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1989 Tweez
1991 Spiderland

SLINT - Spiderland (1991)
Par K-ZEN le 9 Août 2020          Consultée 300 fois

Quand Spiderland débarque dans les bacs en 1991, SLINT n’est déjà plus. Le guitariste Brian McMAHAN a quitté le groupe, diagnostiqué d’une dépression nerveuse le lendemain de la fin de l’enregistrement de cet album, une mise sur bande intense, traumatisante et rapide, achevée en 4 jours. Todd BRASHEAR a juste eu l’occasion de faire un petit tour à la basse en remplacement de Ethan BUCKLER avant de s’en aller aussi de son côté.

Les critiques ne furent pas si élogieuses que cela à l’époque. Dean Carlson le trouva surévalué, lui évoquant "trop souvent une pitié étranglée plutôt qu'une véritable empathie". Robert Christgau le descendit en flammes, critiquant les paroles de l’album. Seul Steve Albini, qui avait produit Tweez, le défendit dans un premier temps bec et ongles, lui octroyant "10 putains d’étoiles". En même temps, comment aurait-t-on pu prévoir l’impact incroyable qu’aurait pourtant cet album sur la musique alternative de la fin du siècle ? Après coup, math rock, post-rock, tous se réclameraient de ce disque, le brandissant comme un étendard, un mètre étalon auquel se jauger.

Le packaging n’a pas évolué depuis Tweez. Toujours aussi aride, bien que l’étendue d’eau de Uttica Quarry dans laquelle se baigne le groupe se charge de le rafraichir quelque peu, une illustration passée depuis à la postérité. Ces sourires énigmatiques, presque juvéniles et sans couleurs, semblent complètement déconnectés de ce qu’il se trame. McMAHAN est alors à côté de ses pompes depuis cet accident de voiture qui a bien failli lui coûter la vie, infusant entièrement son état dans Spiderland, un disque exsangue et plein de morgue. Comme pour contrebalancer cette apparente gravité musicale, cet avis dans le livret. "Interested Female Vocalists write 1864 Douglas Blvd. Louisville, Kg 40205". Pas une blague, mais une vraie annonce sérieuse d’après McMAHAN, pour recruter une nouvelle chanteuse. Une idée finalement abandonnée. Au dos, une autre photo de Will Oldham, une araignée-loup. Rien de plus logique.

L’écriture s’est aiguisée. La lame du poignard est pointue, précise, effilée. Elle sait exactement où tailler dans le gras. "Breadcrumb Trail" nous l’indique. Cris et murmures, lenteur et rapidité coexistent à présent, dans cette histoire d’amour au cœur d’un carnaval, mais aussi dans tous les autres morceaux. Ce sont ces contrastes, ces malaises qui vont rendre la musique du groupe essentielle. "Nosferatu Man", du nom du fameux film expressionniste allemand, déroule un math rock parfaitement quadrillé. Pas mal, mais le meilleur reste à suivre.

Les durées s’allongent, les compositions prennent la pleine mesure de leur ambition. "Don, Aman" monte le curseur d’un cran sans la moindre percussion. Narrant l’aventure d’un homme aux difficultés sociales, le titre, chanté par le batteur Britt WALFORD, alterne ainsi les émotions. Notre héros Don, coincé dans une fête et cette hypertension statique et psychique, se lève soudain de sa chaise, plein d’espoir. Son rythme cardiaque s’accélère, dans une brève électrocution. Mais bientôt, il s’éclipse, comprenant la vacuité de tout cela, riant même après coup de sa stupidité.

Dans la continuité, "Washer" est la miraculeuse mise en musique d’un départ, avec ce somptueux motif et le chant fragile de McMAHAN. La simple et lâche fuite d’un amour en pleine nuit ("Goodnight, my love") ou plus ? La ligne de texte finale sème le doute : "My head is empty, my toes are warm, i am safe from harm". L’irruption de ce solo de guitare nauséeux, ce n’est finalement que la libération salvatrice, ce doigt qui appuie sur la détente ou sur le couteau tranchant une veine plutôt que sur la poignée de porte de la chambre.

"Good Morning, Captain", basé sur La Complainte du vieux marin de Samuel Taylor Coleridge, clôt les débats de manière décisive en décrivant l’aventure d’un marin, seul survivant d’une tempête marine, qui pourrait bien être une métaphore de l’enfance perdue. Sa coda se fait ultraviolente, traversée par la ligne finale "I miss you" hurlée par McMAHAN à la limite de la folie furieuse, tentant d’exister au cœur de cette déflagration. Un titre aussi crucial que "Stairway To Heaven" de LED ZEPPELIN pour David Peschek du Guardian.

Spiderland, c’est un peu la bande-son d’un séjour dans le fort Bastiani du Désert des Tartares de Dino Buzzati. On sait qu’on est dans l’inconfort, le danger sans savoir quand il va frapper, s’il doit le faire, espérant même secrètement que cela arrive. Les Tartares attaqueront-t-ils un jour ? Est-ce que SLINT empoignera sa guitare ? Déclenchera-t-il les décibels ?

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- Todd Brashear (basse)
- David Pajo (guitare)
- Brian Mcmahan (chant, guitare)
- Britt Walford (batterie, chant, guitare)


1. Breadcrumb Trail
2. Nosferatu Man
3. Don, Aman
4. Washer
5. For Dinner...
6. Good Morning, Captain



             



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