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BLACK MERDA - Black Merda (1970)
Par LE KINGBEE le 25 Juin 2016          Consultée 1716 fois

BLACK MERDA (prononcé Black Murder) est le parfait prototype du groupe qui aurait dû cartonner mais qui a fait chou blanc. La faute à pas de chance, à une promotion en berne sans parler de la couleur de peau des quatre membres du groupe. Rappelons que la formation débute à la fin des sixties et que la ségrégation américaine s’arrête officiellement en 1967 après des années de lutte. Eh oui 1967, ce n’est pas si loin que ça mais c’est l’année où la Cour Suprême des Etats Unis jugera anticonstitutionnel le fait d’empêcher les mariages mixtes entre individus de couleurs différentes. Il y a de cela à peine 50 ans, voilà de quoi donner à réfléchir aux électeurs des prochaines élections présidentielles du pays (mais c’est là un autre débat qui n’a pas sa place ici).

Revenons à BLACK MERDA. Contrairement à de nombreux groupes de Doo-Wop montés de toutes pièces ou à certains duos de Soul fabriqués superficiellement par les maisons de disques, BLACK MERDA peut se targuer d’une plus grande légitimité. Les frangins Hawkins (Anthony et Charles) et VC Lamont Veasey (alias The Mighty V) astiquent les mêmes bancs à école. Plus tard, c’est au collège que Charles fait la connaissance de Tyrone Hite, un chanteur futur batteur.
Anthony et Hite bossent comme musiciens de studio pour le label Fortune et la maison de la famille Hawkins devient vite le lieu de rencontre des jeunes chanteurs locaux. Les quatre lascars officient dans un premier temps sous le nom des Impacts servant d’accompagnateurs à certaines vedettes de Soul (Gene Chandler, Billy Butler, Joe Tex, Jackie Wilson ou Wilson PICKETT) lorsque celles ci se produisent dans les environs ou viennent enregistrer. En 1965, Edwin Starr qui connait un gros succès avec « Agent Double Soul-O » enregistré pour le label Ric-Tic les embauche comme groupe de tournée sous le nom de The Soul Agents. Les quatre potes vont enregistrer au côté de Starr pendant près de deux ans.

Mais l’Amérique est en pleine mutation socio politique, les modes et les mœurs changent, il en va de même pour le domaine musical qui opère une mue. Depuis le début des sixties, la musique voit l’apparition de nouveaux registres : le Funk (Dyke & The Blazers, James BROWN), le Funk Psyché et le mouvement P Funk (George CLINTON, PARLIAMENT, FUNKADELIC), le Jazz Funk (Herbie HANCOCK), le Jazz Rock Fusion sans oublier l’influence de formations conjuguant Rock et Blues (CREAM, THE WHO) et surtout celle de Jimmy HENDRIX qui va révolutionner la guitare. En 1968, le groupe joue encore en backing pour Edwin Starr mais se produit désormais sous le nom de Black Murder, un nom suggéré par VC Veasey qui souhaite une corrélation avec le quotidien de la population noire de l’époque. Afin de ne pas trop choquer la conscience de l’Amérique, le groupe décide d’opter pour Merda en lieu et place de Murder, jugé trop véhément. En 1969, BLACK MERDA accompagne The TEMPTATIONS lors de ses innombrables tournées. Le groupe d’Eddie Kendricks est encore au sommet et opère un timide changement de ton intégrant militantisme politique, idéalisme psychédélique sous la houlette de Norman Whitfield. Mais ces transformations ne conviennent pas à Berry Gordy le big boss de la Motown, qui tient à préserver une image sage et lisse de ses artistes. Black Merda désireux d’évoluer n’est plus sur la même longueur d’onde. La sonorité Motown a vécu et le groupe décide alors de voler de ses propres ailes en incorporant des influences Psy et Blues à son répertoire.
Par l’entremise d’Eddie Kendricks, BLACK MERDA rencontre alors le songwriter producteur Ellington « Fugi » Jordan qui vient de se faire connaître en cosignant « I’d Rather Go Blind » hit d’Etta JAMES. Le groupe participe à l’enregistrement d’un single « Mary Don’t Take Me On No Bad Trip » couplé à « Mary- Trip Two » édité par le label Cadet, filiale de Chess Records. Curieusement, le 45 tours connaît un petit succès principalement à Detroit. Dans la foulée, BLACK MERDA et Fugi mettent en boîte un album qui ne sortira qu’en 2005, 36 ans plus tard. Il n’en faut pas plus pour que la sonorité du groupe interpelle Marshall Chess qui décide de donner une chance au groupe.

