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DARK AMBIENT / DRONE  |  B.O FILM

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Colin STETSON - Hereditary (2018)
Par STREETCLEANER le 1er Juillet 2018          Consultée 311 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

« I wanted the score to feel evil ». Voilà ce qu'a dit Ari Aster, le réalisateur de Hereditary (Hérédité en français) à Colin STETSON, saxophoniste virtuose et compositeur américain au style si particulier et avant-gardiste. Aster souligne d'emblée qu'il a écrit le scénario de ce drame horrifique et fantastique en écoutant les premiers travaux du saxophoniste, la fameuse série des New History Warfare. Le réalisateur prend alors conscience d'une chose : le film et la musique de STETSON seront intimement liés ; si le réalisateur doute de sa capacité à mener ce premier projet, il n'a en revanche aucun doute sur la musique de celui-ci : il lui faut absolument collaborer avec le saxophoniste américain.

La seconde consigne donnée par le réalisateur à STETSON est la suivante : le score du film ne doit pas ressembler aux scores traditionnels des films d'horreur. Ne semblant pas forcément avoir bien en tête ce que peut être une musique traditionnelle de film d'horreur, il laisse carte blanche à STETSON pour se débrouiller de manière à sonner différemment de l'habitude. Mission délicate mais facilitée par l'originalité de la musique et des travaux de l'Américain. Si STETSON a déjà composé plusieurs musiques de films et documentaires, c'est la première fois qu'il a en charge la musique d'un film d'angoisse, mais celui qui avait déjà écouté son album Never Were The Way She Was ne devait pas avoir de crainte de ce côté-là.

STETSON prend probablement conscience que ses seuls saxophones basse, ténor et clarinettes doivent travailler de concert avec au moins un autre instrument ; il fait appel à la violoniste Sarah Neufeld* avec qui il a composé le superbe Never Were The Way She Was en 2015.

Autant prévenir d'emblée, Hereditary est un monolithe noir, une ode à la nuit éternelle, à la brume qui ne se lève jamais; on entend parfois un peu du COIL dans son travail. Mais il n'y a aucun espace de respiration dans cet ensemble uniformément obscur, étouffant et angoissant qui revient inlassablement sur son pivot central, le drone ambient (« Mourning », « Aftermath », « Second Séance ») soutenu par l'électronique ; d'autant plus que le saxophoniste ne joue absolument pas la carte de la mélodie. Hereditary est profondément plongé dans le bourdonnement. Les clarinettes et saxophones de STETSON, employés de manière peu orthodoxe, ne vont cesser de vibrer ; les instruments en sont souvent méconnaissables. Et STETSON est capable de superposer les jeux grâce à son souffle et sa technique, ce qui peut donner l'illusion que deux musiciens jouent ensemble ou qu'il a été fait l'usage d'overdub (il y en a toutefois sur Hereditary) ; il peut même donner l'illusion d'être un trio à lui seul (« Get out », « Reborn »). Il faut voir ce qu'il est capable de faire en live pour le croire. Il n'y a que de temps à autres que les instruments s'entendent pour ce qu'ils sont « Mothers & Daughters ».

Les montées en puissance du drone enchantent (« Aftermath », « Steve » « Peter »), STETSON jouant régulièrement des petites boucles qui vont s'évanouir dans le néant comme des échos mourants (« Funeral », « Charlie », « Steve »). Le bourdonnement sait aussi se faire stagnant « Peter », tel un bruit de magma en provenance des territoires infernaux. En jouant avec les clés, les instruments peuvent également marteler la panique qui nous gagne pour avoir tenté de contrarier les plans du Malin « Chasing Peter » ou lorsque notre cœur est prêt à exploser sous l'effet de la sidération « Party, Crash » parce que nous venons de commettre un acte irréparable sur lequel aucun retour n'est possible. L'introduction de « Reborn » semble, quant à elle, contenir en son sein une puissance toute wagnérienne qui n'attend que d'éclater afin de saluer le crépuscule de l'humanité. La musique symphonique n'est pas étrangère à STETSON, lui qui a formidablement impressionné en réinterprétant la 3ème de GORECKI.

Si la musique du saxophoniste américain est excellente pour servir le propos, et parfaitement « Evil » conformément à la commande du réalisateur, encore une fois la question est de savoir si elle peut vivre en dehors de son contexte visuel, d'autant que STETSON n'a pas pris le parti de travaux mélodiques, ce qui implique que sa musique n'a même pas de thème auquel se raccrocher. Toutefois, le travail fourni sur Hereditary dépasse de loin ce que la plupart des B.O. nous donnent à entendre pour des films similaires.

Note réelle : 3,5/5.

*Neufeld intervient sur les titres suivants : "Funeral", "Charlie", "Party,Crash", "Steve", "Peter"

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- Colin Stetson (clarinettes, saxophones, électronique)
- Sarah Neufeld (violon)


1. Funeral
2. Mothers & Daughters
3. Brother & Sister
4. Charlie
5. Party, Crash
6. Mourning
7. Aftermath
8. Séance Sleepwalking
9. Second Séance Pt. 1
10. Second Séance Pt. 2
11. Second Séance Pt. 3
12. Classroom
13. Dreaming
14. Book Burning
15. Joanie
16. Get Out
17. Leigh's Things
18. Steve
19. Peter
20. Chasing Peter
21. The Attic
22. Reborn
23. Hail, Paemon!



             



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