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Neil DIAMOND - Jonathan Livingston Seagull (1973)
Par AIGLE BLANC le 28 Décembre 2016          Consultée 686 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

A l'origine du film et de sa musique, se trouve un court roman de l'ancien pilote de l'armée de l'air Richard Bach, Jonathan Livingston le goéland, publié aux USA en 1970. Sur les 76 pages du livre, 41 sont des photographies de goélands prises par Russel Munson. L'œuvre littéraire, aussi modeste soit-elle par ses proportions, n'en a pas moins acquis un statut de petit classique, au même titre que Le Petit Prince de Saint-Exupéry (maintes fois adapté en dessins animés) et The Snow Goose de Paul Gallico (que CAMEL a mis superbement en musique).
Comme la plupart des œuvres littéraires mettant en scène des animaux (Le Roman de Renart, Les Fables de Jean de la Fontaine, La ferme des animaux d'Aldous Huxley), Jonathan Livingston le goéland contient un message humaniste à l'ampleur philosophique. En cette période du Flower Power, à travers l'histoire du jeune goéland Jonathan qui refuse de se conformer aux lois du clan et prône la réalisation de soi comme but suprême de l'existence, Richard Bach entend s'opposer au conformisme social qui réduit la vie de chacun à un état végétatif immuable. Jonathan adore voler et il ne comprend pas pourquoi ses congénères ne volent qu'à des fins alimentaires. Mettant en danger le clan, il est banni et doit survivre seul. Au cours de son voyage initiatique, il rencontre deux autres goélands comme lui qui adorent voler et lui enseignent les techniques pour voler toujours plus haut tandis qu'ils lui rappellent aussi l'importance de l'amour de son prochain. Quand il revient auprès de son clan, bafouant une fois de plus ses lois, il s'inscrit dans la dynamique de l'allégorie de la caverne de Platon puisqu'il veut faire partager aux siens ce qu'il a appris et leur faire découvrir une nouvelle réalité.

Qui à l'époque eût parié sur une adaptation cinématographique du roman eût suscité quelques mines dubitatives : comment en effet mettre en scène une histoire qui se déroule exclusivement dans la communauté des goélands sans que jamais l'homme n'intervienne autrement que comme figurant ?
Hall Bartlett, lui, relève le pari avec d'autant plus de courage -ou d'inconscience qu'il ne songe nullement à réaliser un dessin animé. Ses oiseaux, il les veut en chair et en os. Ils seront ses comédiens ou son film ne se fera pas. De plus, Hall Bartlett ambitionne un tournage en décor naturel en lieu et place d'un décor studio où il eût été plus facile de "diriger" ou "canaliser" les oiseaux. Inutile de pousser très loin la réflexion pour comprendre le caractère mégalomane d'un tel projet ni pour appréhender la tonne d'obstacles à gravir afin de le mener à bout. Le plus incroyable, c'est que Hall Bartlett l'a fait en 1973 et que son film qui, rappelons-le, n'est en aucune façon un documentaire, reste à ce jour une entreprise titanesque sans descendance aucune. Voici un film de fiction à caractères allégorique et philosophique dont le casting n'est composé que d'oiseaux. Même Hitchcock n'avait pas poussé si loin l'ambition dans son célèbre film d'horreur.

Il est des films sans musique et d'autres dont la musique est inutilement envahissante. Jonathan Livingston le goéland compte quant à lui parmi les rares films dont la musique, essentielle, fait partie intégrante du projet, est un personnage à part entière du film. Les dialogues parmi les oiseaux se faisant très parcimonieux, économie du film oblige, la musique avait pour vocation de livrer ni plus ni moins les pensées de Jonathan, de traduire ses aspirations à la liberté, sa passion vertigineuse du vol. Elle se devait par conséquent d'insuffler une dimension spirituelle aux sublimes séquences aériennes du film. La force vivifiante des images filmées en décor naturel offrait le risque d'écraser la musique et de la réduire à néant.
Et ce n'est pas un mince exploit pour Neil DIAMOND d'avoir relevé lui aussi le défi d'une bande musicale à la hauteur des images. Sa musique figure à n'en point douter parmi les 10 ou 20 plus belles que compte le septième art. Si vous avez aimé les BO de La Marche de l'Empereur, Le Peuple Migrateur et Oceans, vous n'avez pour autant pas la moindre idée de la force ni de la beauté inouïe de la musique de Neil DIAMOND qui pousse l'art de la chanson de film à un degré inégalé.

