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BLUES CHANSON FRANçAISE  |  E.P

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Colette MAGNY - Melocoton (1963)
Par LE KINGBEE le 8 Août 2020          Consultée 589 fois

Cette chronique fait suite à la demande d’un lecteur, demande largement justifiée.

Votre humble serviteur a bien connu Colette MAGNY. Si, je vous le jure, elle allait dans le même salon de coiffure que ma mère, rue de Flandres⃰, à Paris. Si, ce n’est pas des conneries ! Plus sérieusement, Madame MAGNY n’hésita pas à répondre à une invitation des Bayous Marauders ⃰ ⃰ et à se produire avec nous sur quelques titres au tout début des eighties. En dehors d’un talent de parolière, Colette avait le don, une sorte de charisme, pour ameuter le chaland et attirer le quidam. Je me rappelle cette soirée quarante ans après, d’autant plus qu’il nous avait fallu répéter deux de ses chansons, titres qui sortaient de notre registre habituel. Toujours est-il que Colette Magny s’était pointée dans ce bar situé à un jet de pierre de son domicile afin de donner tout simplement et généreusement un coup de main à un groupe de jeunes débutants.

Colette MAGNY est venue tardivement à la chanson. Maitrisant parfaitement l’anglais, elle a connu son premier et unique tube en 1963 avec "Melocoton". Honteusement oubliée des médias, Colette contrastait certainement beaucoup trop avec les guimauves de l’époque. Au milieu des sixties, elle allait s’orienter vers la chanson dite contestataire. S’extirpant des carcans de la variétoche et du répertoire Yéyé, Colette allait peu à peu s’éloigner de la chanson traditionnelle pour s’orienter vers des schémas plus expérimentaux et des textes d’auteurs souvent porteurs d’une conscience politique. Capable de naviguer entre Jazz, Free, Blues, Folk et Protest Song, Colette MAGNY s’est éteinte durant l’été 1997, l’annonce de son décès n’ayant pas suscité plus d’un ¼ de page dans les quotidiens de l’époque.

La pochette enfumée provient d’une photo de Jean-Marie Perier, ancien assistant de Daniel Filipacchi et rejeton non reconnu d’Henri Salvador. Sur la pochette dorsale de l’E.P, on peut lire le slogan de la Columbia : "Avec Colette Magny, la France a enfin une vraie chanteuse de Blues". Aujourd’hui, on peut être certain que Colette a du se tordre de rire en lisant de telles conneries, d’autant plus qu’il faudra près de deux ans pour que CBS se décide à publier un album complet contenant "Melocoton".

Colette MAGNY bénéficie ici d’un accompagnement haut de gamme constitué par quelques-uns des meilleurs instrumentistes de Jazz du moment : le bassiste René Duchossoir (Stephan Grappelli), l’organiste George Arvanitas (ex-Dexter Gordon, Don Byas, Ben Webster), le batteur Christian Garros (ex-Django Reinhardt, Benny Carter), les contrebassistes Pierre Michelot (ex-Miles DAVIS, Chet BAKER) et Michel Gaudry (ex- BARBARA, Duke ELLINGTON). Cette troupe de virtuoses du Jazz est dirigée de main de maitre par l’américain Mickey Baker, l’un des plus gros sessionmen. Baker a secondé Ray CHARLES, Bill DOGGETT, Lavern Baker, connu la gloire avec le duo Mickey & Sylvia, c’est lui qui tenait le manche sur "Fever" de Little Willie John. Réfugié en France au début des sixties, on le retrouve derrière Chantal GOYA et Sylvie VARTAN, il faut bien vivre comme disait un certain journaliste sportif.

Preuve de l’atermoiement de la CBS, ce sont "Basin Street Blues", un Blues Rag de Spencer Williams popularisé par Louis ARSMTRONG à la fin des années vingt, et "Co-Opération", une singulière composition annonciatrice de futures créations soixante huit hardes qui inaugurent la face A. "Basin Street Blues" a fait la joie de nombreux orchestres de Jazz avant de tomber dans l’antre des chanteuses de Jazz Vocal. Helen Shapiro, Patti Pages, Peggy LEE et Ray Charles en livreront de bonnes interprétations. Si le nappage d’orgue évoque Alan Price, la voix rauque à l’excellente diction n’a rien à envier aux meilleures versions d’Amérique. Bien au contraire. Sur Co-Opération", elle entame sa chanson en citant Sartres, Suarez, Karleil et Alain et pose à travers un accompagnement acoustique un regard sans concession sur notre société, nos dirigeants, et déjà bien consciente de nos problèmes environnementaux.
"Nobody Knows When You're Down And Out", une compo de Jimmie Cox, un représentant du Vaudeville mort en 1925, a connu la popularité par le biais de Bessie Smith. Depuis, la chanson avoisine les 200 covers dans des registres allant du Jazz au Blues, en passant par la Soul jusqu’à la Pop. Si le morceau a subi au fil des ans quelques changements de paroles au gré des versions, il est toujours à la page comme en témoigne la version de la chanteuse Leela James datant de 2009. Souvent enrichie d’enrobages cuivrés, la présente version marche sur les traces d’Odetta, Nina SIMONE, voire celle de CLAPTON dans son album Unplugged, soit une orchestration plus roots, plus terre-à-terre qui sied particulièrement bien au morceau. A noter que Nino FERRER adaptera la chanson en français sous le titre "Le Millionnaire".
Terminons ce panorama avec "Melocoton", une comptine de 100 secondes qui a eu l’honneur des charts et dans laquelle la chanteuse évoque sa famille via le portrait de deux neveux : "Melocoton et Boule d’Or – Deux gosses dans un jardin" … sans oublier cet improbable refrain "Viens donne-moi la main". Au gré des strophes, on a l’impression que BRASSENS ou FERRE ont sorti leurs plumes. Repris par le poète chanteur Allain Leprest et par l’excellente Catherine Ribeiro, artiste libertaire, "Melocoton" connaitra une seconde jeunesse via la reprise d’Axelle RED, mais malgré toute la bonne volonté de la Belge et la qualité de l’accompagnement, on reste scotché par la version d’origine et aux intonations de Colette MAGNY.
Colette MAGNY refusera de se laisser enfermer dans ce tube. Au regard de certains textes, il n’est guère étonnant que CBS ait eu la frousse de garder une collaboratrice chantant Sartres, Tchekhov, Hugo, Aragon, Cuba et les militants dans son catalogue. Colette MAGNY allait rebondir sur le label Chant du Monde, une maison de disque correspondant mieux à ses idées. Cet E.P est classé dans le tiroir Blues pour une plus grande cohérence.

⃰ La rue de Flandres a pris du galon en devenant l’Avenue de Flandres en 1994.
⃰⃰ ⃰ Cette chronique est dédiée à Madame Magny et J-P Le Fuserier, ancien bassman des Bayous Marauders.

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   LE KINGBEE

 
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- Colette Magny (chant)
- Mickey Baker (guitare)
- René Duchossoir (basse 1-4)
- Michel Gaudry (contrebasse 3)
- Pierre Michelot (contrebasse 2)
- Christian Garros (batterie)
- George Arvanitas (orgue, piano)


1. Basin Street Blues
2. Co-operation
3. Melocoton
4. Nobody Knows When You're Down And Out



             



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