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Les VRP - Remords Et Tristes Pets (1989)
Par RAMON PEREZ le 1er Octobre 2018          Consultée 720 fois

En France, on a souvent un train de retard. En même temps, quand il arrive, il a souvent de la gueule. Prends le punk par exemple. Autour de 77, c’était dans l’élite culturelle et bourgeoise qu’on le trouvait, dans les grandes villes du pays. En décalage évident avec l’ADN prolo de ce qui se passait de l’autre côté de la Manche. Il ne faut dès lors pas s’étonner si ces punks d’étiquette ont très vite tourné new-wave, ce en quoi ils furent pour une fois précurseurs. Donc le train est arrivé avec 4 ou 5 ans de retard, le temps que ça se diffuse dans des classes plus populaires biberonnées aux PISTOLS ou aux CLASH. Cette génération, plus proche du punk radical U.K., eut mille raisons de rentrer dans le lard de la production française d’alors. De viser la new-wave, mais aussi la variétoche toute puissante en ce temps-là par chez nous. On a appelé cette vague le rock alternatif et l’étendard en fut Béru.

Mais faire les choses contre n’a qu’un temps. Une deuxième vague est alors arrivée. Beaucoup plus ouverte musicalement à d’autres styles et instruments, notamment issus du traditionnel. Là, on parle plutôt de la MANO NEGRA. Et, au milieu, les VRP. Leur penchant pour une musique minimaliste ainsi qu’une certaine radicalité dans leur forme les rapprochent des premiers. C’est d’ailleurs le label emblématique du mouvement, Bondage, qui lance leurs disques. Mais le choix de l’acoustique et quelques excentricités, ainsi que l’époque, les font définitivement appartenir aux seconds. Reste à savoir si, pour du rock alternatif, on a bien à faire à du rock. A ce propos, je te renvoie au débat dans la fameuse émission de Dechavanne où on entendait cet argument : accompagne GOGOL 1er au violon, ce sera du rock ; mets de la guitare électrique derrière CABREL ce sera pas du rock.

Donc, si on accepte que le rock puisse se faire sans aucun ampli, les VRP en font. Au demeurant, le débat reste vain car ce groupe ne fait peut-être même pas de la musique, ou c’est plus que ça. C’est de la rue. Celle que tu trouves à Aurillac en août et sur ton trottoir de temps à autres. Non mais, t’as vu leurs gueules ? Leurs maquillages foireux, leurs fringues trouvées dans les poubelles d’Emmaüs ? Leurs instruments bricolés au garage ? J’ai toujours pensé que s’il fallait chercher une preuve du génie français, il fallait regarder vers ce qui a pu permettre à un groupe, à l’origine calibré pour ne pas jouer devant plus de 200 personnes, de devenir un élément central de la scène indépendante. A la fois très sollicité sur le moment, puis devenant une référence pour les suivants. Que l’on parle d’autres groupes (Les HURLEMENTS D’LEO leur ont piqué le nom, Les OGRES DE BARBACK leur doivent beaucoup) ou même de l’industrie. On sait par exemple qu’au moment de lancer Olivia RUIZ, juste après la Starac, c’est Néry qu’Universal est allé chercher comme caution, histoire d’avoir une chance pour elle de se faire accepter par le milieu auquel elle se réfère.

Ce n’est donc pas le moindre paradoxe qu’une bande taillée pour la rue et donc le spectacle, ait été amenée à faire des disques. Pourtant il faut bien constater que cela fonctionne dès le premier effort. Si la production est plutôt faible et que l’ensemble est assez décousu, cela n’atténue en rien l’intérêt de l’album. Le style des VRP est parfaitement identifiable, dès la première chanson. La moitié de l’album est faite de chansons interprétées à plusieurs voix, sur un accompagnement franchement exubérant quand on se rappelle qu’il n’y a qu’une guitare et une contre-bassine à la base. Une musique qui se rapproche d’un BRASSENS dont les veines charrieraient du café (ou d’autres substances moins avouables). La dimension scénique se retrouve sur le disque car chaque titre est un petit skecth. L’occasion pour les VRP de varier les costumes, tournant tout le monde en dérision, dans un style sarcastique qu’on a davantage connu en Angleterre que chez nous. Les VRP à la croisée des CLASH, de BRASSENS et des MONTY PYTHON ? Et pourquoi pas ?

Ils commencent évidemment par s’attaquer aux (vrais) VRP, fustigeant sans retenue l’esprit de compétition et l’hypocrisie entre collègues. Un peu plus loin, la satire du cadre sup est elle aussi pleine d’un fiel jubilatoire, quand celle des cadres moins sup cherchant à oublier leur quotidien dans des soirées de mardi gras sinistrement pathétiques est d’une férocité rarement entendue. Le populo n’est pas non plus épargné, je rassure d'emblée le lecteur de droite ! Tout cela se fait grâce à une qualité d’écriture évidente dont le meilleur exemple est le texte à tiroirs de « Je n’en peux plus ».

Et si le groupe excelle dans la satire sociale, il est aussi très fort pour parsemer l’album de délires en tout genre. On entend une opérette pour simili-viet, la complainte du mal aimé rêvant d’être un nain (parce qu’il vaut mieux en avoir une belle) ou encore une revue sur les livres de fesse ! Les VRP ne rechignent évidemment pas sur le mauvais goût, claquant les gosses (deux fois !), jouant la carte grivoise et même scato. Le dernier titre, la reprise de Claude FRANCOIS, qui fut paraît-il leur premier succès public, s’ouvre par le bulletin radio du jour de la mort de Cloclo. Les mots « dignité » et « respect » ressortent, juste avant que la guitare ne parte. Manière de fouler au pied ces deux valeurs : de leurs textes à leur musique, de leur chant à leurs tenues, les VRP sont les parangons de l’irrespect et de l’indignité ! Bref des punks, des vrais !

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