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MUSIQUE CONTEMPORAINE  |  B.O FILM

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1958 Vertigo
1960 Psychose
 

- Style : Pino Donaggio

Bernard HERRMANN - Vertigo (1958)
Par AIGLE BLANC le 6 Novembre 2018          Consultée 263 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

En 1958, Alfred Hitchcock fait appel pour la quatrième fois à Bernard HERRMANN pour la musique de Vertigo (Sueurs froides). Les deux hommes se sont rencontrés à l'époque de la comédie macabre The Trouble With Harry (Mais qui a tué Harry?, 1955), collaboration qui s'est poursuivie avec The Wrong Man (Le faux coupable, 1956) et The Man Who Knew too Much (L'homme qui en savait trop, 1956). Si les trois premières partitions d' HERRMANN sont loin d'être les plus significatives de sa personnalité musicale, Mais Qui a Tué Harry s'appuyant sur une petite formation d'instruments à vent et de cordes et Le faux coupable officiant dans un registre jazzy que le compositeur n'exploitera plus au cours de sa carrière jusqu'à Taxi Driver de Martin Scorcese (1976), son ultime travail pour le cinéma, en revanche Vertigo scelle dans le marbre la vraie naissance de la collaboration entre le compositeur et Alfred HITCHCOCK, le cinéaste ayant enfin compris toute la charge émotionnelle qu'HERRMANN pouvait injecter dans ses films. Il n'est nul besoin d'aller chercher bien loin la raison d'une réussite aussi éclatante et déterminante dans l'histoire de la musique de film. L'intrigue de Vertigo, qui radiographie la descente aux enfers d'un homme submergé dans une passion amoureuse obsessionnelle et déviante, baignée d'une atmosphère délétère et nécrophilique, épouse la sensibilité fortement romantique d' HERRMANN qui peut dès lors projeter dans sa partition tous ses fantasmes et libérer sans retenue le lyrisme de sa vraie nature. La fusion entre les images et la musique offre le cas rare d'un double chef-d'oeuvre, celui du film d'HITCHCOCK et celui de sa musique, sans qu'on ne sache jamais lequel exacerbe l'autre. Sans les images, la partition orchestrale de Bernard HERRMANN conserve toute sa force quoiqu'il lui manque quelque chose -le support sur lequel elle s'appuie. Quant au long-métrage avec James Stewart et Kim Novak, sans sa musique, serait-il, malgré sa mise en scène et son traitement époustouflant de la couleur, le chef-d'oeuvre qu'on lui reconnait? Les deux artistes ne peuvent plus dès lors exister l'un sans l'autre, l'union est signée dans le sang et la fureur, inaugurant une collaboration passionnelle, attisée par l'intransigeance maladive du cinéaste et le caractère irascible, indomptable du musicien.

Le disque s'écoute comme une symphonie en deux parties, le terme Mouvement ici n'ayant pas sa place dans la mesure où Bernard HERRMANN ne raisonne pas en terme de composition évolutive. La seule ligne directive qu'il suit, c'est le scénario ou plutôt l'évolution psychologique du protagoniste incarné par James Stewart dont l'obsession amoureuse s'enfonce dans les limbes d'une mélancolie aussi noire que morbide. Ecouter l'enregistrement de la partition, exécutée par l'orchestre Sinfonia of London que dirige Muir Mathieson, cela revient à se repasser dans la tête tout le film, les pistes étant agencées selon l'ordre chronologique du film, procédé non systématique dans le cadre des Bandes Originales mais qui avec B. HERRMANN se justifie amplement car il ne compose pas à l'intérieur d'une cellule autonome. Les titres figurant au dos des pochettes des multiples éditions le confirment. Le nombre de pistes par exemple peut varier non seulement dans les rééditions augmentées, mais dans celles qui reproduisent traditionnellement la partition d'origine. C'est ainsi qu'en 1958 et jusqu'à 1990, l'album présente sept pistes. Alors qu'à l'occasion du réenregistrement de 1996, par le Royal Scottish National Orchestra que dirige Joel McNeely sous l'égide du label Varese Sarabande, il affiche 14 pistes. Et depuis 2014, Vertigo expose sur sa pochette 12 pistes mais dont certaines ont été regroupées différemment. Au vu de tous ces remaniements du livret, force est de constater que la musique de Bernard HERRMANN ne supporte pas un seul instant l'analyse titre par titre. La notion de titre même n'a aucune pertinence avec ce compositeur exclusivement préoccupé par l'aspect émotionnel de sa musique et qui ne se soucie jamais de développer les thèmes qu'il accumule et répète en ostinato jusqu'au vertige.

La première partie de Vertigo (les six pistes de la face A du vinyl), après un "Prelude" qui annonce de manière condensée le programme alternant romantisme échevelé et menaces crépusculaires et un "Rooftop" qui sert de thème récurrent au vertige dont souffre le personnage masculin, accompagne la naissance d'un amour totalement idéalisé que traduisent des cordes tenues dans un registre de plus en plus sourd jusqu'à la dissolution quasi totale de l'orchestre, créant ainsi une atmosphère feutrée et suspendue, à la fois contemplative mais d'où s'élève comme la crainte d'une explosion. Lors des deux dernières pistes, Bernard HERRMANN introduit le thème central de l'obsession tragique perçue alors comme l'explosion d'un volcan entrant en éruption et que conclut "The Tower" où le drame de la chute mortelle scande une symphonie de la mort particulièrement réussie, née de l'accélération des violons, des avertissements des cuivres, d'une harpe virevoltante et des percussions comme un glas qui combinent leurs voix dans un effet dramatique saisissant.
La seconde partie quant à elle s'enfonce dans l'obsession d'un amour tragique renaissant de ses cendres, que traduit un orchestre au lyrisme échevelé duquel s'échappe une plainte lancinante. Bernard HERRMANN y aligne ses thèmes, les superpose, les réadapte, les entremêle dans une furie émotionnelle d'une rare intensité. Sa musique est trop tourmentée pour s'enfermer dans des schémas cloisonnés avec un début, un milieu et une fin. Ses thèmes éclatent lorsque l'orchestre s'enfle mais ne trouvent jamais l'apaisement d'une fin, sans cesse interrompus par de brusques changements d'intensité, pour repartir de plus belle en des variations d'arrangements plongeant l'auditeur dans le vertige de cet amour aux limites de la nécrophilie. Le compositeur écrit une partition qui peut se lire comme une déclaration d'amour adressée à l'actrice Kim Novak, mieux même comme un acte d'amour fortement érotisé par notes et ostinatos interposés de thèmes s'amplifiant dans une extase jamais assouvie.

La version ici chroniquée se caractérise par l'osmose fiévreuse des musiciens de l'orchestre que dirige un Muir Mathieson incontestablement convaincu du génie de la partition de Bernard HERRMANN.
Vertigo est entré dans le panthéon des musiques de films iconiques, une borne dans l'histoire du septième art et un modèle pour les générations futures de musiciens comme Pino DONAGGIO, John WILIAMS, James HORNER ou Brian MAY*.


*Brian MAY n'est pas ici le guitariste de QUEEN mais son homonyme australien, compositeur des musiques de Harlequin et des deux premiers Mad Max.

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   AIGLE BLANC

 
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- Sinfonia Of London (orchestre)
- Muir Mathieson (chef d'orchestre)


1. Prelude / Rooftop
2. Scotty Trails Madeline
3. Carlotta's Portrait
4. The Bay
5. The Beach
6. Farewell / The Tower
7. The Nightmare / Dawn
8. The Past And The Girl
9. The Letter
10. Goodnight / The Park
11. Scene D'amour
12. The Necklace / The Return / Finale



             



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