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The RIVINGTONS - Doin' The Bird (1963)
Par LE KINGBEE le 1er Février 2017          Consultée 232 fois

Si vous êtes à la recherche d’un bon petit groupe de « cocus », les RIVINGTONS pourraient figurer dans le haut du panier. Nous verrons en quoi et comment ce quatuor est passé à côté de la gloire alors qu’un petit groupe de Minneapolis a raflé la mise. Comble de l’ironie, les cocufiés ont connu une seconde mésaventure commise par les mêmes protagonistes (groupe blanc et Industrie du Disque). Contrairement au cinéma, en musique, ce sont souvent les méchants qui gagnent à la fin. C’est comme ça, mais cela mérite d’être signalé.

Originaire de Los Angeles, Al Frazier débute au sein des Mello-Moods en compagnie de Paul Robi (futur Platters). Passionné de chant et de musique, le jeune Al doit interrompre le chant: il vient de recevoir son ordre de mobilisation et part jouer au petit soldat en Corée. A son retour, sa passion est intacte. Il intègre alors The Emanons, un quartet mixte (deux chanteuses et deux chanteurs). Malgré un passage à la télévision, le groupe ne parvient pas à intéresser la moindre maison de disque. Il faut dire que les formations de ce style ne manquent pas, il en pleut comme à Gravelotte.

En 1953, devenu coiffeur, Al rencontre, lors d’une soirée organisée par le célèbre animateur radio Hunter Handcock, d’autres sbires dans son genre, bien décidés à faire carrière dans la chanson. Malgré plusieurs changements de line-up, le quatuor enregistre une vingtaine de singles entre 1954 et 1961. Mais le groupe est plombé par les divers changements de noms imposés par leur maison de disques. En l’espace de sept ans, Frazier et ses compagnons ont chanté au sein des Sharps, des Tenderfoots, des Lamplighters, des Crenshaws, une pratique qui ne les sert pas et qui surtout ne permet pas de fidéliser le public. C’est la même chose avec les labels pour lesquels ils enregistrent (Mikes, Federal filiale de King Records, RPM, Tag, Jamie, Vik, Lamp, Aladdin, Intro, Dot et enfin Warner). Le groupe, quel que soit son nom, ne parvient pas à se fixer durablement. Une vingtaine de singles est publiée et pas une entrée dans les charts, de quoi en décourager plus d’un. Pourtant, le quatuor est unanimement reconnu en Californie. Le groupe intervient dans un rôle de choristes sur des singles de Paul ANKA (sous le nom des Jacks), Duane EDDY, Jimmy Witherspoon.

En 1962, lors d’une séance pour la Warner, Turner « Rocky » Wilson chauffe sa voix de basse en prononçant quelques onomatopées à la façon de Little Richard « Papa Oom Mow Mow » sous l’œil de Kim Fowley et des producteurs Jack Levy et Adam Ross. Cette curieuse création partant de rien pourrait, avec un peu de chance, se transformer en hit potentiel. La chanson est envoyée à Capitol qui la refuse, puis atterrit chez Liberty Records, le label à l’effigie de la Statue de la Liberté. Le titre sort en single en 1962 et monte à une honnête 48ème place au Billboard. Dans la foulée, Liberty décide de publier un album complet avec « Doin’ The Bird ».

L’année suivante, The TRASHMEN, groupe de Surf Garage du Minnesota, se font connaître dans le monde entier avec « Surfin’ Bird ». Publié sur le label Garrett Records dirigé par Snuff Garrett, ancien membre du staff Liberty comme par hasard, le single grimpe à la 4ème place des classements Pop. Si le titre est bel et bien transformé avec « Surfin’ Bird » (un oiseau qui surfe) il s’agit là d’une copie de la chanson « Papa Oom Mow Mow » délivrée sous forme de Surf Garage. Encore une fois, c’est le copieur servile qui décroche le pompon. Les Trashmen feront l’essentiel de leur carrière avec ce titre. Dégueulasse, me direz-vous, mais c’est comme ça ! Le single marche tellement bien qu’il est pressé par une multitude de firmes (Columbia, Odeon, Stateside, Apex, Soma). Un premier coup d’épée dans l’eau, mais le groupe n’en reste pas là : en 1964, notre petit groupe de blancs-becs enregistre « Bird Dance Beat » qui n’est ni plus ni moins que la copie de « The Bird’s The Words » (52ème au Billboard) création des RIVINGTONS. Le titre ne connaît certes pas le même succès que le précédent mais il se vend abondamment. Si le mot « Adaptation » peut selon les pays prêter à diverses controverses juridiques, le résultat final reste le même, les RIVINGTONS ont été roulés dans la farine !

Après la sortie de ce qui reste leur unique album, les RIVINGTONS gravent encore quelques faces anecdotiques pour Liberty, label qui met fin à leur contrat en 1964. Le groupe rebondit chez Vee Jay, Columbia avec une poignée de singles publiés souvent sans la moindre promotion. L’année suivante, Al Frazier prend les rennes du groupe devenant manager et laisse sa place au chant à Darryl White. Le groupe enregistre quelques faces pour la RCA, Baton Master, Reprise et United Artists mais sans le moindre succès. En 1973, les RIVINGTONS réenregistrent une ultime version de « Papa Oom Mow Mow » pour le label Wand, une sous-marque de Scepter Records, ce qui est leur chant du cygne. Al Frazier se produit sporadiquement avec les RIVINGTONS dans le circuit Rétro jusqu’en 1990, compose pour d’autres et écrit un livre sur la scène R&B californienne avant de s’éteindre en 2005 à l’âge de 75 ans. Carl White, premier baryton du groupe, l’avait précédé en 1980. Turner « Rocky » Wilson a participé comme choriste à un album de Sky Saxon en 2001. Sonny Harris dernier membre des RIVINGTONS écrit encore aujourd’hui pour une petite maison d’édition musicale.

