Recherche avancée       Liste groupes



      
EASY LISTENING  |  STUDIO

Commentaires (9)
L' auteur
Acheter Cet Album
 


Richard CLAYDERMAN - Ballade Pour Adeline (1977)
Par BAKER le 19 Décembre 2019          Consultée 422 fois

Amis du bon goût, bonjour. Et au revoir.

Voilà, maintenant qu'on est entre amis (mais me colle pas comme ça toi !), on peut causer. Et on va causer. Parce qu'il y a des choses à dire. Oh oui ! C'est que Richard CLAYDERMAN, c'est pas n'importe quoi. C'est un record de ventes de disques, un peu comme André RIEU pour un autre instrument, en somme : une sorte de porte d'ouverture béante, feuilles d'or et guirlande clignotante pour tous ceux qui n'oseraient pas s'aventurer dans le milieu de la musique classique. Classique ? Hum, c'est plus compliqué que ça. Et plus simple.

Richard a été choisi sur casting. Parce qu'il présentait bien, avec cette première pochette d'un goût... qui est dans la nature comme tous les goûts (9 dentistes sur 10 la recommandent), et son doigté qui a donné tant de plaisir intense à des auditrices grandes ouvertes. Casting pour jouer les compositions originales, pardon, "originales" d'Olivier Toussaint et Paul de Senneville, déjà éco-responsables de la déchéance de la rock-star de la trompette Georges JOUVIN (drogues, putes et carte d'adhésion au Modem) et auteurs de tubes en or massif. Le premier single en sera la fameuse "Ballade pour Adeline", pièce pour piano et backing band fantôme, pardon, orchestre, qui aura connu un succès... fulgurant, pour le moins. Même les Japonais ont adoré, ça veut dire quelque chose.

On pourrait décortiquer cette pièce et la dissocier de l'album mais ce serait peine perdue : 80% du disque est du même acabit, à savoir mélodie, facilité, accessibilité et gluance. Ca glue tellement qu'Alain Bombard aurait pu en réparer le Bismarck. Le principe est simple : une mélodie gentille, quelques envolées de boutique maîtrisées et surtout bien encadrées, une transpose ou un pont pour diversifier. Dans ce domaine, on ne peut pas retirer sa principale qualité à "Ballade" : c'est efficace. C'est pétri de défauts, mais je comprends le succès : c'est meuuuuuugnon comme tout. Ca se laisse écouter, même si la plupart des mélodies ressemblent à des sables mouvants : plus on essaie de se dépêtrer, plus on est dans la merde.

Quand il donne dans le romantisme pur arabica, CLAYDERMAN étouffe l'auditeur, il faut le dire. Son toucher de piano ressemble à l'arrivée sur les Champs-Elysées d'une division de Panzer, mais il n'est pas aidé par des compos tournant plus en rond qu'un hamster dans sa cage ou un maire du 92 dans sa cellule. Ainsi pour "Romantique Sérénade", CHOPIN a appelé en PCV pour réclamer son chèque ; la version pour piano seul de "Ballade" oscille entre le très joli et le contrepoids de grue, "La Millière" est une atroce tentative de viol en réunion sur le cadavre de BACH, tentative avortée tant les balloches traînaient par terre. Et "Lyphard Mélodie", hmmmm, rhââââ, que dire sinon qu'en fermant les yeux, on voit devant soi deux frêles naïades rousses de quinze ans qui se bécotent l'épaule, et David Hamilton qui leur demande de sucer… un esquimau, pour faire de la buée devant l'objectif.

Aux chiottes l'artiste ? Minute. Sur ce premier album, CLAYDERMAN n'a pas été qu'un claviériste sinistre de type Roberto-Conchita Gregson-Williams et s'est essayé à d'autres styles. Le ragtime d'abord. Si son toucher est aussi pataud qu'un Ben Hanscom essayant de pécho Beverly Marsh Beverly Marsh Beverly Marsh Beverly Marsh, il se défend plutôt bien sur "Lys River" où la partie piano seul est tout à fait légitime, avec ce côté prohibition. Et si "Secret of my love two" (adaptation swing de la très mignonne one) est à se taper le crâne contre une partouze de pétoncles tant ça frise parfois le Rudess d'Or du mauvais goût, il faut avouer que "Old Fashioned", toute calibrée qu'elle soit, donne envie de chanter par-dessus avec la voix de Johnny Hallyday : on est plus proche de Keith EMERSON que de Charly OLEG.

Mais là où ce premier LP frappe fort, c'est sur deux titres totalement inattendus. Retournez la pochette. Déjà, vous regagnez deux dixièmes à chaque oeil. Ensuite, qu'est-il inscrit ? Richard joue du piano, de l'orgue, et des synthés ARP, KORG (en 77 !!!) et MOOG. Ce qui donnera deux titres totalement différents, voire antinomiques. D'abord, "L'enfant et la mer". Sur fond de choeurs de Mellotron menaçants, voici une compo un peu trop facile, avec quelques arrangements faits à l'arrache, mais qui possède une ambiance, une âme. C'est maritime, macabre, mystérieux. On dirait la musique des Albator de l'époque, ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose. Surtout, c'est hallucinant à quel point la seconde partie de ce titre ressemble à ma toute première démo sur synthé. Oui, vous avez raison : l'inverse, évidemment. Mais c'est troublant : Richard CLAYDERMAN, sur son premier album 100% pur glucamate, qui inconsciemment marquerait un musicien ? Ou deux ? Dix ? ....Combien, en réalité ? Hm ? Combien de jeunes synthésistes se sont penchés sur l'instrument quelques années après avoir écouté, subjugués, "L'enfant et la mer" ? Je parie plus que de pianistes suite à "Ballade pour Adeline".

L'autre surprise, fabuleuse, c'est "Black Deal". Sombre, technique, évocateur, c'est un titre étonnant qui... préfigure Equinoxe plus qu'il ne pompe Oxygene. C'est plus que tout autre LE titre qui rend CLAYDERMAN intéressant : non seulement ça tranche avec le reste, mais il s'y montre beaucoup, et je répète : BEAUCOUP plus à l'aise en jouant avec lui-même et des synthés qu'au piano avec des requins de studio aux dentiers émoussés. D'où la question. CLAYDERMAN n'aurait-il pas un réel talent, à part celui peu flatteur de bas exécutant ? N'a-t-il pas raté une vocation ? Toujours est-il que ce premier disque qui fait partie de l'Histoire des années 70 n'est pas qu'un ramassis de saloperies diabétiques, il y a plus derrière. Du potentiel, de la variété. Une route alternative. Il est impensable de ne pas avoir écouté le morceau-titre une fois dans sa vie, juste pour sa culture personnelle, mais il est tout autant conseillé d'écouter "Black Deal", pour son plaisir. Le reste de sa carrière ?

... Ah, parce que t'en veux encore, salope ?

A lire aussi en MUSIQUE CONTEMPORAINE par BAKER :


Marcela BOVIO
Unprecedented (2016)
Insensée prise de risques.




Anne DUDLEY
Plays The Art Of Noise (2018)
Who's afraid of the art of denoising ?


Marquez et partagez





 
   BAKER

 
  N/A



- Richard Clayderman (claviers)
- Autres Musiciens (non crédités)


1. Ballade Pour Adeline
2. Secret Of My Life (one)
3. L'enfant Et La Mer
4. Lys River
5. Black Deal
6. Lyphard Melodie
7. La Millière
8. Secret Of My Life (two)
9. Romantica Serenade
10. Old Fashion
11. Ballade Pour Adeline (piano Seul)



             



1999 - 2020 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod