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1970 Jamul

JAMUL - Jamul (1970)
Par LE KINGBEE le 10 Février 2017          Consultée 334 fois

JAMUL, voici un groupe idéal pour une chronique : le groupe demeure peu connu voire inconnu de notre contrée et soyons honnête et pragmatique, cet album permet de conclure une discographie, le quatuor n’étant l’auteur que d’un unique disque. Allez … Jamul peut faire figure de véritable pain béni. Reste à peaufiner la principale difficulté en vue de satisfaire les amateurs d’étiquettes concises : dans quel tiroir ranger cette formation ?

Jamul (prononcez Ha-Mool) se forme à la fin des années 60 à l’instigation du batteur Ron Armstrong*, un ancien des Misfits, autre groupe de San Diego. Dans un premier temps, le groupe se fait appeler Jamul City Funk Band très vite simplifié en Jamul. Les membres ne se sont pas trop creusé la tête pour trouver leur nom de groupe, deux d’entre eux viennent de Jamul, une bourgade située à une vingtaine de kilomètres à l’est de San Diego. Outre Armstrong, la formation s’articule autour du guitariste Bob Desnoyers*, un ancien de Joel Scott Hill, du bassiste John Fergus* et de l’harmoniciste Steve Williams*, les quatre musiciens pouvant se charger de la partie chant. Après s’être produit dans le circuit des bars californiens, dans les rassemblements bikers et hippies locaux, le groupe attire l’attention de Gabriel Mekler, patron du petit label Lizard. Cette minuscule et obscure maison de disque doit son nom au chat du producteur, animal mis bien en évidence sur le logo figurant sur les rondelles, voilà qui est révélateur du personnage et de ses productions. Merkler n’est pas totalement inconnu, il a tourné dans le giron de Janis Joplin, a coécrit avec la rouquine « Kozmic Blues ». Le bonhomme est également producteur et manager de Steppenwolf. Si Merkler se charge de la production exécutive, la production propre sera confiée à Richard Podolor*. Contrairement à son ami plus ou moins fantasque, Podolor dispose d’un curriculum intéressant : ancien guitariste de session, il a participé à « Dark Moon » petit hit de Bonnie Guitar, a été membre des Pets avec, excusez du peu, Earl Palmer et Plas Johnson, a accompagné Sandy Nelson, gravé deux albums pour Imperial et un paquet de singles sous divers noms (Richie Allen, Dickie Allen). Au milieu des années 60, Podolor laisse tomber sa gratte pour devenir ingé-son, sa nouvelle passion. Il a œuvré auprès de nombreux groupes (The Turtles, The Monkees, The Electric Prunes, Grateful Dead, Iron Butterfly et surtout Three Dog Night).

Jamul enregistre son premier et unique album à Calabasas, à l’ouest de Los Angeles, à l’American Recordings Studio City. Là où Huey Lewis, The Walflowers, Alice Cooper, Violent Femmes, Texas (pour ne citer que quelques exemples) viendront plus tard mettre en boîte leurs albums.
On est donc en plein dans une période où Flowers Power, Acid Rock règnent encore en maîtres, mais tout un tas de formations nouvelles proposent un panel orienté vers le Heavy Rock, le Prog et le Blues. 1969, quoiqu’on en dise, restera marqué par les albums de Creedence Clearwater, des Stooges, du Velvet Underground, du Jimi Hendrix Experience sans oublier la montée en puissance des groupes britanniques Cream, Led Zeppelin, King Crimson et Who (ces différents exemples ne sont qu’une rapide synthèse). Et c’est justement dans un répertoire oscillant entre Creedence Clearwater Revival et Led Zep que se situe Jamul avec ce premier opus de 11 titres. Dans un premier temps, Jamul met en boîte un premier single regroupant « Sunrise Over Jamul » couplé à « Tobacco Road ». Le single est d’abord pressé par le label new-yorkais Ampex, le distributeur de Lizard. Devant le peu de retombées, Podolor décide de donner aussitôt une seconde chance au single, qui ouvre alors le catalogue Lizard de Merkler. Ces deux titres gravés en mono figurent sur le disque et c’est « Tobacco Road » qui a l’honneur d’ouvrir les hostilités. Et le mot Hostilité convient parfaitement à cette reprise du songwriter John D Loudermilk, un cousin des Louvin Brothers. Si le titre a connu de multiples reprises accommodées à toutes les sauces (Soul avec Lou Rawls et Eric Burdon & War, Blues avec Junior Wells, Psyché ou Acid avec Blue Magoos, Jefferson Airplane, The Leaves ou encore Rare Earth), Jamul nous assène une interprétation hautement énergique annonciatrice du Hard Blues qui va bientôt déferler sur toute la planète. Harmonica sur amplifié qui ne cesse de relancer la machine, voix aussi « habitée » et éraillée que déclamatoire font de ce premier titre une intéressante démarque. Le groupe enchaîne avec « Long Tall Sally », succès interplanétaire de Little Richard, mis lui aussi à toutes les sauces. Encore une reprise mais quelle reprise ! Il faut bien tendre l’oreille pour reconnaître le titre complètement barré reposant sur une rythmique voodoo assez proche de Creedence Clearwateur, un chant de dingue et un harmonica virevoltant en droite ligne de J. Geils Band. Alors deux morceaux et deux reprises souvent archi entendues, pas de quoi sauter au plafond me direz vous.

