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1969 Moloch

MOLOCH - Moloch (1969)
Par LE KINGBEE le 22 Février 2017          Consultée 1095 fois

Les traditions chrétienne et kabbalistique représentent Moloch comme un démon tirant sa joie des larmes des mères à qui il a volé les enfants. Mais le Moloch semble également avoir d’autres cordes à son arc : la tradition biblique le présente comme un Dieu auquel les ammonites sacrifiaient leurs premiers-nés en les expédiant dans un brasier. Quels que soient les ouvrages auxquels on se réfère, Moloch demeure un personnage assez peu sympathique, terrifiant et proche du Prince de l’Enfer. Pas le genre de gus qu’on aimerait croiser une nuit dans une ruelle abandonnée ou une route de campagne.

Fondé en 1968 à Memphis par le guitariste Lee Baker*, MOLOCH n'a pas connu une longue carrière ; propriétaire d’une discographie aussi fine qu’une feuille de papier à cigarette (un seul album suivi en 1972 d’un single édité par le micro label Booger) Moloch se serait-il cramé d’entrée de jeu ? Avec un tel blaze allez savoir !
Le quintet participe en juin 69 au quatrième Memphis Blues Country Festival, une manifestation à laquelle sont programmés les bluesmen Fred McDowell, Bukka White, Furry Lewis et le Révérend Robert Wilkins (le créateur de « The Prodigal Son »). Autant dire que la prestation de Moloch contraste avec celles des bluesmen précités. Ces derniers sont noirs et font dans le Country Blues; les autres sont de jeunes blancs becs aux cheveux longs qui jouent lors du festival un répertoire mêlant classicisme (Howlin’ Wolf) et Blues Psyché. Il n’en faut pas plus pour que le groupe attire l’attention de Don Nix, producteur qui a côtoyé Lee Baker au sein des Mar-Keys. Outre Baker (ex Memphis Blazers et futur accompagnateur de Furry Lewis), MOLOCH comprend dans ses rangs une jeune line-up de débutants déjantés avec le chanteur Gene Wilkins, le batteur Phil Durham (ex The Group et The Rapscallions), le bassiste Steve Spear (ex Gentrys) et l’organiste Fred Nicholson. Don Nix décide d’expédier le groupe sur National Street dans les studios Ardent. Nix prend en charge la production, les arrangements et une grosse partie de la composition. Il a réussi à décrocher un contrat avec Enterprise, la filiale de la Stax dédiée à la Pop (la maison mère se chargeant du catalogue Soul). Seuls petits bémols, Enterprise est très mal distribué et si les disques passent à la radio, ils ne se vendent pas étant bien souvent indisponibles en magasin.
A l’instar des diverses formations de Memphis conjuguant Blues et Acid Rock (Caboose, River City Street Band ou Skin Alley), l’aventure MOLOCH sera de courte durée mais débouchera sur un disque légendaire qui fera longtemps office de collector.

Si Lee Baker a appris la guitare auprès de Fred McDowell, le guitariste n’était pas un grand compositeur. Les douze morceaux du disque proviennent de la plume de Don Nix, le chanteur Gene Wilkins ayant juste coécrit deux morceaux avec le producteur. Si MOLOCH nous plonge d’amblée avec « Helping Hand » dans un curieux Acid Blues dont la brève intro est parlée, le groupe parvient à diversifier son registre. Le Heavy Blues est bien présent avec « Outta Hand », « Maverick Woman Blues » ou « Mona ». Lee Baker et ses potes se permettent le luxe d’asséner un Hard Rock, « Dance Chaney Dance », qui marque une rupture avec l’ensemble.
Mais le Blues est partie prenante dans le répertoire sous diverses formes : « She Looks Like An Angel » un mid tempo avec harmonica et « Gone Too Long » avec slide et harmo en sont des exemples parlants. Mais le disque reste marqué par la présence de deux pièces blues qui ont connu quelques reprises célèbres : le slow blues « Same Old Blues » une création de Don Nix (Freddie King ou plus récemment Irma Thomas, Missy Andersen ou Dave Specter) et surtout le standard « Going Down » (popularisé par Freddie King et plus tard par J.J.Cale, Savoy Brown, John Lee Hooker, Pink Fairies ou SR Vaughan). Eh oui, c’est bien MOLOCH qui a l’honneur de graver ces deux titres pour la première fois. Le quintet surprend avec « People Keep Talking », un boogie piano enthousiaste sur lequel la voix de Wilkins prend des airs démoniaques. Mais le grand morceau de ce disque demeure le titre de clôture « Night At The Possum », un lancinant shuffle en Soul Blues évocateur de « Bluesology », titre immortalisé par Freddy Robinson pour Enterprise en 1972.

