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MINIMALISME REPETITIF  |  STUDIO

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1964 In C
 

- Style : Philip Glass , Steve Reich , John Cage

Terry RILEY - In C (1964)
Par JASPER LEE POP le 11 Juin 2019          Consultée 134 fois

Non, il n’est pas obligatoire de replacer une œuvre dans son contexte historique pour l’apprécier ou pas. Il n’empêche que ça ne fait jamais de mal d’avoir quelques clés supplémentaires pour comprendre le pourquoi du comment. L’idée, c’est si possible de nuancer les jugements définitifs bien lourdingues du genre « mon gamin de trois ans fait la même chose » devant un collage de Picasso. C’est encore plus valable dans le cadre d’une œuvre conceptuelle.

Terry RILEY naît en 1935 à Colfax en Californie. Vingt ans plus tard, celui-ci entre dans l’âge adulte à l’aube d’une lame de fond culturelle qui commence en gros avec la Beat Generation et qui durera jusqu’au Summer of Love de 1967. Soit un peu plus d’une décennie marquée par l’avènement de la contre-culture et durant laquelle une génération va ressentir le besoin de briser les carcans et les codes d’une société de consommation castratrice qui obstrue les horizons. L’époque est à l’expérimentation tous azimuts. De formation classique dès l’âge de cinq ans, RILEY encouragé par sa rencontre avec La Monte YOUNG travaille au télescopage de la rigueur du sérialisme de SCHOENBERG et STOCKHAUSEN avec les méthodes aléatoires de John CAGE et la liberté du jazz et des tablas indiens pour donner naissance à sa version de la musique dite minimaliste. Plus succinct comme résumé, tu meurs.

On le sait, la volonté d’expérimentation et la recherche d’émancipation se conjuguent avec la consommation de psychotropes dont le LSD aux bienfaits vantés par Timothy Leary sur les campus américains et c’est sous l’effet de cette drogue que Terry RILEY a l’idée du concept d’In C en 1964. De quoi parle-t-on ? La partition d’In C (« En do » donc) tient sur une page : s'y succèdent cinquante-trois modules de différentes longueurs. Les musiciens choisissent librement de commencer quand ils veulent, de répéter un module autant de fois qu’ils le souhaitent ou de passer au suivant selon leur envie et au gré de leur interaction avec les autres. Le premier qui atteint le dernier module le répète jusqu’à ce que les autres l’y rejoignent. Suit alors un crescendo, un decrescendo et chaque musicien rentre à la maison quand il l’entend. Le nombre de pupitres est lui aussi libre, même si le maestro a indiqué ultérieurement une préférence pour un orchestre de 35 musiciens. Vous aurez donc compris qu’aucune interprétation d’In C n’est semblable à une autre et que la durée peut varier entre 45 minutes et 1h30. Des allumés s’amusent même à collectionner les différentes versions.

Les modules joués à l’unisson et/ou canoniquement produisent ainsi des combinaisons poly-rythmiques plus ou moins intéressantes qui invitent les musiciens à s’écouter et à interagir en modulant le volume sonore. L’idée concrète sur le papier a nécessité quelques ajustements au niveau de la mise en place et c’est l’ami et voisin Steve REICH, l’éternel homme à la casquette, qui donnera un coup de main à RILEY lors des répétitions (c’est à cette occasion qu’on décide de marteler un do aigu au clavier pour insuffler une pulsation à l’ensemble, « de préférence joué par une jolie fille » ajoutera RILEY sur la partition). On le voit donc, le concept de l’œuvre allie la rigueur d’une partition martiale d'où toute improvisation est proscrite au chaos et à l’aléatoire des superpositions et autres carambolages de modules. Répétitifs, lancinants, hallucinants, hypnotiques, bordéliques, les effets obtenus sont multiples, passionnants ou barbants. À noter que RILEY revenait alors de quelques années passées en Europe et notamment en France où il a été confronté aux travaux de Pierre SCHAEFFER à l’ORTF sur les boucles de bandes magnétiques.

In C, œuvre maîtresse de son compositeur, s’inscrit comme un jalon de la musique minimaliste (canal répétitif). Elle influencera en particulier le mouvement Krautrock et la musique électronique. Par souci encyclopédique, la version mise ici en avant est un enregistrement datant de 1968 dirigé par RILEY également au saxophone, mais n’importe quelle version aurait pu convenir. Le récent disque Africa Express Presents… Terry Riley’s In C Mali est hautement recommandable, les sonorités d’un orchestre africain réussissant mieux qu’aucun autre à gommer l’abstraction du concept. Hein, qu’est-ce que vous dites ? Votre gamin de trois ans fait la même chose ?

P.S : La notation est aléatoire, j’ai lancé un dé, c’est tombé sur 4.

Pour plus de renseignements sur RILEY à cette époque-là, un brillant mémoire consultable en ligne :
Marie Dernoncourt. À la croisée des arts : autour du discours musical de Terry RILEY dans les années 1960. Art et histoire de l’art. 2014. dumas-01544433

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   JASPER LEE POP

 
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- Darlene Reynard (basson)
- Jerry Kirkbride (clarinette)
- Terry Riley (saxophone)
- David Shostac (flûte)
- Jan Williams (marimba)
- Lawrence Singer (hautbois)
- Margaret Hassell (piano)
- Stuart Dempster (trombone)
- Jon Hassell (trompette)
- Edward Burnham (vibraphone)
- David Rosenboom (alto)


1. In C



             



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