Jamul fait preuve ensuite d’un certain don d’écriture. « Sunrise Over Jamul » est un honnête California Blues qui pourrait encore une fois figurer au répertoire de Creedence Clearwater, l’harmonica frénétique de Williams reste évocateur du futur phrasé de Magic Dick. Les Californiens tempèrent leur tempo avec « Movin’ To The Country », une combinaison hybride de Country et de Folk Blues à la Leonard Cohen qui n’a, avouons-le rien d’extraordinaire. Même impression avec « Hold The Line », une ballade aux effluves psyché proche du Velvet Underground. Troisième reprise avec « Jumpin’ Jack Flash » et premier vrai gros raté. Voulant se démarquer de la version des Stones, Jamul ralentit beaucoup trop la cadence, déplace la ligne mélodique d’un ton pour une interprétation paresseuse sans aucun intérêt. Si le morceau est l’exemple même du titre fortement marqué par la version originale qui lui colle à la peau, et aura connu des reprises superflues, celle de Jamul ne rentre pas dans les annales. Le groupe opère un gros changement de rythme avec « All You Have Left Is Me », un proto punk digne de MC5. La douce intro de batterie laisse vite place à une déferlante de guitare et un vocal braillard, plus hurlé que chanté. Rien d’extraordinaire ou de révolutionnaire mais le titre nous aura réveillé. Retour à la ballade psyché avec « Nickel Thimble », titre se rapprochant des nombreuses ballades Acid que nous délivreront les formations californiennes de l’époque. « I Can’t Complain » peut faire office de Blues Alternatif plaintif avec un chant d’écorché vif.
Quatrième er dernière reprise de l’album avec « Ramblin’ Man » **, un classique Hillbilly d’Hank Williams gravé pour la MGM en 1951 sous le pseudonyme de Luke The Drifter. Pour beaucoup d’auditeurs, le titre originel pourrait faire office de véritable purge, mais Jamul se réapproprie carrément le morceau, il faut être extrêmement attentif pour le reconnaître. Bonne rythmique, basse plus ronde, guitare incisive et un harmonica qui fait le pont entre Magic Dick et le Chicago Blues pour un petit Rock n Roll bien plus captivant que la ballade Hillbilly du Grand Hank. L’album s’achève sur « Valley Thunder », un bon Garage bien dans la lignée de certains titres des Standells.

L’aventure de Jamul s’arrête presque aussitôt après cet album sorti dans les bacs en février 1970. Ce disque sans titre se vend tout de même à 75000 exemplaires, un chiffre inespéré pour Lizard Records. En 1971, un second 45 tours est édité par Lizard regroupant « Movin’ To The Country » et « Ramblin’ Man ». Mais le groupe mécontent du mixage de l’album est lâché par le label quelques mois plus tard. Au milieu de l’année, Desnoyers, Fergus et Williams remontent une nouvelle line-up avec les arrivées du guitariste Jeff Hoffmockel et du batteur Rich Robinson. Ils enregistrent sous le nom de Jamul II un album qui ne sera jamais publié.
Un bon petit disque entre Heavy Rock, Acid et Hard Blues qui fait aujourd’hui plus office de collector que de pièce indispensable. La note de 2,5 est relevée à 3 pour cause de sincérité. L’album réussit la performance d’accéder au Hot 100 en atteignant la 93ème place en 1970. Le disque est distribué en France à partir de 1971. Réédité en CD par Golden Reborn Classics en 1996 et Flawed Gems, un label suédois en 2011.

*John Fergus et Bob Desnoyers (décédé en 2011) joueront ensemble au sein de Soylstack. Ron Armstrong est toujours musicien à Los Angeles. Gabriel Mekler sera victime d’un accident de moto en 1977. Richard Podolor sera toujours actif dans des rôles d’ingénieur du son et de producteur jusqu’au début des nineties.
**Ce titre a fait l’objet de plusieurs créations homonymes : Ray Pennington et Dickey Betts pour l’Allman Brothers Band.

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   LE KINGBEE

 
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- Steve Williams (chant, harmonica)
- Bob Desnoyers (guitare, chant)
- Ron Armstrong (batterie, chant)
- John Fergus (basse, chant)


1. Tobacco Road.
2. Long Tall Sally.
3. Sunrise Over Jamul.
4. Movin' To The Country.
5. Hold The Line (for Baby Huey).
6. Jumpin' Jack Flash.
7. All You Have Left Is Me.
8. Nickel Thimble.
9. I Can't Complain.
10. Ramblin' Man.
11. Valley Thunder.



             



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