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Carole KING - Tapestry (1971)
Par DERWIJES le 24 Novembre 2018          Consultée 633 fois

Tapestry. Voilà un disque sur lequel il y a à dire. Commençons par donner quelques chiffres, pour donner une idée de ce qui nous attend : 302 semaines au Billboard 200 US dont 15 semaines en première place. Plus de 25 millions d'exemplaires vendus depuis sa sortie entre 1971 et 2015 (encore plus depuis !). Classé 36ème dans la liste des 500 plus grands albums de tous les temps par le Rolling Stone Magazine. 4 Grammy Awards : album de l’année, chanson de l’année, enregistrement de l’année et meilleure chanteuse pop. A tenu pendant 20 ans le record de vente d’un album composé par une femme. Fait partis des albums les plus vendus des années 70, dans une décennie qui compte les PINK FLOYD, LED ZEPPELIN, Neil YOUNG ou encore FLEETWOOD MAC parmi les plus gros vendeurs.

Et tout ça, ce ne sont que des chiffres froids et lointains. Ce qui compte ici, c’est l’héritage de ce disque : Tapestry a prouvé à l’industrie musicale qu’une femme peut composer son album toute seule et le voir se vendre comme des petits pains, sans être tenue par la main d'un homme. Si encore aujourd’hui Ariana GRANDE ou encore ADELE peuvent parader en haut des charts, c’est grâce à ce disque. Après la sortie du disque, il faudra attendre 20 ans pour qu’une autre femme prenne le contrôle des charts aussi longtemps (ce sera Whitney HOUSTON et son Bodyguard).

Pourtant, les choses semblaient mal parties au départ. Divorcée de son mari Gerry GOFFIN avec qui elle s’était fait connaître en écrivant des chansons à succès dans la première moitié des années 60, son groupe The City fit un gros flop et son premier album solo Writer ne se vendit que modestement. A une époque où l’opinion générale acceptait que les femmes sortent de la cuisine à condition de ne pas déranger les hommes, rien ne semblait prédire le succès à venir lorsque Carole KING entra dans les studios d’A&M Records (un peu avant que ceux-ci ne signent Joan BAEZ) pour enregistrer son second album. Mais lorsque le résultat final parvint aux oreilles des Américains, ceux-ci prouvèrent qu’il peut leur arriver d’avoir un minimum de bon goût, et catapultèrent l’album vers la gloire.

Mais trêve de compliments, passons à la musique. L’album est composé de chansons intimistes et calmes parlant principalement des complexités de l’amour. Pourtant, vous ne le sauriez pas à l’écoute du premier morceau, « I Feel the Earth Move », terriblement groovy et sexy avec un chant et une mélodie parfaitement calibrés l’un à l’autre, une alchimie rare mais ô combien précieuse, écoutez-donc ce refrain imparable pour en être convaincu ! Une intelligence d’écriture que l’on retrouve tout au long de l’album, mais s’il ne fallait en citer qu’un seul autre exemple, ce serait « It’s Too Late », grand classique de la chanson d’amour. Les paroles du dernier couplet laissent croire que la narratrice s’est remise de sa rupture, mais la tonalité sombre des dernières notes sous-entend que le deuil de sa relation n’est pas encore fini et qu’elle en souffrira encore, faisant planer l’ambiguïté sur l’auditeur. Pour la composition des morceaux, Carole KING a pu compter sur son ami James TAYLOR qui travaillait alors sur son propre album dans le studio d'à côté. La participation de Taylor à Tapestry ira plus loin que de jouer dessus puisqu’il reprendra « You’ve Got A Friend » à Paris en 2015 lors de l’hommage pour les victimes de l’attentat.

En parlant de reprises, l’album en compte deux. Des reprises qui n’en sont pas vraiment, puisque ce sont des chansons écrites par Carole KING pour d’autres artistes. Evidemment, la plus fameuse est « (You Make Me Feel Like) A Natural Woman » magnifiée pour l’éternité par Aretha FRANKLIN, même si l’interprétation de la compositrice vaut son pesant de cacahuètes. Lorsque Carole KING fut introduite au Kennedy Center Honors, la Diva de la Soul lui offrit une de ses meilleures performances de cette chanson en son honneur. La deuxième reprise est des SHIRELLES, « Will You Love Me Tomorrow », une autre ritournelle d’amour ici débarrassée de ses oripeaux pop des débuts des sixties et qui peut enfin respirer librement.

Drôle d’album que ce Tapestry dont, presque 50 ans après sa sortie, l'héritage se fait toujours ressentir. Il fait dorénavant parti du patrimoine musical américain, enregistré au National Recording Registry, et bénéficie toujours de la même ferveur, en témoigne le succès des concerts donnés par Carole KING jouant l’album dans son intégralité, ou le succès de Tapestry : Revisited, un album tribute où chaque chanson du disque est reprise par un artiste différent. Ce qui est fascinant avec cet album, c’est à la fois sa dualité, entre sa belle pochette si tranquille et l’anxiété contenue dans chaque morceau, mais aussi à quel point les chansons semblent à la fois refléter des problèmes de l’époque et les problèmes intimes de Carole KING. C’est un produit de son époque à la fois dans le son soft rock/pop typique des seventies qu’il dégage mais aussi dans ses paroles douces-amères qui font à la fois référence à la fin du rêve hippie mais aussi à la vie personnelle de la chanteuse, marquée par son divorce et ses difficultés à s’en remettre et à s’envoler de ses propres ailes.

Et si le secret de cet album résidait dans cette dualité ? Carole KING l’a compris : les meilleurs albums sont ceux que l’on peut apprécier une fois d’une oreille distraite et une autre fois d’une oreille attentive, ceux qui savent à la fois accueillir les auditeurs avec générosité et les surprendre à chaque nouvelle écoute.

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- Carole King (chant, piano, chœurs)
- Ralph Schuckett (piano électrique)
- Danny Kortchmar (guitare acoustique, guitare électrique, congas, ch)
- James Taylor (guitare acoustique, chœurs)
- Charles Larkey (basse, contrebasse, quartet de cordes)
- Perry Steinberg (basse, contrebasse, violon, saxophone ténor)
- David Campbell (violon alto, violoncelle)
- Terry King (violoncelle, quartet de cordes, saxophone ténor)
- Barry Socher (violon, violon alto, saxophone ténor, quartet de c)
- Curtis Amy (flûte, saxophone soprano, ténor et baryton, quarte)
- Julia Tillman (choeurs)
- Joni Mitchell (choeurs)
- Merry Clayton (chœurs)
- Tim Powers (batterie)
- Russ Kunkel (batterie)
- Joel O'brien (batterie)


1. I Feel The Earth Move
2. So Far Away
3. It's Too Late
4. Home Again
5. Beautiful
6. Way Over Yonder
7. You've Got A Friend
8. Where You Lead
9. Will You Love Me Tomorrow ?
10. Smackwater Jack
11. Tapestry
12. (you Make Me Feel Like) A Natural Woman



             



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