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- Style : Tangerine Dream, Brian Eno , Klaus Schulze , Harold Budd & Brian Eno

Steve ROACH - Midnight Moon (2000)
Par AIGLE BLANC le 4 Juillet 2016          Consultée 434 fois

Steve ROACH fait partie de ces artistes qui creusent inlassablement le même sillon depuis plus de 30 ans. Sa démarche ne peut être appréciée à sa juste valeur que si l'on admet, comme lui, que sa musique ne répond pas à des critères de qualité. En effet, il n'est pas musicien à se préoccuper de sa carrière pour laquelle il n'établit aucun plan. Compositeur instinctif, et totalement habité par sa musique, il délivre une quantité phénoménale d'albums qui s'offrent comme autant d'instantanés de ses humeurs. Sa création en quelque sorte donne à entendre le monde dans lequel il vit. Ou plutôt celui qui résonne dans chaque fibre de son enveloppe charnelle.
Chez lui, exécution et enregistrement vont de pair : chaque opus est le reflet de l'instant au cours duquel il a été créé. Steve Roach s'enferme dans son studio Timeroom, branche ses machines et se laisse porter par la magie du moment.
Sa préférence le porte nettement vers les heures silencieuses de la nuit, quand la rumeur du monde en s'endormant laisse la place aux sensations et aux images subliminales qui habitent le musicien. Quand il se laisse guider par ses machines électroniques, c'est un monde d'une richesse inouïe qui se déploie dans l'espace et le temps.

Après avoir chanté les magiques paysages de son Arizona natale dans les albums Western Spaces (1986) et Desert solitaire (1989), après avoir ranimé l'âme des Amérindiens en interrogeant la paroie rocheuse des grottes dans Forgotten Gods (1990), Ritual Ground (1993), Well of Souls (1995) et The Serpent's Lair (1999), après avoir tutoyé les chamanes aborigènes dans les très didgeridiens Dreamtime Return (1988), Origins (1992) et Artifacts (1994), le voici en orbite autour du satellite préféré de notre planète qu'il doit passer des heures à contempler assis dans le désert de Tucson au cours des nuits fraîches d'été.

Si l'on devait classer Midnight Moon dans sa discographie, on pourrait le coupler avec l'impressionnant The Magnificent Void (1996) qui pénétrait le vide astral et transformait n'importe quel dortoir de pacotille en un fascinant planétarium. Etrangement, si sa musique s'inspire du séminal Zeit (1972) de TANGERINE DREAM, l'espace n'est presque jamais une source d'inspiration dans ses disques, en dehors des deux albums précités bien entendu.
Avec Apollo (1983), Brian ENO avait déjà rapporté de son voyage vers la lune une musique en apesanteur particulièrement belle et plutôt mélodique. Steve ROACH, lui, délaisse tout déploiement mélodique au profit d'un espace sonore éthéré et creusé d'un vide insondable. Dans une atmosphère lunaire (c'est le cas de le dire), cotonneuse et trompeuse, qui défie le temps et l'espace au gré de compositions informes et incertaines, l'artiste réussit encore l'exploit de créer une musique unique, insaisissable, mystérieuse, envoûtante, immersive, aux tons de bleu et de noir traversés par la luminescence de l'astre. Notons, comme c'est souvent le cas dans sa discographie, la pertinence de la pochette. La lune s'y montre encerclée dans une spirale liquide qui semble tournoyer en la choisissant pour cible de convergence.

Midnight Moon présente une surprise de taille : en lieu et place de l'habituel attirail électronique, Steve ROACH a recours cette fois à une guitare électrique "traitée", un Ebow et une basse fretless. Ne vous attendez pas pour autant à un festival de guitares comme nous y convie par exemple Mike OLDFIELD. La guitare, ROACH la triture, la malaxe, la traite d'une façon iconoclaste, sans aucun souci de sonner "guitare" justement. Aucune ressemblance non plus avec la démarche expérimentale très sérieuse de Robert FRIPP qui aime lui aussi à déformer notre perception sonore de l'instrument. Rien d'aussi technique dans la démarche du musicien américain qui joue de la guitare avec la candeur d'un enfant inexpérimenté. La résonance des cordes et la brume qui enveloppe chacune de leurs notes créent souvent l'illusion de claviers électroniques. Trois titres présentent une utilisation singulière de la guitare électrique. Le premier "Midnight Loom" nous plonge dans un océan de tranquillité où la guitare, par la lenteur de ses cordes en arpège, crée un effet étonnant de balancement et de suspension qu'accentue l'inlassable répétition d'un motif de 7 notes. "Later Phase", le pendant de "Midnight Loom" parce que construit sur le même motif, bénéficie quant à lui d'un arrière-plan où dominent des sons de basse fréquence pour un effet très proche du drone. Tandis que"Broken Town", un peu plus classique dans son traitement, livre le produit d'une guitare hantée que démultiplient plusieurs pistes en canon. Effet ensorcelant garanti.

Par ailleurs sinon, nous retrouvons le style et les caractéristiques du son ROACH qui se déploie avec une lenteur quasi hypnotique (chaque piste commençant par un pseudo silence pouvant durer jusqu'à deux minutes, mais qui n'est en fait qu'un très lent fade à l'envers) en jouant de la subtilité des timbres et de la finesse des arrangements. Pour complexes que soient ces derniers, ils donnent une impression paradoxale d'évidence et de tranquillité. Encore une fois, les titres s'écoulent selon une tonalité unique, à la fois sombres et poétiques. Rien ne viendra perturber l'ambiance trouble amorcée dès l'ouverture "Ancestors Circles", que ce soit la fantomatique "Deadwood", la solennelle "Hope" ou la délicate "Moon and Star", parfaite conclusion où la guitare pleure ses larsens mélancoliques tandis que l'arrière plan sonore encore une fois défie les lois de l'entendement par la richesse de ses nappes nébuleuses.

Dans la pléthorique discographie de Steve ROACH, Midnight Moon occupe une place de choix. C'est l'album que je conseille à tous ceux qui, séduits par l'ambient, reprochent souvent à ce type de musique sa facilité et son inconsistance. Quand elle est transcendée par la richesse visionnaire d'un tel artiste, elle ne peut que fasciner en défiant l'analyse.
Attention toutefois, l'absence totale de percussions et de batterie risque de faire fuir ceux qui ne conçoivent pas la musique autrement qu'en rythme. Si vous êtes de ces gens-là, alors reportez-vous plutôt aux albums Artifacts, Origins, The Serpent's Lair ou Halcyon Days qui explorent les rythmes chamaniques avec une puissance incantatoire souvent hallucinante.

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   AIGLE BLANC

 
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- Steve Roach (ebow, guitare électrique et basse fretless traitée)


1. Ancestors Circle
2. Midnight Loom
3. Deadwood
4. Broken Town
5. Hope
6. Later Phase
7. Moon And Star



             



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