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NEW-AGE/AMBIENT  |  STUDIO

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1984 The Pearl
 

- Style : Steve Roach , Roger Eno
- Style + Membre : Brian Eno , Robin Guthrie & Harold Budd

HAROLD BUDD & BRIAN ENO - The Pearl (1984)
Par AIGLE BLANC le 13 Novembre 2014          Consultée 1546 fois

La première collaboration entre Brian Eno et Harold Budd remonte au volume 2 de la série AMBIENT intitulé The Plateaux Of Mirror, l'un des plus réussis de la quadrilogie. The Pearl, paru quatre ans plus tard, est beaucoup moins connu. Pourtant, on y retrouve les mêmes ambiances intimistes et éthérées. Eno dessine avec ses traitements sonores le même caisson d'isolation qui confère aux notes éparses du piano de Budd un caractère introspectif. Si The Pearl reste plutôt confidentiel, c'est peut-être parce qu'il n'appartient pas à la collection AMBIENT instiguée par Eno. Il est clair que Brian ENO jouit d'une belle réputation dans le milieu de la Pop Music (Il a produit entre autres David BOWIE, U2 et The TALKING HEADS). Son partenaire américain n'affiche pas un tel palmarès, lui qui évolue dans le cercle moins médiatisé de la musique minimaliste fortement teintée d'Ambient, même si sa carrière partage des similitudes avec celle d'Eno. Comme ce dernier, H.Budd affectionne les collaborations musicales (avec Andy Partridge, Hector Zazou, Clive Wright, Eraldo Bernocchi, Robin Guthrie...) Il n'a jamais non plus fait partie d'un groupe de Rock aussi populaire que Roxy Music, ce qui peut expliquer la modestie de sa notoriété.

Comme The Plateaux of Mirror, The Pearl me semble appartenir davantage à la discographie d'Harold Budd : en effet, ses albums solo ne sonnent pas très différemment de celui-ci. Quant aux efforts solo de Brian Eno, du moins ceux qui s'inscrivent dans sa veine Ambient, ils ne contiennent pas autant de mélodies (Discreet Music, Thusday Afternoon). Dans la collaboration des deux musiciens, le piano de Budd est vraiment mis en avant, ce qui explique pourquoi sur la pochette Budd est cité en premier. Même s'il est précisé que les titres sont co-composés, je me permets de penser que l'investissement créatif d'Eno ne dépasse pas le cadre de son travail de producteur, à savoir celui de tisser le background idéal à la musique de son partenaire. Je reconnais ainsi que les disques solo de Budd n'offrent pas un arrière-plan aussi riche.

Une oreille peu attentive pourrait conclure hâtivement que les nouvelles compositions du duo n'apportent rien de nouveau. On y apprécie les mêmes notes éparses du piano de Budd qu'Eno étire dans un nuage permanent d'échos. On se laisse bercer par l'intimité de mélodies dépouillées frémissantes de sensibilité. Les fans d'Ambient Music, en terrain familier, goûtent la délicatesse d'une musique dont l'élégance réside dans sa propention à se fondre dans l'atmosphère jusqu'à se faire oublier. L'auditeur peut alors y plaquer ses réflexions personnelles ou l'écran de ses songes. A ce titre, The Pearl s'apprécie comme n'importe quel disque d'Ambient.

Et pourtant, c'est le meilleur moyen de passer à côté de l'essentiel. Les compositions sont tellement minimalistes que leur coeur névralgique peut échapper à l'auditeur. Cette musique apparemment douce berne la plupart de ceux qui l'écoutent. Que se passe-t-il alors ? Laissez-moi vous guider pas à pas. Installez-vous dans votre salon, confortablement calé dans votre fauteuil préféré. Découvrez la pochette du disque signée Russel Mills, comme l'était celle des Plateaux Of Mirror. Déjà, vous constatez le fossé entre ces deux pochettes aux chromatismes aux antipodes l'un de l'autre. Le jaune de l'émotion a laissé place ici à la sombre douceur de la nuit dont l'empreinte bleutée recouvre l'espace à la manière d'une encre qui aurait déversé sa tache sur le dessin initial. Ledit dessin initial est visible au dos de la pochette, lumineux, clair, onirique... apaisant. Mais il est là encore grignoté par une surface ténébreuse constituée de petits cailloux charbonneux. Et perdue au bas de cette surface sombre, se cache la perle du titre, perceptible à condition de fixer son attention sur l'image au lieu de la balayer du regard. L'oeuvre de Russel Mills détient la clef de l'album. Si vous laissez flotter votre esprit sur la musique, vous raterez la perle, autrement dit son âme.

