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CAT'S EYES - The Duke Of Burgundy (2015)
Par AIGLE BLANC le 27 Juillet 2015          Consultée 1629 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

The Duke of Burgundy de l'Anglais Paul Strickland est bien parti pour rejoindre la maudite lignée des films dont le suprême honneur consiste à avoir été projetés dans une unique salle parisienne... et encore, seulement du bout des lèvres : sait-on jamais s'il leur prenait l'outrecuidance de faire de l'ombre aux malheureux blockbusters qui ont besoin, eux, de beaucoup d'espace pour respirer ! Si la malédiction le poursuit comme les autres sacrifiés du système économique ultra-libéral, le film de Paul Strickland pourra espérer être diffusé une seule fois à la télévision, dans pas moins de vingt ans, à 0h30 sur FRANCE 3, et finir sa carrière dans une édition DVD unique, en tirage forcément limité écoulé à la vitesse de l'éclair. Et puis basta !! On n'en parle plus. Alors, si vous aimez le saphisme sado-maso, si le simple patronyme de Tori AMOS vous émeut (l'une des actrices principales est son sosie à un degré troublant), si le nom du cinéaste espagnol Jesus FRANCO éveille en vous les plaisirs coupables de votre cinéphilie déviante, alors courez voir cet ovni filmique dans la plus petite salle de votre grande ville, si par chance il y est projeté, avant qu'il ne termine prématurément broyé à la dégage-toi-un-peu-que-je-m'y-mette par un quelconque Terminator 12.

Le cinéaste Paul Strickland a confié la bande sonore au duo de dream pop CAT'S EYES. Cela tombe bien, Rachel ZEFFIRA (chanteuse et compositrice) et son accolyte Faris BADWAN (guitariste) qui avaient abordé leur premier opus comme la BO d'un film imaginaire ont enfin la primeur de poser leur dream-pop côtonneuse sur de vraies images. Vue l'ensorcelante splendeur de la photographie du film, on peut facilement imaginer le petit lait que ce fut pour notre duo de musiciens. C'est un euphémisme d'affirmer que leur musique se gorge des atmosphères raffinées et troublantes du film. Les deux artistes ont dû le visionner une bonne centaine de fois pour saisir son étrange beauté. The Duke of Burgundy est l'assez rare exemple d'une BO en totale adéquation avec son support filmique au point qu'on peut se demander parfois qui de Paul Strickland ou de CAT'S EYES a inspiré l'autre. Il semble toutefois aux dires des musiciens eux-mêmes que le cinéaste leur ait fourni des indications précises qu'ils se sont efforcés de suivre avec comme mot d'ordre général que la musique baigne dans les ambiances vaporeuses, parfois somnambuliques, la plupart du temps décalées, du film.

Une certitude : la musique et les images se génèrent réciproquement, interagissent avec une évidence totalement bluffante. Le film joue constamment avec la matière liquide des vitres ou des miroirs qui rejoint celle plus éthérée des rêves et des fantasmes tandis que le leitmotiv des papillons nocturnes (le Duc de Bourgogne est un papillon en voie de disparition) fournit au cinéaste une palette de couleurs plus mordorées en rapport avec l'atmosphère automnale des extérieurs. Avec sa folk acoustique finement teintée de classicisme dans un esprit proche des bandes originales 70' les plus sexy d'Ennio MORRICONE, CAT'S EYES trouve des correspondances musicales aux couleurs chatoyantes ou nocturnes de la photographie. Les violons et autres violes traduisent à merveille la mélancolie secrète d'une histoire d'amour déviante prisonnière de ses propres rituels sado-maso. Il y a bien une dimension orchestrale qui amplifie certains moments, mais toujours dans une tonalité mineure qui maintient le caractère onirique et confiné d'une musique envoûtante et mystérieuse.

Les instruments sont utilisés avec parcimonie, en duo voire trio : une harpe que soutient le murmure d'une flûte dans "Evelyn's Birthday". Une guitare acoustique que vient confondre un clavecin dans le délicieux "The Duke of Burgundy". La plainte solitaire d'un hautbois que caresse ensuite une flûte lumineuse dans le magnifique "Moth". La gravité suave d'un cor anglais transperçant les accords déliés d'une guitare figée dans "Door No1". Le superbe "Lamplight" creuse la douleur d'un quatuor a cordes qui s'étire ensuite en une jérémiade infiniment tragique. Rachel ZEFFIRA est bien la maîtresse d'oeuvre accomplie de cette musique de chambre sensuelle explorée avec un sens exquis du raffinement. Elle se charge en effet des compositions, du chant, des paroles et joue de plusieurs instruments : hautbois, cor anglais, piano, claviers. Ces derniers si subtilement intégrés au tissu soyeux tapissé par les cordes qu'ils se confondent avec elles. C'est encore elle qui signe les arrangements choraux et orchestraux avec une délicatesse et un goût surprenants. Cela nous rappelle que la chanteuse a une formation classique particulièrement sollicitée ici.