Chess expédie la formation à Chicago durant l’hiver 1970 et place le groupe dans les mains de Malcolm Chrisholm, un ingénieur du son spécialisé dans le Jazz et le Gospel, récemment recyclé dans la Soul et le Blues. L’homme vient de participer à divers enregistrements de Koko Taylor, Chuck BERRY, Albert KING, Little Walter et JB LENOIR, des disques qui feront référence. Les frères Hawkins, Hite et Veasey ne sont pas venus les mains vides. Ils ont composé onze titres spécialement pour l’album. Les quatre potes attendaient ce moment avec impatience. La cohésion et la mise en place sont tellement évidentes que la plupart des titres sont mis en boîte en une seule prise. Il est clair que Chess ne misait guère sur eux pour arrondir ses fins de mois. La production du disque ne semble pas avoir coûté une fortune, juste une journée de prise.

D’entrée de jeu, on reste marqué par le son de la guitare d’Anthony Hawkins sur « Prophet ». Basse bien ronde et groovy, chant semi parlé mais véhément et guitare flamboyante dans la lignée d’HENDRIX. Le genre de titre poisseux qui vous colle aux basques. Petite rupture avec « Think Of Me », une ballade mélancolique mêlant Soul et Roots délivrée en acoustique avec un chant plein de désespoir rappelant les grandes heures du Gospel et du Protest Song. L’ambiance Psyché Funk est de retour sur le lancinant « Cynthy-Ruth ». La guitare et le chant déclamatoire sont rehaussés par les chœurs. Si « Prophet » en ouverture avait à l’époque marqué les esprits des auditeurs curieux et open, il convient de ne pas mésestimer « Over And Over », un instrumental aux effluves hendrixiens. Le jeu de guitare tout en fuzzing nous assène une véritable démonstration. Ici pas de pédales mais des cordes souples et un touché exceptionnel. Retour vers le Funk Rock Psyché avec « Ashamed », « Good Luck » et « Reality ». « Windsong », un autre instrumental, conjugue Blues ténébreux et vague à l’âme. Reste à savoir si la délicate guitare est porteuse d’espoir ? Pas sûr ! « I Don’t Want To Die » une ballade psy pleine de nuances annonciatrice de l’état d’esprit de la population noire face aux menaces exercées par la police ou le KKK nous offre elle aussi un bon moment.

Torpillé par une promotion inexistante et un mixage fait à la va vite, le disque ne connaîtra pas le succès escompté. Suite au départ de Tyrone Hite, le groupe arrêtera les frais en 1972, après un second album sans succès édité avec encore moins de moyens par Janus, une filiale de Chess. Il faudra attendre 2005 pour que BLACK MERDA refasse parler de lui, suite à la réédition par Funky Delicacies des deux albums regroupés sous le titre de « The Folks Mother’s Mixer ». Ce tardif regain d’intérêt permettra au groupe de se reformer avec deux albums à la clef dont l’excellent « Forces Of Natures » publié par le label espagnol Vampi Soul. La formation a depuis été programmée dans de gros festivals sans Tyrone Hite décédé d’une crise cardiaque en 2004. Cet album a été réédité en CD en 2006 par Lilith Ltd, une filiale d’Universal Russie, avec des erreurs de date et un titre oublié. A noter que ce 33 tours se vend actuellement aux alentours de 400 €.

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   LE KINGBEE

 
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- Anthony Hawkins (chant, guitare)
- Charles Hawkins (seconde guitare, chant, choeurs)
- Veesee L. Veasey (basse, choeurs)
- Tyrone Hite (batterie)


1. Prophet.
2. Think Of Me.
3. Cynthy-ruth.
4. Over And Over.
5. Ashamed.
6. Reality.
7. Windsong.
8. Good Luck.
9. That's The Way It Goes.
10. I Don't Want To Die.
11. Set Me Free.



             



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