Parcourons à présent le champ lexical de quelques titres : "Late October". Si vous connaissez le roman "La foire des ténèbres" de Ray Badbury, vous savez que le mois d'octobre est le plus ténébreux de l'année, ce que confirme "Le pays d'octobre", son recueil de nouvelles le plus inquiétant. "An Echo of Night" évoque aussi la cape soyeuse de la nuit, l'écho pouvant présager l'orage lointain dont la menace pèse sur ladite composition. "Foreshadowed" vous engloutit littéralement dans sa masse d'ombre jusqu'à vous glacer d'effroi. "Dark-Eyed Sister" vous met en garde, sous son apparente discrétion. Réfléchissez à deux fois avant de vous approcher innocemment de votre soeur, surtout quand elle vous scrute de ses yeux d'ébène. Vous avez compris maintenant que pénétrer dans cet album équivaut à s'engager dans un territoire ambigu, celui des fantasmes et des cauchemars. Une nuit opaque que ne vient même pas trouer l'argenterie de Dame Lune. La solitude de la nuit. Ses silences et ses respirations aux confins de l'inquiétude.

Ce qui frappe à l'écoute de ces onze compositions pour piano électrique et traitements électroniques, c'est le iatus entre la brièveté des titres (entre 2 et 4 minutes chacun) et le temps infini que met le piano à déployer les mélodies. Harold Budd non seulement joue sur les silences, comme à son habitude, mais Brian Eno par un effet de réverb' permanent prolonge chaque note jusqu'à son expiration. Il s'agit donc d'une oeuvre à la lenteur hypnotique comme le sont souvent les musiques Ambient. La sensibilité que dégageait The Plateaux of Mirror est ici davantage intellectualisée. A s'y pencher davantage, c'est l'inquiétude qui suinte le plus de ces mélodies faussement apaisantes tel un virus pernicieux.

Dans "A Stream With Bright Fish", le piano délivre des arpèges qui transpercent le rideau de la nuit qu'Eno évoque par des sons de grillons répétés à l'infini. Les échos du piano suspendent le temps tout en maintenant sporadiquement un vague sentiment d'appréhension.
"Silver Ball" déroule ses notes régulières, et en même temps trouées de silence, que de subtiles variations d'octaves teintent d'une angoisse diffuse.
Le piano électrique d'"Against The Sky" trouve des consonnances percussives dont l'écho se meurt dans un gouffre de silence rendu opaque par la quasi absence du background sonore d'Eno.
Le sommet ténébreux de l'album est atteint avec "Dark-Eyed Sister" et sa mélodie en mode mineur dont la lenteur exacerbe le lancinant leitmotiv qu'exécute le pianiste avec une diabolique nonchalance. L'atmosphère ploie sous la solennelle noirceur du piano, tandis que les synthés d'Eno, à peine audibles, suggèrent tout un réseau sonore qui étire la mélodie pour l'emmener dans une autre dimension. Je ne connais rien de plus délicieusement troublant que ce titre vicieux.
"Foreshadowed" constitue l'autre pic du disque. Budd répète des arpèges dont la plainte se répercute jusque dans ses échos amplifiés. La mélodie peine à prendre son envol, toujours bloquée sur cette série de notes qui voudraient pourtant s'affranchir de l'emprise maléfique qui la hante.
"An Echo of Night" bénéficie du travail incroyablement subtil d'Eno qui joue avec les textures pour recréer une faune tapie dans l'ombre. Un lourd mystère plane durant les 2 minutes de cette respiration nocturne.
The Pearl se conclut par "Still Return", assurément le titre le plus éthéré, où le piano ne cherche plus l'alibi d'une vague mélodie et où les traitements électroniques d'Eno à mille lieues des contingences terrestres semblent avoir été absorbés par l'atmosphère qu'ils génèrent.

Si vous déplorez le manque de personnalité de la musique Ambient traditionnelle, faites un détour par The Pearl. Vous serez immergé dans un espace zébré de mystères, traversé d'appréhensions et d'inquiétudes, dont la puissance évocative n'a d'égale que l'économie des moyens mis en oeuvre : très peu de notes et une sobriété des effets jamais prise en défaut. Un très grand disque d'Ambient.

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   AIGLE BLANC

 
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- Harold Budd (pianos acoustique et électrique)
- Brian Eno (traitements électroniques)


1. Late October
2. A Stream With Bright Fish
3. The Silver Ball
4. Against The Sky
5. Lost In The Humming Air
6. Dark-eyed Sister
7. Their Memories
8. The Pearl
9. Foreshadowed
10. An Echoofnight
11. Still Return



             



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