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1979 The Crack

The RUTS - The Crack (1979)
Par LE KINGBEE le 6 Septembre 2018          Consultée 215 fois

Mes collègues spécialistes du Punk et de la New Wave m’offrent un bien beau cadeau en ayant zappé le premier disque des RUTS, « The Crack » figurant, à mon sens, parmi les albums marquants de la fin des années 70.

The RUTS se forment en 1977 à l’instigation de Dave Ruffy et Paul « Foxy » Fox, tous deux issus du groupe Hit & Run qui se complait à jouer dans les pubs à condition qu’ils puissent envoyer le pâté. Ils sont bientôt rejoints par Malcolm Owen, un jeune chanteur issu du Jazz, et Paul Mattock. Après avoir envoyé une poignée de démos qui n’intéressent aucune maison de disques, Mattock quitte le navire, remplacé par John « Segs » Jenning. Seul hic, Segs est bassiste ce qui oblige Dave à quitter la basse pour se remettre à la batterie, son premier instrument de cœur.

Si le groupe n’intéresse aucun label, il se contente de jouer dans un premier temps, écumant les scènes Rock, participant à de nombreux festival. Si John Peel les remarque au « Rock Against Racism », c’est sur le label de People Unite de Clarence Baker, un activiste anti-nazi manager du groupe Reggae Misty in Roots, que le groupe met en boîte son premier single en 1978 avec « In A Rut » et « H-Eyes ».

Fondé par Richard Branson en 1972, le label Virgin Records est connu pour avoir catapulté Mike OLDFIELD, Peter TOSH, relancé Kevin Coyne, Steve HILLAGE. La firme est aussi connue pour quelques fulgurances de génie avec les signatures des MOTORS, MAGAZINE, WILKO JOHNSON, PUBLIC IMAGE Ldt. Le label ne va pas laisser échapper les RUTS en permettant au groupe d’enregistrer son premier single distribué dans toute l’Europe. Et ce premier bébé devient vite un vrai carton, « Jah War » grimpant à la surprise générale sur la 7ème marche des charts britanniques. Un second single voit aussitôt le jour.
Pour Virgin, il est temps de passer à la vitesse supérieure et d’enregistrer un album. Le groupe encore abrupt est confié en septembre à Mick Glossop, producteur qui vient de collaborer successivement avec TANGERINE DREAM, Mike OLDFIELD, The MOTORS, WET WILLY, CAMEL, MAGAZINE, VAN MORRISON sans oublier Gary NUMAM ou PUBLIC IMAGE. Comme Jésus, Glossop a la réputation de transformer l’eau en vin.

Le producteur à l’aise dans des domaines aussi différent que le Prog., la musique électronique ou la New Wave décide de leur laisser libre cours, Glossop exigeant seulement que le groupe réenregistre deux titres issus des singles.
Contrairement à de nombreuses formations Punk qui enregistraient alors leurs disques comme une démo ou s’ils étaient en Live, The RUTS nous propose dès le premier album, une galette superbement affinée, superbement produite sans pour autant édulcorer ou dénaturer toute la sauvagerie du groupe.

La pochette telle une peinture représente le groupe au cours d’une party. La rumeur prétend qu’HENDRIX, CAPTAIN SENSIBLE et le batteur Rat Scabies figurent dans cette foule fictive, une toile créée par John Howard, futur illustrateur de Box Of Frogs. Ce n’est pas un hasard si ce sont des sirènes (de police ou d’ambulance peu importe) qui ouvrent en guise de premières notes le disque. Les paroles de « Babylon’s Burning » (« Babylon is burning-You're burning the street-You're burning your houses-With anxiety » annoncent la couleur. Le groupe est en rébellion, comme la majorité de la jeunesse anglaise. Il faut dire que la Perfide Albion baigne dans la bonne ambiance entre la Livre Sterling qui se casse la gueule, la rupture totale avec les syndicats professionnels, l’Hiver du Mécontentement et l’arrivée de Thatcher, première femme Premier Ministre, une femme à la poigne de fer. Toujours aussi violent, « Dope For Guns » est une violente réplique contre la drogue, les armes à feu et la manipulation des tabloïds anglais. Le groupe nous assène ici un tempo rageur tenant autant des MC5 américains que des DAMNED, autre groupe de la banlieue londonienne.
Changement de cap avec « S. U. S. », titre ou la basse maintient une intensité aussi dramatique qu’ambigüe avec une sonorité se rapprochant de l’album « Black & White » des STRANGLERS. Mais si les baguettes lorgnent parfois du côté tropical ou Ska, les paroles ne trompent pas. Malcolm Owen pousse un cri de révolte contre la répression policière et les abus : «  Down in the street just waiting for a bus-This cop comes up, their giving me the SUS-They said 'Hey sonny, I think you're in our file… ». Contrairement à de nombreux groupes Punks, les RUTS disposent d’une écriture plus subtile, plus raffinée avec des textes plus recherchés comme en témoigne « Something That I Said », un titre énergique évocateur des BUZZCOCKS et incitant la jeunesse à aller de l’avant et à ne jamais baisser la tête. Les rapports entre les gens sont disséqués sur « You’re Just A » sur un tempo toujours aussi omnivore mêlant Punk et Garage. Le groupe prend un virage à 180° avec « It Was Cold », titre dépassant les six minutes mais sur un rythme à mi chemin de MAGAZINE, POLICE et SIOUXIES & The BANSHEES. Un changement de tempo concluant en beauté cette face A.

