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Eric SERRA - Atlantis (1991)
Par AIGLE BLANC le 13 Décembre 2016          Consultée 1293 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

La collaboration artistique entre le cinéaste Luc Besson et le musicien Eric SERRA a rejoint celle, légendaire, d'Alfred Hitchcock et de Bernard HERRMANN, celles de Sergio Leone et d'Ennio MORRICONE, de Federico Fellini et de Nino ROTA, de David Lynch et d'Angelo BADALAMENTI.
Le bassiste français a ainsi composé toutes les musiques des films de son ami Luc.
En 1988, suite au succès hexagonal du Grand Bleu, tant le film que sa Bande Originale, le duo avait acquis un statut commercial que beaucoup d'artistes français, souvent dans l'ombre, peuvent encore lui envier.
Si les musiques de Nikita et de Leon ont pu elles aussi profiter d'un succès public retentissant, force est d'admettre que depuis cette parenthèse enchantée Eric SERRA est retombé dans une relative indifférence.

Atlantis occupe une place à part dans la filmographie de Luc Besson. Tout d'abord, il s'agit d'un documentaire et non d'une fiction. En l'absence du commentaire habituel accompagnant les documentaires animaliers au profit de l'unique pouvoir des images, le film constitue même une sorte de suicide commercial que le cinéaste a pu assumer grâce à sa récente notoriété construite au fil du succès de ses précédents longs métrages.
Inspiré par le légendaire Monde du silence de Louis Malle et du commandant Cousteau (Palme d'Or à Cannes en 1956), premier film à utiliser des caméras sous-marines, Luc Besson, armé de toute une nouvelle technologie qui ringardise l'oeuvre maîtresse dont il s'inspire, entend nous inviter à un voyage sous-marin jusque dans les profondeurs des abysses. S'il n'y a aucun commentaire, en revanche, un fil directeur subliminal voudrait nous guider sur les traces d'Atlantis, cité mythique s'il en est, qui aurait été engloutie sous les Océans.
Que reste-t-il aujourd'hui de ce projet digne d'un geek ? De belles images ? Certes. Mais le souvenir semble s'être éteint, y compris chez les nombreux fans du cinéaste qui citent plus volontiers Le Grand Bleu, Nikita, Léon et Le 5ième Elément parmi le quatuor magique.

Force est de reconnaître aussi que la musique d'Eric SERRA s'est noyée à son tour dans les limbes, évincée depuis par le succès des films La Marche de l'Empereur et Le Peuple Migrateur qui ont porté sur le devant de la scène de nouveaux compositeurs tels Bruno Coulais ou Emily Simon.
Pourtant, la musique d'Atlantis aurait mérité de trouver son public : elle reste en effet l'oeuvre la plus aboutie à ce jour du compositeur, la plus ambitieuse aussi puisqu'ayant nécessité les services de l'Orchestre Philharmonique Royal de Londres ainsi que le choeur des Ambrosian Singers (excusez du peu).
Contrairement à ce qui se passe d'ordinaire lorsqu'un score recourt à un grand orchestre symphonique, c'est Eric Serra lui-même qui s'est chargé des arrangements et non le chef-d'orchestre, se livrant ainsi à un réel tour de force : sculpter la masse orchestrale au point de rivaliser avec Alan SILVESTRI et James HORNER pour citer deux compositeurs hollywoodiens de référence bien connus du public.
Si vous pensez subir la prétention d'un compositeur mégalomane totalement dépassé par ses ambitions, comme s'il voulait endosser un vêtement trop large pour ses épaules, alors veuillez rester encore un moment s'il vous plaît. La partie symphonique d'Atlantis ne souffre d'aucun pompiérisme, d'aucune arrogance. Si David Bedford avait raté son adaptation orchestrale du Tubular Bells de sir OLDFIELD, Eric SERRA, lui, ne se rate pas un seul instant : ses arrangements sonnent comme un modèle d'équilibre.

La grande originalité de cet album consiste à avoir ménagé deux sections en son sein : la première de consonance symphonique qui couvre approximativement les titres 1 à 8 ; la seconde à dominante électronique qui rassemble les titres 9 à 12. La décennie 80 avait vu au cinéma la disparition de l'orchestre au profit des synthétiseurs et autres claviers électroniques. Presque toujours, ce choix était dicté par des contraintes budgétaires, l'électronique restant plus économique cela va de soi qu'un orchestre symphonique. Eric Serra, lui, pourvu d'un budget conséquent, recourt délibérément à l'électronique qu'il intègre dans sa démarche artistique non pour pallier à des insuffisances économiques mais bien au contraire pour servir le récit subliminal qui sous-tend le film, pour décupler l'impact de sa musique et guider l'auditeur-spectateur jusque dans les abysses de l'éternité.

