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- Membre : Ian Gillan

Colin TOWNS - Full Circle (1978)
Par AIGLE BLANC le 1er Octobre 2014          Consultée 907 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Rares sont les musiciens composant pour le 7°art qui doivent leur réputation à la magie d'une seule BO. Colin Towns figure dans cette catégorie d'artistes. "Full Circle" compte depuis 38 ans parmi les BO secrètes les plus jalousement défendues par les heureux possesseurs du vinyle édité à l'époque par Virgin. Vinyle aujourd'hui difficile à dénicher. Le film éponyme sorti en France sous le titre "Le Cercle Infernal", lui aussi devenu introuvable, jouit d'une réputation flatteuse chez certains cinéphiles, notamment chez le cinéaste français Pascal Laugier, réalisateur de "Saint-Ange" et "Martyrs", qui le cite volontiers comme sa référence.

Le film du britannique Richard Loncraine, récompensé en 1978 par le Grand Prix du Festival d'Avoriaz a sombré aujourd'hui dans les limbes de l'oubli, à cause d'une déplorable "cabale" de la presse cinématographique qui l'a traité comme un vulgaire avatar du "Rosemary's Baby" de Roman Polanski. Le cinéaste, après ce coup de maître, n'a plus beaucoup produit pour le cinéma, quelques films obscurs touchant à la comédie ("Drôle de missionnaire"), à la romance sentimentale ("Wimbledon"), au thriller psychologique ("Brimstone And Treacle", avec Sting dans le rôle principal) et même une curieuse adaptation du "Richard III" de Shakespeare dont l'action est transposée pendant la seconde guerre mondiale. Au mieux, son expérience à la télévision lui confère une réputation de solide artisan.

On ne peut pas dire non plus que le compositeur britannique Colin Towns jouisse d'une réelle renommée. Après "Full Circle", il a écrit d'autres musiques de films passées inaperçues pour la plupart. En revanche, il est loin d'être un inconnu. Sa principale carrière musicale, il la doit au Gillan Band, le groupe de Ian Gillan (oui, le chanteur de Deep Purple) au sein duquel il a officié comme claviériste et flutiste entre 1975 et la première moitié des année 80.
Le plus remarquable dans cette histoire, c'est que la BO de "Full Circle" représente dans la carrière de Colin Towns ce que le film éponyme représente dans celle de Richard Loncraine : un chef-d'oeuvre.
C'est un souci de justice qui anime donc la présente chronique, la volonté de rendre à cette oeuvre le rang qui lui revient.

Il n'est pas nécessaire d'être collectionneur de BO pour s'intéresser à ce très beau disque. Si vous aimez le son vintage des synthétiseurs et autres appareillages électroniques des années 70, celui-ci ne manquera pas de vous séduire, ne serait-ce qu'en découvrant en Colin Towns un orfèvre dans le maniement des claviers. La finesse de son jeu est suffisamment rare pour être mentionnée.

"Full Circle" est d'abord un roman fantastique de Peter Straub, son premier à avoir été adapté au cinéma. Il s'inscrit dans la tradition gothique de la Ghost Story, proche dans l'esprit des nouvelles fantastiques de Henry James. Fidèle au roman, le film suit le parcours tragique de Julia traumatisée par le décès accidentel de sa fille Kate dont elle se sent responsable. Elle quitte alors le foyer conjugal pour emménager dans une résidence londonnienne de type victorien. Naturellement, cette maison s'avère rapidement hantée par l'esprit d'un enfant qui y a trouvé la mort trente ans plus tôt dans des circonstances mystérieuses. L'enquête de Julia pour comprendre ce qui s'est passé dans sa nouvelle demeure la conduira jusqu'aux confins de la folie, à moins que ce ne soit une affaire de possession, ambiguïté que l'histoire ne résolvera jamais.
Le cinéaste Richard Loncraine doit la réussite de son film à trois facteurs d'égale importance : l'interprétation exceptionnellement habitée de Mia Farrow (à mon sens le meilleur rôle de sa carrière), la douceur faussement sereine de sa mise en scène (jouant avec un rare bonheur du hors champ) et la musique de Colin Towns épousant la tonalité mélancolique du film tout en ménageant des plages de menace diffuse.

