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CHANSON PROVENçALE  |  STUDIO

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Guy BONNET - Moun Miejour (1976)
Par MARCO STIVELL le 26 Janvier 2019          Consultée 284 fois

Face aux folk français et celtique, l'occitan a du mal à s'imposer, même en ce milieu des années 70, mais il subsiste quelques grands noms émergents. En 1976, Joan-Pau VERDIER défend son secteur Périgord-Limousin depuis trois ans et a été signé par une grande maison de disques (Philips). En Provence, MONT-JÒIA, venus d'Aix, forment un écho splendide à MALICORNE et autres grands du renouveau folk français, mais à travers la langue et l'imagerie provençales.

Et à Avignon, nous avons Guy BONNET. Ce jeune monsieur à grandes lunettes et rasé de près, qui a toutefois dépassé la trentaine, s'est d'abord illustré au concours de l'Eurovision, deux fois, en signant d'abord la chanson « La source » interprétée par Isabelle AUBRET en 1968, 3ème au classement. Ensuite, c'est en 1970, « Marie-Blanche » qu'il chante lui-même, 4ème au classement. Une double aubaine pour lui, même si avec le temps, on retient mieux « La source » pour son caractère lumineux et la voix d'AUBRET à qui elle sied parfaitement.

« Marie-Blanche », en plus d'une filiation avec Mireille MATHIEU (d'Avignon aussi et pour qui il écrira également), conduit BONNET a être signé chez Polydor et publier un premier 33 tours complètement fidèle à l'esprit variété française. Trop à son goût, puisque son premier « vrai » reste manifestement le second, « Moun Miejour », où tout respire l'urgence d'afficher son identité : le titre, la pochette, les préfaces des écrivains Marie Mauron et Marcel Jullian.

Et, bien sûr, Guy BONNET a dû maintenir à Polydor qu'il voulait chanter en provençal, il y est arrivé, presque totalement. Seuls trois ou quatre mots dans la langue de Molière se baladent dans Moun Miejour (Mon Midi), le reste du temps, c'est celle des félibres, les princes poètes disparus de Provence dont le plus connu reste Frédéric Mistral. « Qui tient sa langue tient la clé qui le délivre de ses chaînes », disait-il, comme le rappelle Jullian.

BONNET possède une magnifique voix ténor. Avec une force comparable à celle de sa concitoyenne avignonnaise Mireille MATHIEU, en ce qui concerne le niveau de puissance vocale, il met en lumière la langue de ses parents, grands-parents. Il fait littéralement groover le provençal, sur « Un camp bataié » (un champ de bataille), meilleur titre de l'ensemble, il le caresse et l'élève haut sur les ballades « Ma fiho poulido » (ma fille jolie) et « Moun miejour » (mon midi).

Entre les images légères et les déclarations enflammées au pais (pays), Guy BONNET et son parolier Pierre Vouland varient les plaisirs. En hommage aux cantiques entendus depuis l'enfance, il y a « Nouvé de nòsti tems » (Noël de notre temps). « Quouro boufo » évoque la vallée du Rhône et son mistral éprouvant. « La fèsto » (la fête) et surtout « De fiho ansin » (des filles pareilles), s'adressent quant à elles à un public féminin de préférence. La légèreté du deuxième est palpable, elle n'en reste pas moins bien écrite.

Toutefois, là où le chanteur s'illustre le mieux, c'est sur quelque chose de plus mordant, en termes de tristesse et d'engagement : « Provençau parlaren » (nous parlerons provençal) et « La coumplancho di pauri pastre » (la complainte des pauvres bergers). Ce dernier, partagé entre déclamations narrées et envolées lyriques, reste l'un des titres les plus beaux et poignants jamais écrits par BONNET.

Cependant, le disque souffre d'un défaut de taille. Il souligne les accointances variété de l'artiste, connues depuis l'Eurovision, mais qu'il garde ensuite pour tout le reste de sa carrière. Son entourage musical ne lésine pas sur les arrangements lourds, orchestre rock et symphonique, chorale, cuivres. Les guitares mordantes de « Iéu siéu dous » (moi je suis deux) et le saxophone de « La fèsto » s'ajoutent aux pianos, synthétiseurs, choeurs et autres effets massifs typiques de la variété. Quand ce n'est pas trop léché ou grandiloquent, c'est franchement kitsch (l'intro de « De fiho ansin »).

Tout n'est pas foncièrement regrettable de ce côté-là, mais ce qui est certain, c'est que c'est très impersonnel, et qu'au lieu de 90 % du temps, on aurait mieux aimé que ce soit à 10 seulement. Mis à part une ou deux exceptions, « Un camp bataié », « La coumplancho di pauri pastre », peu de choses viennent titiller l'auditeur, à moins que celui-ci soit un inconditionnel de la variété. Il faut dire qu'aux arrangements, c'est Roger Loubet (Michel SARDOU, Johnny HALLYDAY, la même année que son disque Hamlet d'ailleurs).

Elles sont rares, trop rares, les incartades folkloriques provençales, avec caisses claires, fifres et galoubets, sur le rythme qui correspond à la « danse des épées », en introduction de « Quouro boufo », de « Un camp bataié » ainsi que sur les meilleurs passages de « Provençau parlaren ». Ces moments-là se distinguent par leur excellence et le regret de ne pas avoir été développés davantage. Voilà pourquoi le premier album de Guy BONNET marque plus qu'il ne convainc.

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   MARCO STIVELL

 
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- Guy Bonnet (chant, piano, compositions, direction artistique)
- Pierre Vouland (paroles)
- Roger Loubet (arrangements, direction d'orchestre)


1. Iéu Siéu Dous
2. Ma Fiho Poulido
3. Quouro Boufo
4. La Coumplancho Di Paure Pastre
5. De Fiho Ansin
6. Moun Miejour
7. Nouvé De Nòsti Tems
8. Un Camp Bataié
9. La Fèsto
10. Brave Tounin
11. Provençau Parlaren



             



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