La partie symphonique révèle en Eric Serra un compositeur certes modeste mais d'une grande finesse qui manie la masse orchestrale non pour faire du bruit mais bien pour émerveiller, pour traduire l'enchantement de l'homme pour les fonds marins. "The Creation" qui ouvre l'album épouse admirablement la pulsion de vie qui traverse cet univers invisible. Soutenues par des percussions cardiaques, les cordes répandent leur grâce majestueuse en une mélodie introductive des plus séduisantes. "The Secret Life of Angels" s'écoule avec fluidité dans une atmosphère rêveuse qui n'est pas sans évoquer par moment certains travaux orchestraux de Gabriel FAURE, possible inspiration. Les cuivres y sont particulièrement bien servis, ponctuant la composition d'une allégresse communicative quand le tissu orchestral s'amplifie. "The Snake" reste le passage le plus original du disque. La flûte d'Eric Serra (si, si vous ne rêvez pas) y ondule avec humour, charmée par un trombone qui anime l'ensemble avec une couleur orientalisante souriante. "In The Kingdom of Spirits" introduit une dimension mystique que génère le choeur des Ambrosian Singers absolument magique et propre à donner des frissons au plus endurci des athées.

La partie électronique accompagne l'évolution du documentaire qui part explorer des territoires de plus en plus profonds, donc de plus en plus vierges. Ici encore, Eric SERRA privilégie les atmosphères douces et oniriques qu'il déploie avec grand talent. Il évoque la magie des grands fonds avec plus de réussite encore que son compatriote Jean-Michel JARRE avec En attendant Cousteau sorti l'année précédente. "Down To the Unknown World" est chargé de nous y inviter avec son sens du mystère qui promet bien des merveilles. "The Legend of Manatees" distille une jolie mélodie aux synthés scintillants d'une sérénité à toute épreuve. "Shark Attack" du haut de ses 9 minutes est de loin la pièce la plus expérimentale qui joue avec des sonorités industrielles liquides pour reproduire les allers-retours d'un requin à l'affût de sa proie. Le Klaus SCHULZE de DUNE n'est pas loin. Pas vraiment de mélodie, mais un travail sur les textures très intéressant, assez angoissant même, en un mot impressionnant. L'explosion finale coïncidant avec le passage à l'attaque du requin est un moment fort inspiré dans lequel Eric SERRA rivalise avec ce que VANGELIS sait faire de mieux : nous raconter une histoire en musique dont chaque note accompagne les fluctuations narratives.
Pour finir en beauté, "The realms of Ice" offre une pièce ambient au crescendo sidérant qui propulse l'auditeur au-delà de l'infini. La montée en puissance sonore et enfin son explosion libératrice constituent un moment magique. Eric SERRA serait-il atteint par la grâce ? Aurait-il succombé à l'envoûtement des grands fonds ? Toujours est-il que cette conclusion idéale pare Atlantis l'album d'une aura unique sur laquelle le poids des années n'a encore eu aucune prise.

Eric SERRA, comme à son habitude, n'a pu s'empêcher d'intégrer à sa BO deux chansons Soul funky qui nuisent quelque peu à la cohérence de l'ensemble en brisant l'envoûtement par ailleurs si progressif des atmosphères. "Iguana Dance" et "Time to Get Your Lovin'" sont caractéristiques du style syncopé du compositeur, par ailleurs inspiré de PRINCE, ce qui devient une évidence dans le second des titres pré-cités. Deux chansons fort réussies, puissantes, pour peu qu'on goûte cette soul expérimentale.

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   AIGLE BLANC

 
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- Eric Serra (basse électrique, guitares acoustique et électriqu)
- Vanessa Paradis (chant dans 'time to get your lovin'')
- London Royal Philharmony (orchestre)
- John Altman (chef d'orchestre)
- Ambrosian Singers (chœur)
- John Mccarthy Obe (chef de chœur)


1. The Creation
2. The Secret Life Of Angels
3. Visions Of The Underway
4. The Snake
5. Iguana Dance
6. Down To The Unknown World
7. The Magic Forest
8. In The Kingdom Of Spirits
9. The Legend Of Manatees
10. Time To Get Your Lovin'
11. Shark Attack
12. The Realms Of Ice



             



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