Pour paraphraser une pub d’une marque automobile, la petite formation MOLOCH avait tout d’une grande pour réussir. Malheureusement, le groupe était tombé dans l’escarcelle d’une sous marque qui n’aura jamais véritablement percé le potentiel du groupe. Le groupe sera également massacré par la revue Rolling Stone, le magazine faisant et défaisant plus d’une carrière. Doté d’un excellent chanteur pouvant rivaliser au niveau du timbre avec Robert Plant, d’un guitariste peu connu mais adulé par certaines stars (Page, Beck, Freddie King) auteur de riffs gorgés de fuzz, d’un phrasé blues funk et heavy et d’une slide aussi dégoulinante que cradingue, d’un claviériste qui pouvait alterner entre le graisseux et la délicatesse, MOLOCH se sépare en 1971. Sous l’impulsion de Lee Baker, MOLOCH essaie de renaître de ses cendres en 1972 avec une troupe remaniée à 75 % et dans laquelle seul Lee Baker figurait, avec un single édité par le label de Memphis Booger Records.
Un groupe estampillé du Memphis Sound et un son à la croisée des chemins entre Blue Cheer, Grand Funk Railroad, Rory Gallagher.

*Lee Baker est assassiné en septembre 1996 dans l’incendie criminel de la maison de sa tante. Après la dissolution du groupe, il accompagne un grand nombre de bluesmen et joue au sein de Mud Boy & The Newtons, Lee Baker And The Agitators et au sein de Big Star en compagnie d’Alex Chilton. Le guitariste n’a aucun lien avec Lee Baker, véritable nom du guitariste louisianais Guitar Jr. alias Lonnie Brooks. Le batteur Phillip Durham devient sessionman pour la Stax et Hi Records. Il accompagne Jerry Lee Lewis, Albert King, Rufus et Carla Thomas, Ann Peebles, Etta James mais aussi Piano Red, Bukka White, Furry Lewis et l’harmoniciste Johnny Wood. Il est aussi choriste auprès d’Eddie Floyd. Le bassiste Steve Spear se produit aux côtés de Tony Joe White, John Prine, Rufus Thomas et Randy & The Radiants). Le claviériste Fred Nicholson rejoint son ami Steve Spear lors de la reformation de Randy & The Radiants, accompagne les bluesmen John Weston et Ray Drew et Rufus Thomas. Le chanteur Gene Wilkins a coupé les ponts avec la musique préférant se consacrer à son rôle de professeur de littérature et au théâtre.
Ce disque éponyme a connu plusieurs rééditions (CD et vinyles) via les labels Lizard, Fallout, Klimt Records et Pilot, ce dernier regroupant en bonus les deux titres issus du single.
Le nom de Moloch demeure répandu dans le milieu du Metal, plusieurs groupes se produisent sous ce nom en Ukraine, Angleterre, en Pologne et en Oklahoma dans des courants allant du Black Metal, au Raw Metal et au Doom Metal, registres dont j’ignore malheureusement presque tout.

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   LE KINGBEE

 
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- Lee Baker (guitare, chant)
- Gene Wilkins (chant)
- Phillip Durham (batterie, chœurs)
- Steve Spear (basse)
- Fred Nicholson (orgue)
- Johnny Woods (harmonica 7)


1. Helping Woman.
2. Maverick Woman Blues.
3. Outta Hand.
4. Same Old Blues.
5. Going Down.
6. She Looks Like An Angel.
7. Gone Too Long.
8. Dance Chaney Dance.
9. Mona.
10. People Keep Talking.
11. I Can Think The Same Of You.
12. Night At The Possum.



             



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