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Lazy LESTER - I'm A Lover Not A Fighter (1994)
Par LE KINGBEE le 29 Mai 2018          Consultée 249 fois

Leslie Johnson alias Lazy LESTER est né en 1933 à Torras une bourgade paumée située au nord de Lafayette entre le Mississippi et l’Atchafalaya. Elevé à Scotlandville dans la banlieue de Baton Rouge, LAZY comme beaucoup de ses congénères noirs ne s’éternisera pas à l’école, il doit subvenir aux besoins de la famille. Adolescent, il cumule un tas de petits boulots devenant pompiste, bûcheron et caissier dans une épicerie. Mais le garçon, excellent guitariste, frotteur, batteur et chanteur va franchir le pas au milieu des fifties en devenant, un peu par hasard, l’harmoniciste attitré du label Excello.
Aujourd’hui, Lazy Lester fait figure de dernière légende vivante de l’âge d’or du Swamp Blues, le Blues des bayous, registre tombé en disgrâce et en désuétude faute de combattants et de labels, un genre en extinction.

Au milieu des années 50, Lazy joue au sein des Rhythm Rockers, un petit combo de Baton Rouge dans lequel figure Big John Johnson. S’il lui arrive de jouer avec Guitar Gable au gré de divers engagements, c’est par le biais de LIGHTNIN’ SLIM rencontré dans un bus qu’il atterrit dans les studios Excello dirigé par J.D. Miller, sympathisant à ses heures perdues du K.K.K. Et oui, l’un des principaux producteurs de Swamp Blues et plus généralement de musique noire était un bon petit partisan de la Ségrégation.

En deux mots comme en un, Lazy Lester va devenir en moins d’une décennie l’harmoniciste emblématique du Swamp Blues. Il participe à d’innombrables sessions derrière Lightnin’ SLIM, Slim HARPO, Lonesome SUNDOWN, Carol Fran, Katie Webster, mais également derrière Nathan ABSHIRE et le rocker Johnny Jano, pour ne citer que les principaux. Entre 1956 et 1966, il enregistre 15 singles pour le label Excello, composant à tour de bras des titres qui sont souvent co-accrédités à Miller ou son Pseudo Jerry West. Mais notre bonhomme ne parvient pas à gagner sa croûte, malgré de nombreux concerts comme accompagnateur, des sessions qui s’accumulent, le gros des royalties tombe dans la poche du sympathique J.D. Miller. En 1966, LAZY LESTER, lassé de ce procédé incessant, décide de quitter la région et la musique. En 1967, Excello lui consacre un premier 33 tours « True Blues », une manière d’encaisser du pognon à moindre frais. Ce disque se négocie actuellement aux alentours des 250 €.

Au fil des années, plusieurs compilations vinyles voient le jour via les labels Blue Horizon et Flyright Records, des disques valant aujourd'hui parfois plus cher que le premier et seul album Excello. Pendant près de deux décennies, Lazy Lester traverse le pays, s’installant à Chicago, à Pontiac dans le Michigan, vivant alors avec l’une des sœurs de Slim HARPO. Cet harmoniciste atypique fait un surprenant come-back en 1979 en Hollande par l’entremise de l’impresario Freid Reif. Huit ans plus tard, l’harmoniciste reprenait le chemin des studios, enregistrant une dizaine d’albums valant bien souvent le détour.

« I’m A Lover Not A Fighter » apparaît dans les bacs en 1994. Cette brillante compilation permet aux néophytes de découvrir le Maître de l’Harmonica Swamp Blues et aux nombreux amateurs n’ayant pas les moyens d’acquérir les premières faces Excello de pouvoir écouter cette légende. Le compilateur propose ici 24 pistes dont 14 issues de singles Excello. On pourrait donc légitimement penser que le recueil contient 10 inédits, sauf que dans sa précipitation, le compilateur semble avoir oublié que ces titres figurent bel et bien en singles (pistes 4-6-10-11-14-15-21-24). « Bloodstains On The Wall » figure lui dans une compilation Flyright de 1989. En fait, seul « Sad City Blues » semble être le seul inédit de l’album.

Avec Whispering Smith, futur harmoniciste de LIGHTNIN’ SLIM, LAZY LESTER demeure le lien incontournable à de nombreuses publications Excello. A travers ces 24 titres, les diverses influences de Lester sont plus ou moins identifiables. On retrouve au gré des morceaux le souffle minimaliste et traînard de Jimmy REED, mais aussi certaines caractéristiques se rapportant à Little WALTER et Sonny Boy WILLIAMSON II et au Chicago Blues. Grand amateur de Country durant sa jeunesse, via les programmes radio de la Louisiana Hayride, LAZY LESTER a réussit à ingurgiter des passages d’harmonica figurant dans certains 78 tours de Jimmie Rodgers et les techniques de Wayne Raney, un pionnier du Country Boogie. LAZY LESTER a réussi à amalgamer toutes ces influences et devient l’auteur d’un phrasé cumulant des phases nonchalantes et des rythmes prompts parfois à l’orée du Rockabilly.

