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1994 1194

WOOB - 1194 (1994)
Par AIGLE BLANC le 11 Avril 2016          Consultée 845 fois

Mais c'est quoi cette pochette à la noix ? Franchement, ces quatre empereurs sur la banquise, c'est d'un goût ! Serait-ce pas un attrape-nigaud opportuniste surfant sur le succès planétaire de La Marche de l'empereur de Luc Jacquet, vous savez ce documentaire oscarisé et mis en musique par EMILIE SIMON ? Et c'est qui Woob ? Vous connaissez vous cet olibrius ? Moi pas. 1194, c'est un titre ça ? Si ça voulait faire penser au fameux 1492 de Ridley Scott, c'est loupé de loupé !

Du calme, chers amis. Ce n'est pas parce que Woob sonde l'abîme de votre ignorance que 1194 ne mérite pas votre attention. A Forces Parallèles, nous défendons la musique en honnêtes généralistes que nous sommes. Quand vous trouvez dans nos chroniques la confirmation de vos coups de coeur, nous en sommes ravis, mais rien ne nous tient plus à coeur que vous guider sur les traces d'un disque méconnu.

1194 renvoie en fait au premier enregistrement du label em:t de l'année 1994. En effet, les disques de ce défunt label anglais spécialisé dans l'Ambient étaient identifiés par le chiffre correspondant à l'ordre d'enregistrement au sein d'une année (00, 11, 22...) suivi du chiffre correspondant à l'année de l'enregistrement (93, 94, 95...). Il n'y a donc aucun opportunisme dans la démarche des Designers Republic, la boîte préposée à la conception de ladite pochette, le film La marche de l'empereur n'étant sorti au cinéma qu'en 2004, soit 10 ans plus tard. D'ailleurs, les autres titres de ce label à forte identité se reconnaissent à leurs 26 pochettes décalées ornées d'une photographie animale (grenouilles, criquets, méduse, caméléon, perroquet, loup...) souvent prise en macro. Em:t, malgré sa brève existence, a laissé une empreinte très forte dans la musique électronique des années 90. Comme ceux de son confrère allemand ECM, grand spécialiste du jazz contemporain, les enregistrements d'em:t jouissent d'une solide réputation du point de vue technique, le label ayant inauguré le Roland® Sound Space 3-D sound imaging system, nouvelle technique de spatialisation du son dont le meilleur représentant reste l'opus qui nous intéresse ici.

Derrière Woob, se cache Paul Frankland, un musicien anglais dont la musique peut être perçue comme la bande sonore d'un film imaginaire. Rappelez-vous la série Music For Films initiée par BRIAN ENO et à laquelle on pense fortement ici. Frankland réalise lui-même en live dans son studio le mixage des diverses sources sonores qu'il superpose selon la technique du dub inspirée du Raggae jamaïcain. Au moyen de samples (sons naturels, extraits de films), de beats hérités de la techno mais intégrés sans agressivité sur un rythme down tempo, de drones synthétiques auxquels il adjoint parfois des vocalises orientalisantes (la World Music battait son plein en 1994) et de mélodies enoesques, l'artiste déploie une musique cinématographique, je dirais même kaléidoscopique, qui emmène l'auditeur très loin dans son imaginaire. Pour que cette musique inventive dépasse le simple cadre de l'agréable, encore faut-il avoir suffisamment d'imagination et une sensibilité particulière aux larges espaces sonores. Si c'est votre cas, alors faites confiance à 1194 pour vous plonger dans un voyage immersif rapidement addictif, les nombreuses écoutes de ce disque ne parvenant pas à altérer le plaisir qu'il procure inlassablement.

"On Earth", la pièce maîtresse de l'album, qui justifie à elle seule son écoute, occupe près de 40% de sa durée globale. Non seulement, c'est la plus longue (32 minutes), mais c'est aussi celle qui porte à l'incandescence la démarche créatrice de son auteur. Paul Frankland s'y révèle un plasticien inspiré en juxtaposant, avec une virtuosité d'autant plus remarquable qu'elle se fait invisible, 3 ou 4 structures musicales de styles très différents. S'ouvrant délicatement sur un jeu de percussions orientales (un sample de tabla ?) et vite rejoint par des vocalises féminines à mi-chemin des voix bulgares et du chant indien, le titre trouve sans forcer un rythme incitant à la transe tandis que, prenant le relais, des choeurs synthétiques évoquant plutôt une menace divine, sur fond de dialogues pré-enregistrés, inoculent ensuite un sentiment d'attente plutôt apaisant. Ce premier mouvement, doucement coloré de divers bruitages parmi lesquels des sifflements de grillons dans une belle ambiance nocturne, est ensuite relayé par un beat chaloupé démarré en douceur mais qui envahit peu à peu l'espace sonore avec une belle ampleur que magnifie la prise de son en relief, signature du label em:t.

Pendant une dizaine de minutes, ce second mouvement se contente du beat précédemment introduit auquel s'adjoint en arrière-plan une séquence synthétique proche du son flûté de TANGERINE DREAM dans Rubycon. Et déjà, il s'agit d'un grand titre, efficace et minimaliste à la fois. L'enchaînement avec le troisième mouvement révèle l'habileté du compositeur à passer imperceptiblement d'une atmosphère à une autre avec une évidence étonnante, alors que reviennent les percussions indiennes caressées par une guitare orientale. Et nous replongeons dans une ambiance très world music, vocalises féminines y compris, qui s'efface peu à peu au profit d'une mélodie synthétique en apesanteur, rappel évidemment de certains passages du Music For Airport de BRIAN ENO. Moment délicat exécuté avec une finesse digne du VANGELIS de "Blade Runner Blues". Paul Frankland négocie alors un decrescendo envoûtant où les sons se raréfient jusqu'à flirter avec le silence. Et c'est sur ce quatrième mouvement que s'éteint "On Earth", très grande réussite dans le monde de l'Ambient, peut-être un classique ou presque.

Les cinq autres titres ne dépassent pas le pic émotionnel de cette magnifique ouverture, mais ils n'en sont pour autant pas moins dignes. Le compositeur les enchaîne admirablement même lorsqu'il aborde des territoires plus anxiogènes comme dans le troublant et mystérieux "Strange Air" constitué d'un sample de film d'horreur sur lequel se greffent des effets sonores perturbants à la limite de l'expérimental. La bande sonore filmique accompagne deux femmes perdues semble-t-il dans le repère d'un psychopathe. La frontière entre la musique du film et celle que lui accole Frankland n'est pas toujours bien définie, ce qui contribue à déstabiliser davantage l'auditeur crispé dans un état de stress permanent. "Amoeba", titre le plus court, fait résonner un harmonica alangui de style western. "Wuub", cousine de "On Earth" nous replonge avec plaisir dans une ambiance world très lounge et mâtinée d'ambient où s'harmonisent des vocalises féminines, des percussions indiennes aériennes et une ligne de synthés répétée à la manière des minimalistes. C'est simple et beau. "Emperor" clôture magiquement l'album en justifiant enfin sa pochette. En effet, un grondement sourd qui évoque celui d'une banquise parcourt l'espace sonore sur fond de bruitages animaliers. Et un synthé effilé souligne l'étrange silence de ce paysage sonore envoûtant.

Tout amateur d'Ambient et d'électro se doit de posséder 1194 dans sa discothèque.

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   AIGLE BLANC

 
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- Paul Frankland (samples, électroniques)


1. On Earth
2. Odonna
3. Amoeba
4. Wuub
5. Strange Air
6. Emperor



             



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