Sa performance vocale est aussi remarquable. "The Duke of Burgundy" est une chanson dream pop classique, au chant éthéré, délicatement teintée d'effluves des BO easy listening des films de Jesus FRANCO : avis aux amateurs de ce genre de musique vintage. "Carpenter Arrival" avec son climat suspendu et ses lignes vocales lascives s'élevant jusqu'à des vocalises opératiques exprime davantage encore son héritage 70'. On pense même aux ambiances finement néo-classiques de SAINT-PREUX (Rappelez-vous son Concerto Pour une Voix chanté par Danièle LICARI). "Evelyn's Birthday" est une chanson débutée a capella, sur un rythme langoureux, doucement relayée par une flûte, la guitare servant ici d'assise rythmique. "Requiem For the Duke of Burgundy" est sans-doute la plus belle pièce de l'album, aux choeurs féminins d'une tristesse infinie où profondeur et majesté se conjuguent avec des relents d'outre-tombe : Eros et Thanatos. Voilà bien sans-doute le fascinant programme auquel nous convie le réalisateur, enfin, le superbe titre "Coat of Arms" hanté par des voix effleurées jaillies des Ténèbres conclut de manière idéale une BO exceptionnelle.

Plus courte, la série "Door No1", "Door No2" et "Door No3" m'évoque une pièce mystérieuse drapée de gaze à travers la toile de laquelle une voix féminine dont on ne perçoit que de lointains échos essaie de passer. Les scansions vocales y sont auréolées d'une lumière spectrale, dans le plus pur style gothique des années 80' : avis aux amateurs du groupe allemand CHANDEEN. CAT'S EYES tisse de sublimes ambiances aux parures envoûtantes magnifiées par la finesse d'un enregistrement qui flatte chaque instrument et chaque inflexion vocale : le groupe peut à cet égard remercier l'excellence des studios RealWorld de Peter GABRIEL ainsi que ceux d'Abbey Road. Mais la brève durée des pistes surprend l'auditeur toujours frustré de n'avoir pu s'installer dans la contemplation rêveuse à laquelle l'invitaient pourtant des compositions au réel pouvoir hypnotique. Cruelle réalité du musicien travaillant pour un cinéaste et contraint de calibrer ses pistes à la durée de la séquence qu'elles sont censées soutenir.

Cette BO avait matière à fournir un éblouissant album d'une heure au lieu de sa rachitique demie-heure. L'auditeur a l'impression qu'on ne lui offre que des miettes. Oui mais quels restes!

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   AIGLE BLANC

 
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- Rachel Zeffira (chant, cor anglais, piano/claviers, violon/viole)
- Faris Badwan (guitare acoustique)
- Stanislas Hvarchilkov (guitare acoustique)
- Steve Osborne (basse)
- Catherine Coulter (flûte, flûte piccolo)
- Naomi Bristov (clarinette)
- Hugh Webb (harpe)
- Chris Cotte (trompette)
- Lewis Rowland (trombone)
- Grace Cockell (chœur)
- Alex Burston (chœur)
- Magda Pietraszewska (cordes)
- Charlie Cross (cordes)
- Emil Chakalov (cordes)
- Warren Zielinski (cordes)
- Kirsty Mangan (cordes)
- Rachael Lander (cordes)


1. Forest Intro
2. The Duke Of Burgundy
3. Moth
4. Door No.1
5. Pavane
6. Dr. Schuller
7. Lamplight
8. Door No.2
9. Carpenter Arrival
10. Reflection
11. Door No.3
12. Black Madonna
13. Silkworm
14. Evelyn's Birthday
15. Evelyn's Birthday (version Pour Flûte)
16. Black Madonna (version Pour Cor Anglais)
17. Night Crickets
18. Requiem For The Duke Of Burgund
19. Hautbois
20. Coat Of Arms



             



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