La face B s’ouvre sur l’explosif « Savage Circle » avec une batterie sauvage, un bref solo de guitare et des textes sur le mal-être plus en rapport avec la Cold Wave. Chez les RUTS, on ne se morfond pas dans son spleen, on le rejette avec force et violence.
« Jah War » ne constitue pas seulement le titre fort du disque mais peut être considéré comme l’un des titres phare de la vague Punk. Titre Reggae par excellence pouvant se classer entre le « Police & Thieves » des CLASH (emprunté à Junior Murvin) et l’impayable « Zungguzungguzungguzen » de YELLOWMAN. Mais à l’instar de la bande à Joe Strummer et malgré son rythme indolent tout en souplesse, c’est un appel au combat que nous lance les Routiniers. Méditez chers lecteurs sur ces paroles : « The air was thick with a smell of oppression-The militants joined with angry position-The tension tight with the strain of repression-Young blood boiling hot with agression » et puis ce refrain avec sa ligne de basse imparable et le renfort de cuivres : Jah war fighting fighting- Jah war, too close frightening …. Une véritable prise de conscience dans laquelle le groupe adresse un clin d’œil à Clarence Baker arrêté et molesté par le SPG ⃰ lors d’une manifestation juste avant l’enregistrement.
Chez nous, le titre ne connaît pas le succès rencontré dans la plupart des pays européens. Il faut dire que sa longueur (presque 7 minutes) avait refroidi nos animateurs radio, plus enclins à se trémousser sur les niaiseries du moment et à se taper la cloche.
Chassez le naturel, il revient au galop. « Criminal Mind », un véritable hymne punky sauvage et intense d’à peine une minute et demi vous permettra de vous défouler. Idem avec l’excellent et féroce « Backbitter ». Le disque se termine par un titre Live « Human Punk » enregistré au Marquee en juillet⃰ ⃰ une invitation au Pogo et variante de « In A Rut ».

Ce disque studio capte toute l’énergie d’un groupe jeune et sans concessions pouvant toutefois faire preuve de nuance. John Peel, célèbre animateur de la BBC et découvreur de talent hors pair qualifie ‘The Crack » comme album de l’année.
Malheureusement l’aventure est de courte durée. Le 14 juillet 1980, alors que chez nous autres on fête la commémoration de la Prise de la Bastille, Malcolm Owen décède d’une overdose d’héroïne au domicile familial, moralement épuisé par son récent divorce. Drôle d’ironie alors que les trois autres membres se sont toujours déclarés opposés aux drogues dures.
La formation se reforme brièvement en 2007 dans des concerts de soutien pour Paul Fox, victime d’un cancer des poumons, combat qu’il perd en octobre. Les deux survivants ont remonté avec deux nouveaux acolytes le groupe sous l’appellation RUTS DC.

Pour résumer, cet album propose un patchwork Punk beaucoup plus captivant que les productions de l’époque avec un cocktail contenant une touche de CLASH, des Zestes de DAMNED et de DICTATORS, quelques gouttes de MAGAZINE et une pincée de GENERATION X.

⃰Le S.P.G. (Special Patrol Group) est une unité de police spécialisée dans les émeutes et les manifestations. En 1979, ce service a été mis en cause après le décès de Blair Peach, un enseignant de Nouvelle Zélande participant à une manifestation contre le National Front et le Parti Nazi. Il a été prouvé que certains membres du S.P.G. étaient armés de barre à mine, de battes de baseball et de marteaux, mais aucun membre n’a été condamné. Le service a été dissous en 1987 remplacé par le T.S.G. (Territorial Support Group)

⃰⃰ ⃰ J’y étais ! On les verra à l’émission « Chorus » présentée par Antoine De Caunes en janvier 80.

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   LE KINGBEE

 
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- Malcolm Owen (chant)
- Paul Fox (guitare, orgue 8)
- Dave Ruffy (batterie, chœurs)
- John 'segs' Jenning (basse,piano 8, chœurs)
- Gary Barnacle (saxophone 8)
- Luke Tunney (trompette 8)
- Mike Glossop (synthétiseur 6)
- Mannah (choeurs 3-9)
- Bertie (choeurs 8)
- Pocky (choeurs 8)
- Rocky (choeurs 8)


1. Babylon's Burning
2. Dope For Guns
3. S. U. S.
4. Something That I Said
5. You're Just A...
6. It Was Cold
7. Savage Circle
8. Jah War
9. Criminal Mind
10. Back Bitter
11. Out Of Order
12. Human Punk



             



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