Ces chansons, au nombre de trois, "Be", "Dear Father" et "Lonely Looking Sky" s'insèrent admirablement dans le tissu orchestral de l'ensemble, sans aucune rupture de ton avec les passages instrumentaux. Sur des textes à la beauté aérienne, qui magnifient le ciel et la mer, dans une invocation enivrante à la liberté et au bonheur de vivre, Neil DIAMOND pose sa voix de crooner avec une justesse rare, sans que jamais mièvrerie ne pointe son nez. De mauvaises langues pourraient rétorquer que ces trois chansons se ressemblent beaucoup. En effet, elles déploient un souffle tonifiant d'une vigueur exceptionnelle. Entrecoupées de passages orchestraux toujours inspirés et qui reprennent ou annoncent le refrain ou le couplet de la chanson à venir, elles semblent émaner d'un même substrat musical qui confère à la face A du disque vinyle une cohérence exceptionnelle, comme s'il s'agissait d'une suite progressive symphonique. Neil DIAMOND caresse ici une forme de grâce comme on n'en vit qu'une seule dans son existence.

La seconde partie du disque, presqu'exclusivement instrumentale, reprend les thèmes de la face A dans un effet d'écho qui en renouvelle la magie. L'orchestre dirigé par Lee Holdridge ne manque ni de souffle ni d'ampleur et, sans aucune lourdeur, se montre exalté, sensible, poétique. A noter un très bel "Anthem" interprété par un chœur d'enfants, soutenu d'abord par un clavecin en guise de basse continue avant que les violons ne viennent offrir leur tendresse. "Skybird" est la quatrième et dernière chanson de l'album, de loin la plus rythmée et la plus joyeuse.
Quand résonnent enfin de nouveau les thèmes de "Dear Father" et de "Be", c'est une note mélancolique qui en vient colorer le tissu orchestral, parfaitement en accord avec la structure cyclique de l'histoire où, au terme d'un parcours initiatique, Jonathan transmet le flambeau à Fletcher le goéland avant qu'ils ne partent tous deux poursuivre leur mission d'instruction vers d'autres horizons.

Si la face B se contente de tricoter sur les lauriers de la face A, cela ne suffit pas à atténuer la note globale de votre chroniqueur encore une fois ému d'avoir réécouté un disque ayant bercé sa jeunesse comme aucun autre, sans avoir perdu une once de sa magie, l'apanage exclusif des chefs-d'œuvre. Si ma chronique pouvait ne serait-ce que vous inciter à découvrir cette merveilleuse BO et vous en faire mesurer l'exaltante beauté, alors je m'estimerais le plus comblé des hommes.
Neil DIAMOND m'a insufflé depuis l'enfance l'émerveillement et le sens de la beauté céleste. Qu'il en soit ici remercié.

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   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Neil Diamond (paroles et musiques, chant)
- Lee Holdridge (arrangements et chef d'orchestre)
- David Cohen (guitare)
- Larry Carlton (guitare)
- Richard Bennett (guitare)
- Emory Gordy, Jr (guitare basse)
- Milton E. Nadel (contrebasse)
- Gary Coleman (percussions)
- Gene Estes (batteries)
- Hal Blaine (batteries)
- Louis Singer (batteries)
- Caesar Giovannini (piano)
- Mike Lang (piano)
- Art Maebe (cor)
- Bill Peterson (cor)
- David Duke (cor)
- Vincent Derosa (cor)
- John Ellis (hautbois)
- Jules Jacob (hautbois)
- Lew Mccreary (trombone)
- Tommy Johnson (tuba)
- Tony Terran (trompette)
- Donald Christlieb (basson)
- Gayle Levant (harpe)
- Gene Cipriano (flûte)
- Arnold Belnick (violon)
- Assa Drori (violon)
- Leonard Malarsky (violon)
- Lou Klass (violon)
- Bernard Kundell (violon)
- Carl Lamagna (violon)
- Henry Ferber (violon)
- Marvin Limonick (violon)
- Isabelle Daskoff (violon)
- Israel Baker (violon)
- Louis Kievman (violon)
- Nathan Ross (violon)
- Robert Dubow (violon)
- Allan Harshman (violon alto)
- Harry Hyams (violon alto)
- Marilyn Baker (violon alto)
- Rollice Dale (violon alto)
- Joseph Di Tullio (violoncelle)
- Ray Kelley (violoncelle)
- Raphael Kramer (violoncelle)


1. Prologue
2. Be
3. Flight Of The Gull
4. Dear Father
5. Skybird
6. Lonely Looking Sky
7. The Odyssey
8. Anthem
9. Be
10. Skybird
11. Dear Father
12. Be



             



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