« Doin’ The Bird »* sort dans les bacs des disquaires en 1963. Le répertoire propose une combinaison astucieuse de doo-wop et de California Soul, registre naissant. Depuis l’attaque de Pearl Habor en décembre 1941, la communauté noire n’a cessé d’augmenter en Californie. Des milliers d’emplois ont été créés afin de remettre sur pied la Marine et les diverses administrations, favorisant ainsi l’arrivée massive de millions de noirs en provenance du Sud. Ces diverses mutations géopolitiques se retranscrivent tout naturellement dans le domaine culturel. Après s’être adonné au Rhythm & Blues, au Bebop, au Swing, aux Blues Shouters, sur un cocktail Blues et R&B à l’eau de rose (Nat King Cole), la population noire s’oriente vers un nouveau genre : le doo-wop. Les RIVINGTONS font pratiquement office de précurseurs, à une époque où il se monte un groupe dans chaque cage d’escalier. Al Frazier va incorporer à son répertoire une combinaison de Soul et de Blues et ce bien avant que des vedettes comme Sam COOKE ou Ray CHARLES viennent s’établir sous le climat attractif de la Californie. Ce disque fait bien évidemment la part belle aux deux titres phares du groupe « Papa-Oom-Mow-Mow » et sa variante « Mama-Oom-Mow-Mow » deux petites perles de doo-wop revigorantes et dansantes. Mais les RIVINGTONS ne restent pas figés les pieds dans le même sabot. Ils nous offrent une excellente reprise du « Long Tall Sally » popularisé par Little RICHARD, gorgeant la version d’harmonies vocales de hautes volées. Rien à voir avec certaines reprises mollassonnes (Tom JONES, BEATLES, Pat BOONE, KINKS ou Merseybeats) et encore moins avec celles des Vautours, d’El Toro et les Cyclones sous le nom de « L’oncle John » ou bien de l’adaptation d’HALLYDAY « Sally ». Petit succès d’Otis Williams, « Unchain My Heart » a été accommodé à toutes les sauces, souvent des purges insipides sans saveurs (Trini Lopez, Nancy Wilson et plus tard Joe COCKER). On n’ose à peine évoquer l’adaptation de Richard ANTHONY sous le titre « Délivre-Moi », là ça fait trop mal. Titre Pop et guimauve par excellence, la présente version bien boostée par le vocal de Carl White rehaussé par les chœurs et une guitare dévastatrice propose l’une des meilleure interprétations jamais enregistrées avec celles des Undertakers (la formation US) et des INMATES.
Autre petite pépite avec « You Are My Sunshine », une vieille ballade Hillbilly d’avant guerre popularisée par Jimmie Davis. Là, il faut bien tendre l’oreille pour reconnaître la chanson ; le titre avait été repris quelques mois avant par Ray CHARLES mais encore une fois Al Frazier et sa bande se réapproprient carrément le morceau avec une version énergique. Les harmonies vocales apportent une ampleur exceptionnelle au leader. Catalogué dans des registres hillbilly et Folk pendant des décennies, ce standard tombera dans l’escarcelle de nombreux groupes Soul (Marvin GAYE, Aretha FRANKILN, Ike & Tina TURNER) et on ne peut s’empêcher de penser que les RIVINGTONS en sont pour quelque chose.
Autre emprunt à Little RICHARD avec « Slippin’ And Slidin’ » (cette chanson avait été gravée deux mois avant par Eddie Bo pour le label Apollo sous le nom de « I’m Wise », comme quoi les coquins sont nombreux dans le monde de la musique) dans une version où les harmonies vocales et la voix de basse viennent en contrepoint du falsetto d’Al Frazier. Autre bonne pioche avec « Have Mercy, Mercy Baby » popularisé par Billy Ward & The Dominoes. Ce titre issu d’un vieux gospel sera repris quelques semaines plus tard par James BROWN. Les RIVINGTONS laissent souffler les chevaux, de manière à laisser reposer les soupapes, avec une ballade « Standing In The Love Line » issue de leurs plumes.

Si ce disque reste marqué par l’impayable « Papa-Oom-Mow-Mow », repris par les BEACH BOYS, The Freshmen, Gary Glitter dans une horrible version Glam, les arrangements, l’orchestration, un répertoire gaillard axé sur la festivité valent eux aussi le détour. Mais ce sont les harmonies vocales aussi denses qu’humoristiques dans lesquelles les voix de ténor, de baryton et de basse s’entrelacent à merveille qui feront figure de marque de fabrique.

*Ce vinyle a fait l’objet d’une réédition CD en 2007 par Shout Records avec 11 titres Liberty en bonus. Si le label anglais incorporait un book note de 11 pages, il oubliait de faire figurer la pochette dorsale qui vaut le coup d’œil : on y voit quelques photos montrant des pas de danse et une chorégraphie du quatuor.

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- Al Frazier (chant)
- Carl White (chant)
- John Harris (chant)
- Turner 'rocky' Wilson (chant)


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