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CUBANATE - Cyberia (1994)
Par BAAZBAAZ le 5 Novembre 2005          Consultée 3582 fois

Le grand bond en avant. Le son, l'écriture, la maturité. Cubanate ouvre une brèche entre ce disque et le précédent. Au passage, on perd la spontanéité et l'hystérie. Mais c'est le prix à payer pour ce monument electro-indus qui va traumatiser une génération déjà laminée par le Broken de Nine Inch Nails. L'écart est incommensurable. D'abord parce que Cyberia est le premier véritable album du groupe. Le précédent n'était que la collection sale et tragique des divers morceaux lâchés sous les stroboscopes au hasard des dance-floors sinistres de Londres. Maintenant, on passe aux choses sérieuses. La tournée éclectique et audacieuse avec Carcass – alors maître du death/grind – a été un désastre à la limite de la guerre civile, et n'a fait que renforcer la haine rageuse et implacable qui sert de source d'inspiration à Marc Heal et Phil Barry. Mais cette fois, la colère va se faire inexorable, moins urgente, plus lourde, plus profonde. Les cris de douleur d'Antimatter font place à la longue menace exaspérée d'un chant plus rauque et chaud, moins strident que par le passé, découpé à la hache par les blast-beats cinglants de la techno hardcore. Cubanate trouve son style, invente un monde, une ambiance.
Pour autant, rien dans sa musique n'est apaisé. A une intro informe et inaudible succède brutalement l'incroyable et détestable « Oxyacetylene », premier single de l'album : l'une des meilleures chansons du groupe. Soudain, on a compris. C'est la division supérieure. Le son est éclatant, ciselé et moderne, il ne vieillira pas. Le couplet s'écrase contre le staccato exaspéré de la boite à rythme et le refrain s'arrache à l'attraction terrestre. Jeté à la figure, craché sur le chaos électronique. Je vais te briser, tu vas me payer ça. Le ton, lui, n'a pas changé. Le désir de blesser, la joie dans la détestation. Voilà l'un des tubes qui ont fait l'histoire de l'indus.

Ce n'est pas le seul. Deux autres morceaux viennent renforcer la conviction de tenir un disque qui va marquer son époque d'une empreinte en forme de fracture ouverte. D'abord « Industry », charge métallique, montée en puissance sadique d'un riff primitif et incandescent, harcèlement borné d'un refrain lapidaire : le disque se termine comme il a commencé, en faisant mal. Il n'a duré que l'espace de neuf chansons. Après, on se contente de suivre la tradition du remix. Sans intérêt et sans importance. Le format est court, net. La créativité ne se dilue pas dans une succession interminable de plages monotones. Tant mieux. D'autant qu'au milieu du disque trône le roi des rois, terrible monolithe planté sur une plaine aride et désertique, « Human Drum » et son long crescendo désincarné, ses guitares linaires, son tempo lancinant et fou. Et les provocations de Heal, dont la hargne devient presque mélancolique, désespérée. Ce morceau est une fatalité. Une interminable faille sonore.
C'est aussi l'apogée d'un style que Cubanate expérimente sur d'autres chansons, mais sans forcément atteindre un tel génie. On pense à « Hatesong », au titre évocateur, et cette sorte d'uniformité impitoyable, cette régularité un peu injurieuse qui s'en dégagent. Rien à faire : le groupe ne commet plus d'erreurs. On lui pardonne même cette incursion sur les terres de Trent Reznor avec « Skeletal », tant la recette a été comprise et appropriée. C'est au moins l'occasion d'une certaine diversité, une façon de prouver sa maîtrise des multiples facettes de la musique industrielle. L'album précédent était un bloc sans nuance, celui-là respire. Dans les deux cas, la techno prend une place décisive alors que le metal n'est que sporadique, sans jamais devenir un ingrédient à part entière. Les guitares insistent, s'imposent, mais pas sous la forme de ces riffs bétonnés et outrés qui caractérisent à la même époque la musique de Ministry.

Important par son contenu, cet album l'est aussi par son contexte historique : celui d'un certain âge d'or de l'indus dans la première moitié des années 90. Ministry semblait – triste illusion – intouchable, NIN commençait son ascension gracieuse et fiévreuse tandis que Joakim Thaström, l'infâme punk suédois, se taillait un royaume cinglé avec Peace Love & Pitbulls. Il n'y avait alors rien à écouter de plus violent et de plus extrême, de plus marginal et de plus branché que cette quête d'un impossible compromis entre techno, rock et electro. Au milieu, bien droit sur ses pieds et les poings serrés, Cubanate n'usurpait pas sa place au banquet. Peut-être ne se sont-ils pas goinfrés autant que d'autres – autant qu'un Reznor embourgeoisé ou qu'un Jourgensen vidé de son art – mais cela leur a permis au moins de toujours conserver ce côté sulfureux et dérangeant : ce malaise qui accompagne encore les plaintes aigries et arrogantes du groupe. Tant pis pour le succès et les tournées américaines. C'est d'une musique de l'ombre dont il est question ici.
Cubanate, détesté avec Antimatter, trop incorrect pour les timides, se gagne quand même une respectabilité avec la sortie de Cyberia, amorce d'une carrière brève et fulgurante qui se terminera quatre ans plus tard. Le temps de deux autres albums réussis mais qui ne réitéreront pas forcément la fulgurante évolution accomplie ici. D'un seul coup, une autre façon de faire de l'indus – un style déjà riche et polymorphe – est apparue. Un tonnerre hardcore, un chant à l'arraché, l'hypnose des épopées synthétiques. Et la fierté et le dédain d'un groupe qui sait que le plaisir d'être haï vient du plaisir de haïr à son tour.
Si cela tente quelqu'un.

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   BAAZBAAZ

 
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- Marc Heal (chant, programmation)
- Phil Barry (guitare, programmation)


- cyberia
1. Cyberia
2. Oxyacetylene
3. Hatesong
4. Build
5. Transit
6. Skeletal
7. Human Drum
8. Das Island
9. Industry
10. Hatesong
11. Oxyacetylene [extended]
12. Oxyacetylene [extended Mix]
13. Skeletal [remix]
14. Body Burn [julian Beeston Mix Extended]



             



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