Le mot a été lâché plus haut : ambiguïté. Il est la clef de voûte du disque dans la mesure où tout l'art de Colin Towns consiste à le transposer musicalement. Ainsi, cette BO, épousant les circonvolutions sournoises d'un récit plus complexe qu'il n'y paraît, se joue des contrastes entre la douceur apparente des climats (l'essentiel des compositions s'apparente à de jolies comptines) et la menace sourde que fait peser la présence indicible tapie au tréfonds de la demeure. L'album exécute un authentique numéro d'équilibriste en déployant une palette d'émotions contradictoires : l'inquiétude et la sérénité, la tendresse et l'insanité. On pourrait craindre une oeuvre disparate, or il n'en est rien. Elle s'écoute sans heurt, avec une fluidité étonnante : les émotions contradictoires qu'elle génère se mêlent quelquefois au sein d'une même composition. Ainsi, tel titre qui vous attendrit un jour peut vous glacer le sang le lendemain. Tout dépend de votre humeur du moment.
Organisons les 9 plages de l'album en deux séries qui se distinguent par leur mode de composition. D'un côté, le groupe des comptines (Full Circle 1 et 2, Park, Kate, Olivia et Love Scene), de l'autre celui des titres menaçants ou dépressifs (Inside The Mental Home, The Seance et The Unwelcome Intrusion).
Les comptines se signalent par une identité formelle : une introduction acoustique (le piano pour la plupart) relayée par un synthétiseur qui reprend en l'amplifiant le thème introductif. Cela permet à Colin Towns de souffler le chaud et le froid en permanence, soit que les synthés insufflent à la mélodie initiale une étrangeté qui finit par la pervertir subtilement, soit que le piano se charge d'une menace sourde, comme c'était fréquent dans les films d'épouvante des années 70 (cf les comptines malsaines des Goblins et le piano angoissant du "Changeling" de Peter Medak), tandis que le synthé à la sonorité plus soyeuse vient en adoucir les angles. Des 5 titres de cette série, nous retiendrons le plus obsédant et le plus beau : "Full Circle" qui ouvre et cloture le disque, le thème marquant du film ayant fait l'objet à l'époque d'un 45 tours légitime. Cette mélodie inocule à l'auditeur une acoutumance qui frise l'envoûtement. Un coup de génie (et je pèse mes mots). L'album la décline selon deux variantes, la seconde qui accompagne le générique de fin étant de loin la plus spectaculaire avec ses choeurs synthétiques qui dramatisent la composition avant d'être assommés par des coups de cloche comme des battements cardiaques s'amenuisant jusqu'à l'extinction. On pense alors à la conclusion du "Tubular Bells" de Mike Oldfield. Il est dommage que le disque n'ait pas conservé la version du film qui, pendant le pont, accentuait la dimension enfantine par l'adjonction d'un xylophone et d'une flûte avant l'apothéose finale. "Kate" et "Park" évoluent dans les mêmes sphères à la fois tendres, étranges et mélancoliques. Le sensuel "Love Scene" doit son originalité au choix d'une flûte solo avec laquelle un synthé vient dialoguer en canon pour former une polyphonie émouvante. "Olivia" est le seul titre chanté de l'album, absent du film. Ce choix n'est pas des plus heureux, Colin Towns n'ayant pas une voix extraordinaire. Cependant, le morceau est rattrapé in fine par une longue partie instrumentale où le piano en apesanteur diffuse au compte goutte une angoisse indicible.

Le second groupe des titres accorde une large part à l'improvisation et à l'expérimentation. Ce sont des plages beaucoup plus ambient, sans mélodie particulière, où les synthés se font parfois plus grinçants. Soyons juste : ce n'est pas le plus original de ce disque, mais cela reste efficace et bien exécuté, d'autant que Colin Towns reste seul maître d'oeuvre. "Inside The Mental Home" martelle ses notes de piano agressives pour traduire l'atmosphère de la séquence où Mia Farrow se rend dans un centre psychiatrique. La tonalité dépressive est bien rendue aussi par ces bruits de pas s'éloignant dans le couloir avant le claquement d'une porte que l'on referme. Effet glaçant garanti! "The Seance" avec son piano lourd et grave dépeint la séance de spiritisme qui se tient dans la demeure de Julia. La composition flirte avec la musique contemporaine en proposant une symphonie lugubre de sons parfois crispants, notamment ces frottements métalliques qui zèbrent l'espace sonore. Frissons garantis ! "The Unwelcome Intrusion" propose une expérience similaire aux deux précédemment citées.

"Full Circle" reste à ce jour la plus belle musique qu'un film fantastique ait pu m'offrir.

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   AIGLE BLANC

 
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- Colin Towns (tous les instruments, voix, percussions)
- Mark Nauseef (percussions additionnelles)


1. Full Circle (main Theme)
2. Park
3. Inside The Mental Home
4. The Seance
5. Kate (opening Sequence)
6. Olivia
7. Love Scene
8. The Unwelcome Intrusion
9. Full Circle (everything's Right Now)



             



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