurs l'un des plus impressionnants moments du disque et « Strangers », plus rythmée et plus typée hip-hop, le conclut avec une étonnante puissance. Ce qui ne gâche rien, car même sans cela, Roseland NYC Live aurait été le meilleur album de PORTISHEAD.

Mais bon sang, n'y-a-t-il personne pour me prêter sa polaire ?

5/5
Dernier détail : le live a également été filmé et est disponible en DVD. Il comporte plus de morceaux et quelques bonus, tel que le court-métrage To Kill A Dead Man réalisé par PORTISHEAD eux-mêmes.

A lire aussi en TRIP-HOP par JOVIAL :


PORTISHEAD
Portishead (1997)
En noir et blanc, cigarette à la main.




TRICKY
Maxinquaye (1995)
Spécial Semaine Boîte à Demandes !


Marquez et partagez





 
   JOVIAL

 
  N/A



- Adrian Utley (guitare)
- Beth Gibbons (chant)
- Geoff Barrow (batterie/claviers)
- + Orchestre
- + Nick Ingnam (direction)


1. Humming
2. Cowboys
3. All Mine
4. Mysterons
5. Only You
6. Half Day Closing
7. Over
8. Glory Box
9. Sour Times
10. Roads
11. Strangers



             



1999 - 2021 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod