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SWAMP POP - R&B  |  COMPILATION

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COOKIE AND THE CUPCAKES - Kings Of Swamp Pop (1997)
Par LE KINGBEE le 30 Janvier 2017          Consultée 120 fois

Qui aujourd’hui se rappelle chez nous de COOKIE & The CUPCAKES? Au bas mot, une centaine d’hurluberlus (dont votre humble serviteur). En clair, un groupe qui ne devrait pas affoler les compteurs de lecture, trop vieux et oublié il ne pourra rivaliser avec les grosses stars de FP.
La pochette de cette compilation (Cookie & The Cupkakes n’ont enregistré que trois albums hybrides, le restant de leur discographie ne se compose que de singles) laisse apparaitre en sous titre la formule « Kings Of Swamp Pop ». Alors de quoi s’agit-il exactement ? Durant le début des fifties, de nombreuses formations louisianaises et quelques petits groupes texans ont animé les ondes radiophoniques et les concerts. Dans un premier temps, ces ensembles ont longtemps été dénigrés par le reste de l’Amérique. On ne mélange pas les serviettes et les torchons ! La Louisiane ne disposait pas de studios d’enregistrement d’envergure et encore moins de labels puissants. Quand un microsillon était susceptible de connaitre du succès, il fallait encore qu’il soit distribué, chose ardue ? L’Industrie du Disque étant dominée par le Nord. Divers ensembles aussi bien blancs que noirs vont alors lancer un copieux patchwork combinant Rhythm & Blues (principalement de la Nouvelle Orléans), ballades du crû (créoles ou cajuns), mais également du Blues, du Gospel, du Zydeco et du Hillbilly. Parallèlement à ce mouvement, un concurrent va se dessiner avec le Swamp Rock. Pour résumer, Il s’agit donc de registres créés par divers représentants des marécages (swamp) louisianais.
Au niveau des classements, certains musiciens blancs parviendront à s’extirper de l’anonymat dans lequel on les confinait, en intégrant les charts nationaux. (Jimmy Clanton, Rod Bernard, Johnnie Allan, Warren Storm (également batteur pour Slim Harpo), John Fred & The Playboys, Joe Barry, le duo Dale & Grace, Cleveland Crochet, Bobby Charles, Bruce Channel avec son hit «Hey Baby»).

A cette époque, si le Rural Blues, le Swamp Blues, le Delta Blues et le New Orleans Sound se partagent toujours les préférences de la population noire, le registre Swamp Pop allait se créer une brèche avec deux chansons qui intégreront les classements : « Mathilda* » de Cookie et ses Petits Gâteaux suivi par le langoureux « Sea Of Love » popularisé par Phil Phillips, titre qui grimpera sur la première marche des charts R&B et Numero 2 au Hot 100. Ce titre sera repris à toutes les sauces : Marty Wilde, Ruth Brown, The Heptones pour une version Ska, Tom Waits, Iggy Pop, jusqu’à Cat Power ou les Honeydrippers de Robert Plant. La chanson deviendra la thématique du thriller « Mélodie Pour un Meurtre » avec Al Pacino, Ellen Barkin et John Goodman.

Revenons à nos biscuits et autres sucreries, Cookie & The Cupcakes étant traduisible par Biscuit et Les Petits Gâteaux. Formé en 1952, The Boogie Ramblers, un groupe de six musiciens sont bientôt rejoints par Huey Thierry (alias Cookie) qui prend les rennes de la troupe. En 1955, le groupe enregistre plusieurs singles pour le label Goldband Records dirigé par Eddie Shuler. Par faute de temps ou d’inattention le patron de Golband oublie faire signer un contrat à Huey Thierry***, peut-être ne croyait-il au succès du groupe. Les singles ne se vendent pas trop mal et « Cindy Lou » sera repris avec succès par Gene Terry. Le groupe va alors enflammer les dance floors de Louisiane et du Texas pendant trois années. On se bouscule aux portillons pour remuer son cul et ses hanches au son d’un véritable orchestre qui a le rythme dans la peau et dispose de deux chanteurs (Cookie et Shelton Dunaway) d’envergure. L’ensemble change de nom et se transforme en Cookie And The Cupcakes, nom de scène plus marrant et moins galvaudé que les différents Ramblers qui se comptent à la pelle dans la région. En 1958, la formation met en boite « Mathilda » dans les studios de la radio KPLC** de Lake Charles. Dans le Sud, la chanson passe en boucle sur les ondes et se transforme aussi sec en hit. En écoutant la version à la radio, Eddie Shuler, producteur avisé, reconnait aussitôt ce groupe qu’il a laissé s’échapper et s’en mordra les doigts pendant longtemps. Cookie et ses musiciens viennent d’être signés par George Khoury, patron des labels Lyric et Khoury’s. Excellent businessman, Khoury revend « Mathilda » et « Married Life » à Jud Phillips patron de Judd Records et frangin de Sam fondateur du label Sun. Mais Khoury sait qu’il a peut être de l’or entre les mains prend bien soin de garder le groupe bien au chaud sous son aile avec un contrat en béton. En 1959, le groupe aligne son second carton avec « Sea Of Love », la rondelle indiquant le nom de Phil Phillips. La formation continuera à se produire jusqu’en 1965 connaissant encore quelques hits mineurs « Got You On My Mind » (94ème au Hot 100), « Walking Down The Aisle » avec le chanteur de Blues Little Alfred. En 1965, Cookie quitte brusquement le groupe pour s’installer à Los Angeles. On parle d’un méchant mari blanc jaloux et d’une tension raciale à son apogée, la Ségrégation sévit toujours. En fait Cookie sera victime de deux accidents de voitures provoqués probablement par des sympathisants du KKK. Huey Thierry deviendra blanchisseur dans un hôpital de la Cité des Anges.
Après le départ de son chanteur vedette, les Cupcakes continueront à enregistrer jusqu’en 1965, George Khoury mettant alors un terme à ses activités musicales pour embrasser une carrière de sheriff. La formation se produira sur scène jusqu’en 1970, année de la dissolution du groupe.
En 1992, le pianiste Ernest Jacobs, en vacances à Los Angeles, retrouve la trace de son ancien coéquipier devenu employé dans une station de lavage et l’incite à reformer le groupe. Cookie se déplace désormais dans un fauteuil roulant ou avec une canne accepte l’idée de retourner dans son ancien fief de Lake Charles où le groupe se produira avec deux autres membres de la line-up d’origine. Les Cupcakes se produiront en Europe en 1995 et enregistreront la même année une énième version de « Mathilda » figurant dans l’album « Swamp Boogie Blues » des Boogie Kings.

