Recherche avancée       Liste groupes



      
ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Membre : Yes

Rick WAKEMAN - The Six Wives Of Henry Viii (1973)
Par AIGLE BLANC le 11 Septembre 2020          Consultée 208 fois

Rick WAKEMAN représente sans doute, dans le rock progressif, ce que les Punks ont eu le plus à coeur de fustiger, tant il est vrai que sa discographie ne brille ni par son humilité ni par sa sobriété. Drapé de sa fameuse cape argentée bien connue du public présent à ses concerts, que ce soit au sein de YES ou d'autres formations, il affichait dans sa grande époque une grandiloquence quelque peu ridicule au regard du monde contemporain.
Toutefois, que l'on déteste, apprécie ou vénère son oeuvre musicale, il demeure un personnage iconoclaste de la scène rock, ayant connu plusieurs vies avec leur corollaire de moments de gloire et de misères (il a même tutoyé la clochardisation à une époque où il était ruiné), fréquenté plusieurs formations (The STRAWBS, YES) sans jamais parvenir à s'y fixer durablement, participé en tant que musicien de studio à de nombreux projets hétéroclites, officiant aux claviers pour David BOWIE (le mellotron de "Space Oddity", le piano dans Hunky-Dory, le clavecin de "It Ain't Easy" -non crédité), Lou REED (le piano dans l'album Lou Reed), Cat STEVENS (le piano de "Morning Has Broken" -non crédité), Elton JOHN (l'orgue Hammond dans 3 chansons de Madman Accross the Water), et même BLACK SABBATH (l'album Sabbath Bloody Sabbath) et Ozzy OSBOURNE (l'album Ozzmosis), AYREON... Une telle boulimie de travail, ajoutée à ses problèmes récurrents de santé (3 attaques cardiaques avant l'âge de 25 ans, sa cirrhose du foie et son hépatite alcoolique, son diabète, sa double pneumonie et sa pleurésie), fait de lui un personnage éminemment sympathique dont le succès n'a jamais entamé l'indépendance farouche ni l'auto-dérision si chère aux Britanniques.
Qu'on le veuille ou non, Rick WAKEMAN est une figure incontournable de la scène rock des années 70, il en a toutes les qualités (une sincérité à toute épreuve palpable dans l'absence semble-t-il de réel plan de carrière) et les tares (grandiloquence et virtuosité gratuite). En 1999, alors qu'il se trouvait à l'hôpital dans un coma médicalement provoqué, ses médecins ne lui donnaient pas plus de 24h à vivre. Aujourd'hui, en 2020, il est toujours debout, infatigable musicien et compositeur poursuivant une carrière solo riche de près d'une centaine d'albums.

Au moment où paraît The Six Wives of Henry VIII en 1973, Rick WAKEMAN est un membre officiel de YES depuis l'album Fragile de 1971. Il est d'ailleurs fort probable que ce soit la popularité naissante du groupe de Chris Squire qui l'ait motivé à produire son premier effort solo. La démarche en effet semble peu commune : rares sont les musiciens au sein d'un groupe important comme YES qui, après seulement deux ans d'intégration, décident de tenter une carrière solo. Fragile et, surtout Close To the Edge, venaient d'asseoir la renommée du groupe et WAKEMAN, à ce moment précis, n'avait par conséquent aucune raison valide de faire un premier faux bond à la formation qui l'avait accueilli récemment.
Pour comprendre l'attitude du claviériste, force est besoin de rappeler sa précocité musicale : il n'a que 5 ans quand il commence à jouer du piano et pas plus de 12 quand il se met à l'orgue et forme son premier groupe Brother Wakeman & the Clergy Men. C'est toujours à 12 ans qu'il remporte le premier prix à un festival de musique. A ce rythme, il n'est guère étonnant qu'il se soit retrouvé embarqué, à seulement 20 ans, dans l'aventure des STRAWBS ni qu'il ait croisé simultanément la route de David BOWIE l'année de Space Oddity. Rick WAKEMAN est ce qu'on appelle communément un prodige. Pour gagner sa vie, il a abandonné dès la deuxième année ses études au Royal College of Music pour louer ses services comme musicien de studio. Mais son ambition initiale est de vivre de ses compositions à travers une carrière en solo qu'il embrasse dès 1973 avec l'album qui occupe cette chronique.
Effaçons dores et déjà un malentendu : si d'aucuns voulant faire les malins vous annoncent que The Six Wives of Henry VIII n'est pas le premier album de Rick, rétorquez-leur que Piano Vibrations sorti en 1971 n'est pas à proprement parler un disque de WAKEMAN, mais un album de reprises paru chez Polydor et dans lequel le claviériste reprend au piano des titres de Elton JOHN, Randy NEWMAN, Leon RUSSEL, James TAYLOR pour ne citer que les plus célèbres, dans un style au croisement de la Folk, du Rock et du Jazz. Il n'a reçu aucune royaltie sur les ventes dudit album, et son nom n'est mentionné nulle part sur la pochette.

