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ROCK N ROLL ROCKABILLY  |  COMPILATION

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PAT CUPP & THE FLYING SAUCERS - Long Gone Daddy (2008)
Par LE KINGBEE le 3 Juillet 2016          Consultée 754 fois

Le label catalan rend ici hommage à un second couteau de la vague Rockab qui déferla sur le territoire américain entre 1954 et 1959. Originaire de Nashville, une petite bourgade de l’Arkansas (rien à voir avec Music City dans le Tennessee, la ville des countrymen), Pat Cupp voit le jour en janvier 1938. Issu d’une famille de musiciens (son père officie à la guitare, l’ukulélé et à la batterie, tandis que Maman Cupp joue du piano), il aborde la musique par l’apprentissage du banjo dès ses cinq ans, mais bifurque vers la guitare, sous l’influence de son paternel. Maîtrisant parfaitement l’instrument au bout de deux ans, Pat fait ses gammes dans les kermesses et le circuit des collèges.
Pat Cupp se fait un nom grâce à un heureux concours de circonstance : en 1954, Elvis PRESLEY, la nouvelle étoile montante, doit se produire à l’Auditorium de Texarkana mais le chanteur et ses deux acolytes sont en retard, victimes d’un accident de voiture. Pour meubler l’attente du public, le programmateur du concert fait monter l’adolescent et son groupe sur scène. Grand seigneur, ELVIS invite le groupe dans sa loge. A partir de là, Pat décide d’orienter son répertoire jusqu’alors ancré dans la musique populaire (SINATRA, Bing CROSBY, Kay Starr et Frankie LAINE) vers le Rockabilly. Le succès foudroyant d’ELVIS incitera bon nombre de musiciens en herbe à marcher sur ses pas.

En 1954, Pat devient l’un des musiciens attitrés du Texarkana Auditorium et ouvre pour Carl PERKINS, Johnny CASH, Johnny HORTON. Le jeune guitariste envoie quelques démos à Sam Phillips, le patron du label Sun, mais il ne reçoit aucune réponse, Phillips étant trop occupé à gérer ELVIS, CASH et consorts. En avril 1956, Pat & The Flying Saucers se produisent en première partie de Tommy Sands. Des représentants de la Louisiana Hayride sont présents et c’est bel et bien notre jeune guitariste qui se fait remarquer. Les dénicheurs de la Louisiana Hayride ne sont pas les seuls sur le coup. Joe Bihari, patron du label Modern, propose un contrat de deux ans qui coiffe tout le monde au poteau. Le guitariste est convié à une séance dans les studios de la KWKH de Shreveport. Pat a apporté dans ses bagages six compositions, mais le label ne retient que « Do Me No Wrong » et « Baby Come Back ». Les deux titres sont édités par RPM, une filiale de Modern. Spécialisé dans le Blues et le R&B, le label ne juge pas utile de promouvoir le single alors que la face A ne demande qu’à fracasser les ondes des radios US. Lester Bihari, qui avait plus ou moins coulé à lui seul la sous marque Flair Records, n’a jamais eu le flair pour détecter de nouveaux musiciens blancs. Il ferme boutique l’année suivante et part rejoindre ses deux frangins dans l’Ouest.
Mais, on le dit souvent, au royaume de la musique, si la mélodie et le groove demeurent des pièces essentielles, le fric compte souvent plus que tout. Un sou est un sou ! Désireux de rentrer dans ses frais et les mains attachées à un contrat de deux ans, Bihari décide d’envoyer le guitariste à la Nouvelle Orléans, sans ses musiciens, pour graver « Long Gone Daddy » et « To Be The One ». Le bonhomme qui n’a jamais rien compris au Rock n Roll adjoint au guitariste des musiciens noirs issus du New Orleans Sound, de manière à diluer le répertoire du rocker. Résultat, le single fait un flop, n’ayant rien à voir avec le rockab dur et limpide que veut interpréter Cupp.
Déçu par la production, Cupp décide de couper les ponts avec la fratrie Bihari. S’il est devenu guitariste professionnel, c’est par passion et non pour l’argent ou la gloire. A cette époque, le seul moyen d’échapper à des poursuites pour rupture de contrat résidait dans l’engagement militaire. En Mars 1957, Pat s’engage dans l’US Air Force pour quatre ans. Notre guitariste se marie en 1958, la famille s’agrandira rapidement avec l’arrivée de trois enfants. Le militaire joue toujours de la guitare, il a intégré The Knockabouts, un ensemble composé de militaires. Lorsqu’il dispose d’un moment de libre, Pat joue à Shreveport en compagnie de James BURTON (futur Ricky Nelson) et du contrebassiste James Kirkland.

Démobilisé en 1961, la priorité du guitariste demeure sa famille. Il devient ingénieur pour une boîte gouvernementale, métier qu’il exercera jusqu’à sa retraite. Cependant, la passion de la musique n’est pas éteinte, il jouera pendant 35 ans au sein des Variables, une formation de Jazz, parfois six fois par semaine.