Éditée en 1997, cette compilation de 30 titres demeure une excellente alternative pour les amateurs de Swamp Pop Black, c’est en tous cas la plus riche en matière de titres. Le répertoire égrène les meilleures faces pour une période s’étalant entre 1956 et 1964. Figure emblématique du registre Swamp Pop, Cookie & The Cupcakes diffèrent nettement de ses concurrents blancs. De par son origine, la formation dévoile un registre beaucoup plus marqué par la Crescent City avec l’emploi de cuivres et du piano, instruments caractéristiques de la ville. Au fil des morceaux, l’influence de Fats Domino et des productions de Cosimo Matassa semblent évidentes. Mais une telle étiquette serait terriblement réductrice du répertoire des Cupcakes. On retrouve effectivement un mélange de différents tissus comme le Blues, le Honking Sax, le Cajun Black Creole, la ballade louisianaise instigatrice d’une grande nonchalance, sans oublier une coloration tournée vers les Caraïbes et même certaines intonations de la musique africaine comme en témoigne « Such As Love ». Alors bien évidemment, cette anthologie reste marquée par la ballade langoureuse « Sea Of Love » que tout le monde connait et l’immense « Mathilda ». Mais on retrouve aussi une poignée de Blues : « The Great Pretender » interprété par Carol Fran, « I Had The Blues » ou le somptueux « Married Life » trait d’union entre Guitar Slim et Slim Harpo popularisé par Pee Wee Crayton. Le R&B de la Nouvelle Orleans est bien présent avec entre autre « Got You On My Mind », « I Cried », « Who Would Have Thought It » évocateur de Little Richard, ou le curieux « Betty And Dupree » (future reprise de Grateful Dead) nous contant la triste histoire d’un braquage de bijouterie.
Mais c’est bien le domaine de la ballade (qu’elle soit cuivrée ou louisianaise) qui se taille la part du lion : « I Almost Lost My Mind » une reprise d’Ivory Joe Hunter dans laquelle le saxophone vient rehausser le chant. « I’ve Been So Lonely » se révèle comme le parfait prototype de la « broken heart », tandis que « Breaking Up Is Hard To Do », gros succès de Jivin’ Gene & The Jokers, renvoie immanquablement vers Fats Domino et Dave Bartholomew. Autres petits moments de douceur avec « Even Though » dans un style guimauve proche des Platters ou la reprise de Chuck Willis « Just One Kiss » en droite ligne avec Sam Cooke.
Mais le sextet savait aussi booster la cadence quand le besoin s’en faisait sentir : l’humoristique et absurde « Mary Doin’ The Pop-Eye » pourrait figurer au répertoire de Huey « Piano » Smith & The Clowns. « Honey Hush » s’apparente à un boogie piano bien épicé par les cuivres, alors que le Rockin’ « Cindy Lou » ressemble fortement au succès postérieur de Ray Sharpe « Linda Lou ».
Terminons ce panorama par l’exotique « Such Of Love » teinté par une sonorité venant des Caraïbes et « Franko-Chinese Cha Cha Cha », une mixture de cha cha cha et de rumba à la sauce gumbo.
Agrémenté d’un bon livret intérieur (12 pages) cette compilation soignée bénéficie aussi d’un dépoussiérage sonore de qualité. La compilation idéale pour découvrir un groupe qui aura fait la joie des dance floors louisianais pendant près de dix ans. Seul bémol, le compilateur semble s’être acharné à ne pas respecter la chronologie des pistes compilées (une habitude chez les labels anglais). Afin de faciliter une meilleure visibilité et demeurer cohérent cette compilation est rangée dans la catégorie Blues.

* « Mathilda » enregistré en 1958 connaitra diverses reprises : Jerry Lee Lewis, Sleepy Labeef, Michael Bloomfield, The Fabulous Thunderbirds (le 3ème album « Butt Rockin’ »), jusqu’à celle du regretté Zven Zetterberg qui reprenait le titre dans son dernier album « Something For Everybody » paru en 2016.
**Station radio basée à Lake Charles, La KPLC émet encore aujourd’hui. Elle propose divers programmes consacrés aux musiques du terroir. Le jour de l’Investiture du Président Trump, elle proposait un discours très mitigé sur le nouveau Président.
*** Huey Peter « Cookie » Thierry est décédé en 1997. Le chanteur saxophoniste Little Alfred en novembre 2006 à 62 ans. Ils seront rejoints par le guitariste Marshall Laday en 2012 (86 ans) De le line up d’origine, le chanteur Shelton Dunaway semble être le seul survivant. A 86 ans il se produit encore en Louisiane dans le groupe de son fils Gerald.

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- Huey 'cookie' Thierry (chant)
- Shelton Dunaway (chant, saxophone)
- Little Alfred (chant 9-10-11-15-21,saxophone)
- Marshall Laday (guitare)
- Joe 'blue' Landry (basse)
- Ivory Jackson (batterie)
- Simon Lubin (batterie)
- Sidney 'hot Rod' Reynaud (saxophone)
- Ernest Jacobs (piano, trompette, chant 22)
- Carol Fran (chant 4)


1. Got You On My Mind.
2. Mathilda (seconde Version).
3. I'm Twisted.
4. The Great Pretender.
5. I've Been So Lonely.
6. I Cried.
7. Breaking Up Is Hard To Do.
8. Betty And Dupree.
9. I Almost Lost My Mind.
10. Feel So Good.
11. Charged With Cheating.
12. Sea Of Love.
13. Close Up The Back Door.
14. Until Then.
15. Even Though.
16. Honey Hush.
17. Belinda.
18. Trouble In My Life.
19. Who Would Have Thought It.
20. I Had The Blues.
21. Walking Down The Aisle.
22. Franko-chinese Cha Cha Cha.
23. Shake' Em Up.
24. Mary Lou Doin' The Pop-eye.
25. Just One Kiss.
26. Since Your Love Has Grown Cold.
27. Cindy Lou.
28. Such As Love.
29. Married Life.
30. Mathilda.



             



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