The Six Wives of Henry VIII condense déjà tout ce qui caractérise la musique et la personnalité de Rick WAKEMAN : un concept dans la lignée des grands albums de rock progressif, ici en l'occurrence proposer 6 pièces comme autant de portraits musicaux de chacune des femmes du roi Henry VIII d'Angleterre, les compositions portant donc le nom de ces dernières. Le sujet historique lui offre ainsi l'occasion de déployer sa mégalomanie musicale puisque le disque alterne mouvements néo-classiques, pièces de jazz-rock établissant un lien avec la scène progressive de Canterbury (on pense notamment à NATIONAL HEALTH et à HATFIELD AND THE NORTH) et passages purement électroniques proches quelquefois de Klaus SCHULZE. La versatilité des styles abordés, qui se succèdent instinctivement et souvent s'interpénètrent au sein d'une même composition, crée une dynamique indéniable parcourant tout l'album, le compositeur n'aimant rien tant que surprendre l'auditeur par ses ruptures de tons audacieuses et afficher sa virtuosité par l'emploi de rythmes et d'harmonies complexes.
Aussi étrange que cela puisse paraître de la part d'un artiste individualiste comme WAKEMAN, et imbu de son talent prodigieux, les crédits démontrent qu'il s'est entouré d'une liste conséquente de musiciens de studio pour exécuter son oeuvre, même s'il ne s'oublie pas au passage en dressant la liste des instruments électro-acoustiques qu'il assume à lui seul, depuis le Grand Piano Steinway, l'orgue de l'église St Giles ("Jane Seymour"), le clavecin Thomas Goff, le Mini-Moog, le synthétiseur ARP et le Mellotron, jusqu'à l'orgue Hammond C-3. C'est ainsi qu'on retrouve ses compatriotes de YES, Steve Howe à la guitare électrique, à la basse Chris Squire et à la batterie Bill Bruford, venus l'épauler pour le titre "Catherine of Aragon", tandis que Alan White, l'autre grand batteur de YES, se charge des titres "Anne of Cleves", Jane Seymour" et "Catherine Parr". D'autres musiciens, plus anonymes ceux-là, officient aussi à la guitare et à la basse, ainsi que des choeurs féminins dans "Catherine of Aragon" et "Anne Boylen".

Même sans être fan de l'artiste, on ne peut nier l'originalité et la fermeté de ses compositions qui traduisent sa perception de chaque épouse d'Henry VIII dont il brosse toutes les fois un portrait saisissant entremêlant l'ancien et le moderne par le choix toujours inventif des instruments. A ce titre, un parallèle avec Walter CARLOS ne semble pas hors-de-propos. Comme le compositeur américain ayant transposé pour le Moog synthétiseur des oeuvres de BACH dans le retentissant Switched-On Bach (1968), WAKEMAN entend faire perdurer l'amour de la musique classique en y incorporant des rythmes et des arrangements jazz-rock. Les fans de YES s'y sentent en terrain familier grâce aux nombreux passages de rock progressif, saccadés et échevelés. Les amateurs de EMERSON, LAKE & PALMER y trouvent aussi leur compte dans le jeu de WAKEMAN aux claviers, aussi débordant que celui de Keith EMERSON et aussi passionné des oeuvres classiques qu'il veut promouvoir coûte que coûte.
Cet album parvient à trouver son équilibre grâce à la solidité des compositions et à la maîtrise de l'auteur qui restreint autant que possible ses débordements habituels en restant dans un cadre rigoureux et crédible. Il ne dépasse pas pour autant le stade de l'exercice de style, même virtuose, à cause de son caractère ostentatoire et à la trop grande cérébralité du traitement, alors que le concept contenait un potentiel émotionnel intéressant, malheureusement absent de l'écoute, même prolongée, du disque.

A lire aussi en ROCK PROGRESSIF par AIGLE BLANC :


The Alan PARSONS PROJECT
The Essential Alan Parsons Project (2011)
Un condensé judicieux d'alan parsons project.




Steven WILSON
The Raven That Refused To Sing (2013)
Quand Steven Wilson tutoie les cimes


Marquez et partagez





 
   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Rick Wakeman (grand piano, orgue hammond c-3, clavecin, mini-moo)
- Steve Howe (guitare)
- Mike Egan (guitare)
- Dave Lambert (guitare)
- Dave Winter (basse)
- Chris Squire (basse)
- Chas Cronk (basse)
- Les Hurdle (basse)
- Alan White (batteries)
- Bill Bruford (batteries)
- Barry De Souza (batteries)
- Ray Cooper (percussions)
- Frank Riccotti (percussions)
- Dave Cousins (banjo électrique)
- Liza Strike (choeurs)
- Laura Lee (choeurs)
- Barry St. John (choeurs)
- Sylvia Mcneill (choeurs)
- Judy Powell (choeurs)


1. Catherine Of Aragon
2. Anne Of Cleves
3. Catherine Howard
4. Jane Seymour
5. Anne Boylen
6. Catherine Parr



             



1999 - 2020 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod