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Tony Joe WHITE - Closer To The Truth (1991)
Par LE KINGBEE le 30 Octobre 2018          Consultée 185 fois

Le 25 octobre 2018, on apprenait le décès de Tony Joe WHITE victime d’une crise cardiaque la veille. Benjamin d’une famille de sang mêlé cherokee de sept enfants, Tony voit le jour en juillet 1943 au cœur des bayous louisianais. Il se met très tôt à la guitare et à l’harmonica et débute, une fois ses études terminées, au sein de Tony Joe & The Mojos, un petit groupe se produisant dans les bars et honky tonk texans. Le combo grave un premier single pour J-Beck, un micro label de Corpus Christi. On est à la fin des sixties, le Swamp Rock connait ses dernières heures de gloire avec Joe South, Dr. JOHN, Ronnie HAWKINS, Dale HAWKINS et surtout le groupe californien CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL que beaucoup rattachent au Swamp Rock par erreur.

A 25 ans, Tony se fait embaucher comme auteur par une maison d’édition rattachée au label Monument Records et parvient à mettre en boite son premier scud avec « Black and White », un album comprenant entre autre « Scratch My Back » reprise de Slim HARPO, « Willie and Laura Mae Jones » que reprendront Bettye Swann, Dusty SPRINGFIELD ou Brook BENTON. Mais c’est bel et bien « Polk Salad Annie » qui lui confère soudainement le statut de star, le titre étant repris par le King en personne. En 1969, il récidive avec « …Continued », disque dans lequel figure « Rainy Night in Georgia », que Brook BENTON fera grimper sur la première marche des charts l’année suivante.

En 73, Tony fait ses premiers au cinéma participant à « Catch my Soul » une comédie dramatique de Patrick McGoohan avec la superbe Season Hubley et le couple Bramlett. Mais le chanteur appréciait avant tout son pied à terre à Franklin, à une encablure de Nashville là où il avait monté son propre studio, et par-dessus tout la pêche, une vie simple éloignée des projecteurs et des paillettes.

Durant les années 70, White enregistre trois disques pour la Warner, mais sa carrière s’apparente plus à celle d’un songwriter. Le guitariste privilégie sa vie de famille tout en enregistrant une poignée de disques pour de petits labels. En 1980, son nom revient sur le devant de la scène, via « The Real Thang » publié par la firme Casablanca disque dans lequel figure une nouvelle version de « Polk Salad Annie » et sa réponse clin d’œil au titre Country d’Ed Bruce « Mama Don’t Let your Cowboys Grow Up to be Babies » popularisé par Willie NELSON et Waylon JENNINGS.
Homme simple et naturel, WHITE aura connu le succès par procuration, via des compositions pour d’autres et des titres repris par d’autres. Il collabora avec Joe DASSIN, Johnny HALLYDAY, Tina TURNER.
Toujours actif, il marque le nouveau millénaire avec « The Heroines », disque auquel participent Lucinda WILLIAMS, Emmylou HARRIS et sa fille Michelle. Sous contrat avec Yep Roc Records depuis 2013, Tony avait enregistré trois albums salués par la presse internationale. Ses venues en France où il privilégiait les petites salles se déroulaient toujours à guichets fermés. Surnommé le Swamp Fox (renard des marais) sa voix d’outre-tombe et ses compositions nous manquent déjà.

« Closer to the Truth » (rien à voir avec le disque homonyme de la chanteuse CHER) aurait pu passer complètement inaperçu. Edité une première fois par Swamp Records, le disque connaitra une renommée internationale grâce à Remark, une filiale française de Polydor. Enregistré à Muscle Shoals Sounds, célèbre studio concurrent de FAME, cet album s’appuie sur deux membres fondateurs de la Muscle Shoals Rhythm Section, également connue sous le nom de Swampers, avec Roger Hawkins et David Hood. Cette section rythmique, ancienne épine dorsale des productions Fame, dispose d’un CV aussi épais qu’une Bible. C’est elle qu’on retrouve derrière Wilson PICKETT, Percy SLEDGE, Aretha FRANKLIN, JJ CALE, Bob SEGER pour ne citer que les principaux.
WHITE connait bien Hawkins et Hood, les deux sessionmen étaient présents lors de l’enregistrement de « The Train I’m On » gravé en 72 pour la Warner. Hormis un Live issu d’un concert en Allemagne, publié par le label français Dixiefrog, WHITE n’a pas mis les pieds en studio depuis 8 ans. Auteur prolifique, White a eu tout le temps de composer et d’apporter sa griffe pour un nouveau disque ; il a écrit 9 des 12 titres, les 3 autres étant coécrits avec sa femme Leann. Cette fine équipe est complétée par Steve Nathan, un ancien accompagnateur de l’écurie FAME, Spooner Oldham, pianiste qu’on entendait sur « When a Man Loves a Woman » de Percy SLEDGE, le saxophoniste Harvey Thompson (ex FAME). Afin de donner une cohérence sonore à tout ce petit monde, WHITE a choisi Steve « Meltdown » Melton (un ancien de la Stax et de FAME) aux consoles.

Si sur scène, Tony Joe White se contente souvent du minimum (une batterie, une basse en guise d’accompagnement) là c’est la grosse cavalerie qui arrive. On s’en rend compte dès « Tunica Motel » qui s’ouvre par une sorte de rugissement, un excellent titre de South Rock qui fait mouche dès les premiers mots : « Monday looked like a downer –Tuesday looked like rain… », la synthèse entre CREEDENCE CLEARWARTER, DOOBIE BROTHERS et The BAND. Sur « Ain’t Going Down This Time », la guitare incisive et claire se retrouve renforcée par un nappage d’orgue, pour une ambiance quasi religieuse.

Si Tina TURNER avait connu un franc succès avec « Steamy Windows », écrit Tony deux ans plus tôt, une voix des cavernes remplace la gouaille érotique pour le plus bel effet. Si on peut concevoir que le jeu de jambe et la tunique extra courte de Tina TURNER firent beaucoup pour la chanson, avouons que le timbre rauque colle remarquablement au morceau. Rien à voir avec la future version de Shemekia Copeland aussi lente que barbante.
Bien qu’établi dans le Tennessee, WHITE nous diffuse une bouffée de moiteur en provenance des bayous avec « Love.M.D.). « The Other Side » s’annonce plus long et plus poétique, comme si le renard faisait preuve de tendresse. Les marais, il en est encore question dans « Bi-Yo Rhythm » titre dans lequel le chanteur évoque le pouvoir de la nature, une métaphore par rapport au rythme de vie urbain.

Plus acoustique « Cool Town Woman » nous fait naviguer entre le lac Pontchartrain et le Delta avec pour mot d’ordre un attachement pour le monde rural. Tina Turner, encore elle, reprenanit « Undercover Agent for the Blues » avec une forme de lascivité bien explicite, au bord du désir, WHITE nous livre ici la version mâle. John MAYALL rendra hommage au louisianais en reprenant le titre. « Main Squeeze » nous renvoie entre swamp blues et Memphis Rock avec l’harmonica en toile de fond et la swamp-box qui martèle le rythme comme un métronome. « Closer to the Truth », long titre de plus de six minutes achève le disque sous une touche de doute et un rythme lent ne faisant qu’augmenter cette impression de trouble au bord du pyrrhonisme.

Avec « Closer to The Truth », Tony Joe WHITE nous délivrait non seulement un superbe disque d’auteur compositeur mais également du Blues parsemé de Rock solide et groovy, capable de nous faire vivre toute une palette de sentiments distincts.

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   LE KINGBEE

 
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- Tony Joe White (chant, guitare, harmonica, swamp-box)
- Roger Hawkins (batterie, cuillères)
- David Hood (basse)
- Steve Nathan (claviers)
- Spooner Oldham (piano électrique)
- Harvey Thompson (saxophone)
- Mickey Buckins (percussions)


1. Tunica Motel
2. Ain't Going Down This Time
3. Steamy Windows
4. (you're Gonna Look) Good In Blues
5. Love M.d.
6. The Other Side
7. Bi-yo Rhythm
8. Cool Town Woman
9. Bare Necessities
10. Undercover Agent For The Blues
11. Main Squeeze
12. Closer To The Truth



             



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