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EDDIE & THE HOT RODS - Fish N Chips (1980)
Par LE KINGBEE le 1er Janvier 2019          Consultée 236 fois

Originaire de Canvey Island, ville portuaire située sur l’estuaire de la Tamise, Eddie & The Hot Rods se forme en 1975 et ne tarde à se faire remarquer via des concerts énergiques. Le groupe évolue dans un premier temps sous le nom de The Rods, devient brièvement Rob Tyner & The Hot Rods avant de se transformer une fois pour toutes en EDDIE & The HOT RODS, Eddie étant la marionnette dont s’affuble sur scène le nouveau chanteur Barrie Masters.
C’est en 1976 que la formation place son nom sur l’échiquier du Pub Rock avec la sortie de « Teenage Depression », album produit par Vic Maile qui rentre de plein fouet dans les charts anglais. Sur scène, le groupe fait preuve d’une énergie débordante, certains journalistes les rapprochant de l’étiquette Punk. En février 76, Eddie et ses potes mettent le feu au Marquee (j’y étais). De nombreux changements de line-up, une production parfois peu judicieuse et un contrat à la con avec EMI, alors que le groupe avait enregistré trois excellents disques pour Island, un phénomène d’usure auront raison d’Eddie et de ses Bolides.
Exercice ardu que celui de la chronique d’un groupe pour lequel on a ouvert (avec difficulté aussi bien en terre anglaise que française) et qui a longtemps fait référence. Un groupe d’une incroyable vitalité, la réminiscence des FLAMIN’ GROOVIES et de Dr. FEELGOOD en plus Rock.

Nous sommes en 1980, le groupe de Barrie Master a signé à la surprise générale un contrat avec le géant EMI UK. Le label décide d’expédier le groupe au Basing Street Studios à l’ouest de Londres. Choix ironique à bien des égards, le studio ayant été créé par Chris Blackwell, patron d’Island Records, l’ancien label des Hot Rods. C’est là que JETHRO TULL enregistra « Aqualung », LED ZEPPELIN « Led Zeppelin IV » et AC/CD « Highway To Hell », les comparaisons s’arrêtent là.
EMI confie le groupe à Al Kooper. Guitariste, claviériste, directeur artistique, l’ancien membre de Blues Project et de Blood Sweat & Tears produit au même moment des gens aussi variés que David Essex, Johnny Van Zant ou les Joe Ely et le choix se révèle peu approprié. Si la formation se produit sur scène à profusion, elle n’a guère préparé ce nouveau disque. Le guitariste Graeme Douglas (ex Kursaal Flyers) a plié les gaules, les Bolides ne sont plus que quatre et viennent de perdre leur principal pourvoyeur en matière d’écriture. Autre départ, le bassiste Paul Gray a pris la poudre d’escampette pour rejoindre The DAMNED, remplacé par Tony « TC » Cranney.
Malgré une solide expérience, on peut penser que le feeling, la cohésion avec Al Kooper ne prendront jamais, à l’image d’un blanc d’œuf qui refuse de monter en neige. C’est bête mais c’est comme ça ! Quand on regarde de plus près les titres, on se dit que les Rods ont été jetés dans l’arène en pâture et qu’ils ont essayé de relever le défi d’un combat inégal.
Ce disque n’a jamais été vraiment préparé, la preuve la plus flagrante avec « Fish N Chips Part 1 » un morceau parlé ou gueulé approchant les 40 secondes. Ah c’est sûr qu’ils ont bien dÛ se marrer, l’alcool aidant probablement à faire passer la pilule.
Et pourtant, sous le titre, se cache un concept bien anglais. Rappelons que le Fish and Chips (poisson-frites) consiste en un poisson frit dans de la pâte et d’une portion de frites. Plat traditionnellement associé à la cuisine anglaise, le Fish and Chips a pendant de nombreuses années été le repas dominant chez les anglais. Arrosé de Ketchup, de vinaigre de malt ou de sauce tartare (parfois les trois) et de quelques pintes de houblons, ce repas caractéristique de la mal-bouffe et du système fast-food a fait le bonheur des Anglais pendant plus de 40 ans.
Ici, les Bolides comme tout bon cuistot anglais proposent une face Fish et une face Chips. Autant dire que le concept n’est pas visible, ni aux oreilles et encore moins aux papilles. L’idée d’une face remplie par des morceaux plein de friture et d’une face B bien bourrative à l’image de la frite graisseuse et bien tomatée pouvait être une bonne idée, les Anglais n’en manquent pas, encore aurait-il fallu qu’un distinguo puisse se faire.
Sur les onze titres (disons dix, le titre d’ouverture ne pouvant être considéré comme une chanson), le guitariste Dave Higgs en a composé six. Certains d’entre eux venaient d’être rodés en public, avouons que le résultat s’avère moins contagieux en studio, surtout quand Al Kooper a l’idée d’en enrober de nappage de claviers.
On retrouve parmi ces compos quelques bonnes pioches : l’énergique « Unfinished Business », un Rock vitaminé et rageur entre les Damned et les Groovies, le festif « Another Party », « Can It Quits » un Garage Punky chanté avec verve et enfin « Fish n Chips Part 2 » qui vient clôturer l’opus avec humour, la guitare de Dave passant d’un phrasé à la Chet Atkins à un jeu plus Soulfull à la Sean Tyla, le titre se terminant dans la joie, le Fish' n' Chips du vendredi soir étant le signe de départ d’un week-end de folie.
Les reprises, souvent judicieuses, permettent d’offrir d’intéressantes et captivantes relectures. Qui en 1980 osait reprendre « We Want Mine » du groupe américain Crack The Sky ? Personne ! Le groupe booste légèrement le tempo et Barrie parvient à faire oublier la voix de John Palumbo. Autre bonne trouvaille avec « Time Won’t Let Me » suggérée par Al Kooper. Le hit des Outsiders de Tom King est légèrement accéléré et devient un vrai hymne Garage. Une version imparable qui fait oublier la soupe concoctée par Iggy POP quelques mois plus tard ou celle de Gene Pitney. Les Anglais dynamisent le « You Better Run » des Young Rascals quelques mois avant l’essai de Pat BENATAR, la guitare endossant ici le premier rôle. Dernière reprise avec une superbe version de « Farther On Down The Road (You Will Accompany Me) », une compo de Taj MAHAL et Jesse Edwin Davis délivrée ici sur un tempo plein de douceur qui permet d’adoucir les angles via l’accordéon de Rufus Jenkins. Capable d’électriser n’importe quel public, Barrie Masters sait se faire tendre quand le besoin s’en fait sentir. Une version qui relègue bien loin les multiples essais de Taj Mahal ou de CLAPTON.

Si on peut regretter qu’Al Kooper ait aseptisé le répertoire des Hot Rods et qu’il soit présent à l’orgue sur de trop nombreux morceaux, le principal défaut de cette production se résume à un regrettable manque de préparation. On se demande pourquoi EMI n’a pas laissé plus de temps pour que le groupe compose plus de titres et puisse poser sa griffe. Néanmoins, ce disque retranscrit en partie l’énergie et la spontanéité d’un groupe phare du Pub Rock.

Note réelle 3,5.

Cette chronique est dédiée à Dave Higgs, ancien équipier de Lee Brilleaux au sein de The Fix et bref compagnon de route de l’auteur de ces lignes, décédé d’un cancer en 2013.
Ce disque a fait l’objet d’une réédition CD en 2000 avec 13 titres démo produits par Graeme Douglas. Le groupe vient d’annoncer une ultime tournée en 2019. Espérons qu’un programmateur français aura l’idée de les faire venir.

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- Barrie Masters (chant)
- Dave Higgs (guitare)
- Tony Cranney (basse)
- Steve Nicol (batterie)
- Al Kooper (claviers)
- Rufus Jenkins (accordéon 8)
- Roland Vocoder (chœurs 1-6-11)
- Pattie Heid (chœurs 1-6-11)
- George Page (chœurs 1-6-11)
- Keith Coton (chœurs 1-6-11)
- Martin Aubrey (chœurs 1-6-11)


1. Fish N Chips Part 1
2. Wide Eyed Kids
3. You Better Run
4. Time Won't Let Me
5. Unfinished Business
6. Another Party
7. This Is Today
8. Farther On Down The Road (you Will Accompany Me)
9. Call It Quits
10. We Want Mine
11. Fish N Chips Part 2



             



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