C’est bien sûr avec « I’m A Lover Not A Fighter », morceau donnant son titre à la compilation et le plus connu, que s’ouvre cette anthologie. Gravé à Crowley en 1958, ce Proto Rockab tombe durant les sixties dans la besace de nombreux groupes rosbeef oscillant entre Rock et Garage (The KINKS, Dave Edmunds, Dowliner Sect, Gary Farr & The T Bones, The Brand) ; de nombreuses formations Rockab et Neo Psychobilly ont depuis placé le titre dans leur répertoire. Autres moments dédiés à l’énergie avec l’instrumental « Lester’s Stomp » entre Boogie Blues et Stomp. Au rayon des mid tempo, l’harmoniciste imprime un tempo collant et poisseux à « Sugar Coated Love », titre repris entre autres par Barbara LYNN, les FABULOUS THUNDERBIRDS, Johnny WINTER et un tout jeune S.R.V. « I’m So Tired », « If You Think I’ve Lost You » privilégient le dynamisme à la torpeur.

Auteur de bonnes pièces contenant tous les ingrédients du Swamp Blues, vocal nasillard et âpre, ambiance suffocante des marécages, harmonica plaintif, rythmique squelettique et métronomique, riff de guitare passant de l’indolence à la menace, LAZY LESTER nous livre un paquet de pépites typiques du Blues des bayous : « I Told My Little Woman », « Tell Me Pretty Baby », « Whoa Now » et « Patrol Blues » tout deux évocateurs de Lonesome Sundown, « I Made Up My Mind », « Bloodstains On The Wall » incarnation typique du Rural Swamp. Harmoniciste virtuose, LESTER sait aussi se faire chanteur de charme, la preuve avec « You’re Gonna Ruin Me Baby » qui a dû faire tourner la tête à plus d’une jouvencelle.

Certains titres tiennent autant de la ballade que du Swamp : « Through The Goodness Of My Heart », le collant et apathique « A Real Combination For Love » qui nous expédie vers la Nouvelle Orleans ou « Take Me In Your Arms » annonciateur de Cookie & The Cupcakes. « Sad City Blues » avec l’apparition d’un saxophone nous plonge en plein Voodoo Blues en droite ligne avec SCREAMIN’ JAY HAWKINS. « « Lonesome Highway Blues » est l’exemple type du Blues louisianais capable de faire chialer le plus infâme des crocodiles. Terminons ce panorama avec l’humoristique « I Hear You Knockin’ »* un mid tempo tendance Rockin’ qui synthétise à lui seul la créativité de l’harmoniciste.

Cette compilation permettait à l’époque de sa sortie de faire découvrir sur support CD la première partie de carrière de cette icône du Swamp Blues. On regrette le manque de chronologie, une triste habitude des labels anglais. Autre petit bémol, le compilateur aurait pu incorporer les sept titres manquants de la période Excello, cela aurait constitué une parfaite anthologie, il y avait largement la place sur ce support, cette compil n’avoisinant que les 60 minutes. Ne nous montrons pas trop exigeants, ni plus royalistes que le roi et sachons nous contenter de cette presque anthologie.

*I Hear You Knockin’ a plusieurs homonymes : le titre composé par Dave Bartholomew enregistré par Smiley Lewis, Connie FRANCIS et popularisé par FATS DOMINO. QUICKSILVER MESSENGER SERVICE et la chanteuse Soul Peggy SCOTT chantent eux aussi cet homonyme. Mais la trame reste approchante dans toutes ces versions, l’histoire d’une Dame qui vient frapper à la porte de son Homme avec tout plein de regrets. La définition-même de la gêneuse repentie.

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   LE KINGBEE

 
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- Lazy Lester (chant, harmonica, guitare 1-4-10-16-19-20)
- Guitar Gable (guitare 1-2-3-4)
- Al Foreman (guitare 1-9-10-11-21-22-24)
- Pee Wee Trahan (guitare 2-8-10)
- Tony Perreau (guitare 7-8-16)
- 'blue' Charlie Morris (guitare 6)
- Leroy Washington (guitare 17)
- Isaiah Chatman (guitare 19-20)
- Hank Redlich (guitare 22)
- Bobby Mcbride (guitare 13-18-21-22, basse 1-8-14)
- Yank Perrodin (basse 3)
- Emile Joseph (basse 7-13-17)
- Rufus Thibodeaux (basse 9-11-18-22-24)
- U.j. Meaux (basse 12, orgue 24)
- Jockey Etienne (batterie 1-3-4-14-16)
- Warren Storm (batterie 2-7-11-17-24)
- Henry Clement (batterie 8-9-13-18)
- Sammy Hogan (batterie 19-20-21)
- Elton Thibodeaux (batterie 22)
- Sammy Drake (percussions 6-10)
- Katie Webster (orgue 11, piano 13-14-16)
- Merton Thibodeaux (piano 12)
- Carol Fran (piano 17)
- Tal Miller (piano 14)
- Lionel Torrence (saxophone 16-17)
- Sylvester Buckley (harmonica 19-20)


1. I'm A Lover Not A Fighter
2. Sugar Coated Love
3. Lester's Stomp
4. I Told My Little Woman
5. Tell Me Pretty Baby
6. Whoa Now
7. I Hear You Knockin'
8. Through The Goodness Of My Heart
9. I Love You, I Need You
10. Late, Late In The Evening
11. A Real Combination For Love
12. Bloodstains On The Wall
13. You Got Me Where You Want Me
14. I'm So Tired
15. Patrol Blues
16. I'm So Glad
17. Sad City Blues
18. If You Think I've Lost You
19. I Made Up My Mind
20. Lonesome Highway Blues
21. You're Gonna Ruin Me Baby
22. The Same Thing Could Happen To You
23. Take Me In Your Arms
24. You Better Listen To What I Said



             



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