Au tout début des eighties, un nouveau public découvre les anciens seconds couteaux du Rockab par l’entremise du Rockabilly Revival. Plusieurs agents, désireux de faire venir en Europe d’anciennes gloires du Rock, tentent de récupérer Pat Cupp. Pensant qu’il s’agit d’un mouvement éphémère, et soupçonneux à l’égard de l’industrie du disque, le guitariste préfère privilégier sa vie de famille et ne se voit pas tourner à l’autre bout de la planète à faire le zouave sur scène. Ce n’est qu’en 1995 que l’ancien rocker décide de venir tenter sa chance en Europe en participant au Festival d’Hemsby. L’accueil et l’effervescence du public anglais surprennent alors favorablement le guitariste. Contacté dès 1987 par Dave Moore, patron de Wild Hare Records, Pat Cupp se remet à l’écriture. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais en 2004, Pat Cupp remet le couvert. Programmé au Green Bay Festival, le guitariste ne voulant pas jouer ses anciens titres envoie quelques bandes à Dave Moore pour solliciter son avis. Moore décide aussitôt d’expédier le vétéran dans son studio à Berkeley Springs pour mettre en boîte un nouvel album, un demi-siècle après avoir gravé ses dernières chansons. Les dates se multiplient et Pat Cupp donne son dernier concert à Concarneau, épaulé par les Sureshots. Handicapé depuis plusieurs années par des problèmes d’audition, le guitariste stoppe alors ses prestations scéniques, suivant les conseils de son otorhino qui lui prédisait une surdité totale. Aujourd’hui, Pat coule des jours paisibles dans sa propriété de Texarkana.

Le lecteur lambda pourrait se montrer dubitatif en parcourant ces longues lignes, surtout quand on sait que ce rocker n’a enregistré que six titres en 1956, préférant garder son intégrité artistique, alors qu’une kyrielle de pseudo chanteurs et musiciens feraient n’importe quoi pour réussir, n’hésitant pas à se produire dans des émissions TV d’une affligeante pauvreté sonore et culturelle, des artistes toujours aptes à se passer de la pommade les uns envers les autres. Alors dégoût d’un côté et respect de l’autre !

Le label espagnol propose donc en 2008 une grande première avec cette réédition de 18 plages. Les esprits chagrins peuvent rétorquer qu’en fait seuls 7 titres figurent présentement, le compilateur ayant orienté son recueil sur les faces fifties, intégrant de nombreuses démos et des versions alternativees (3 inédits),agrémenté des titres réédités en 1973 par Rollin’ Rock Records. Il n’y a qu’à écouter « Do Me No Wrong », titre repris par Shaun Horton et plus récemment par Imelda May ou les suédois Emmy Lou & The Rhythm Boys, pour se rendre compte des effets dévastateurs. Cupp emporte tout sur son passage. Vocal syncopé, solo de guitare flamboyant, rythmique d’équerre, tout y est. Les influences bluesy sont nettement palpables sur « Baby Come Back » (aucun lien avec le hit homonyme des Equals). « Long Gone Daddy » un hillbilly rock avec effluves de sax hurleur demeure l’un des morceaux les plus prisés du Rock n Roll fifties. Enfin « That Girl Of Mine » avec break de guitare et chant syncopé, avait tout pour intégrer les charts de l’époque si une bande de sourdingues s’était occupée correctement de cette pépite. Du vrai Rockabilly fifties ! Probablement trop brillant. Pat Cupp n’a pas insisté dans ce milieu où crabes, serpents comptables et faux culs sont hélas plus nombreux que les véritables Rockers. Un artiste à redécouvrir et l’un des plus purs dépositaires de l’Arkansas Rockabilly.

Cette chronique est un modeste clin d’œil à Monsieur Pat Cupp, que l’on peut brièvement découvrir dans le thriller de série B « The Town That Dreaded Sundown » avec Ben Johnson et Andrew Prine, film qui relatait l’histoire du Phantom Killer, un tueur en série qui terrorisa les environs de Texarkana après guerre. A l'instar des Larry Donn, Mack self, Roy Moss ou Jimmy Lee Fautheree, Pat Cupp fait figure de pionnier et demeure l'auteur de titres captivants. Suite à la répétition de 6 titres, cette compilation* n'atteint pas la note maximale à laquelle elle pouvait prétendre.

* Il semble que cette compilation CD ait été préalablement éditée en version vinyle par le label Bullseye en 2008. A titre personnel, je ne l'ai jamais eue entre les mains.

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- Pat Cupp (chant, guitare)
- Johnny Gatlin (guitare)
- J.o. Livsey (batterie)
- Pete Walker (basse)
- Ruth Cupp (piano)
- Bea Cupp (choeurs)


1. That Girl Of Mine (démo).
2. I Guess It's Meant That Way (démo).
3. Baby Come Back (démo).
4. Do Me No Wrong (rpm 461).
5. Baby Come Back (rpm 461).
6. Long Gone Daddy (rpm 473).
7. To Be The One (rpm 473).
8. Long Gone Daddy (crown Clp 5364).
9. Do Me No Wrong (crown Clp 5364).
10. Baby Come Back (crown Clp 5364).
11. That Girl Of Mine (crown Clp 5364).
12. I Guess It's Meant That Way (crown Clp 5364).
13. Baby Come Back (rollin' Rock 45-002).
14. Do Me No Wrong (rollin' Rock 45-002).
15. Long Gone Daddy (rollin' Rock 45-003).
16. That Girl Of Mine ((rollin' Rock 45-003).
17. I Guess It's Meant That Way (rollin' Rock 45-009).
18. I Won't Remember To Cry (rollin' Rock 45-009).



             



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